Andrea Bocelli “La musique a souvent permis de changer les choses”

Le ténor italien est, comme toujours, sur tous les fronts : tournée mondiale, événements sportifs et spectacle sur glace. Nous l’avons rencontré en exclusivité.
Par christophe berti photos DR |

À 57 ans (il fêtera son 58e anniversaire ce mois de septembre), Andrea Bocelli est l’un des artistes italiens les plus connus au monde et l’un de ceux qui ont vendu le plus d’albums. Un artiste éclectique, capable de chanter à la Scala de Milan, dans un stade de foot, au Carnegie Hall ou devant le pape. Un artiste qui assume et même revendique ce grand écart qu’il pratique depuis des années entre la musique classique et la variété. Et quand on regarde son agenda, on se dit qu’il ne compte pas s’arrêter puisque d’ici la fin de l’année, il chantera à Glasgow, Londres, São Paolo, Lisbonne et Los Angeles. Avec, au milieu de ce tour de monde qui s’apparente à un tour de force, deux soirées très particulières dans le superbe écrin des Arènes de Vérone, où il chantera lors d’un spectacle… sur glace, produit par Intimissimi, avec des stars du patinage artistique. Le ténor est décidément sur tous les fronts.

Vous retrouver comme “guest” lors d’un spectacle sur glace, c’est inattendu. Qu’est-ce qui vous a motivé à accepter cette demande ?

Ce n’est pas la première fois que je réponds favorablement à une telle demande, je l’ai déjà fait au Canada. L’idée du spectacle me plaît : mélanger des émotions, du sport et de la musique. Le tout devant un public, c’est une chose qui m’intéresse. J’ai toujours été très attentif dans ma carrière à essayer de faire passer de l’émotion au public.

Des publics parfois très différents, puisque vous chantez dans des opéras mais aussi des stades de football, des arènes ou des églises…

Chanter en public, c’est le but de ma vie ! Beaucoup de gens chantent sous leur douche, moi j’ai l’immense chance de pouvoir le faire devant un public, parfois très nombreux. C’est, à chaque fois, un sentiment fantastique. J’ai connu, comme vous le dites, beaucoup de scènes à travers le monde, avec des publics parfois très différents, mais je ne suis vraiment pas lassé, c’est toujours la même émotion.

Vous êtes aujourd’hui le symbole de l’artiste international dans toute sa splendeur, avec des concerts sur tous les continents et de nombreuses collaborations avec d’autres artistes, et en même temps vous êtes très attaché à l’Italie, à votre terre toscane…

C’est vrai et ce n’est pas contradictoire pour moi. Je me sens toujours très proche des gens de mon village, même si je voyage beaucoup pendant l’année. Les racines sont importantes dans la vie, et les miennes sont en Toscane. Attention, les racines ne doivent pas être considérées comme un repli sur soi, car alors elles deviennent dangereuses, mais comme une référence pour avancer dans la vie. La Toscane, c’est là que j’ai grandi, que je me suis construit et c’est là où je me ressource.

Comment va l’Italie aujourd’hui ? *

Ça dépend du point de vue où l’on se place. C’est un peu l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. J’ai parfois l’impression que mon pays pourrait faire mieux que ce qu’il fait, car il a d’énormes potentiels qu’il ne développe pas toujours. Mais dans le même temps, il a aussi une capacité à être très critique, parfois trop, envers lui-même. En outre, je pense qu’il faudrait aujourd’hui évoquer l’Europe entière plutôt que l’un ou l’autre pays, car les problématiques sont les mêmes pour tout le monde désormais.

Justement, l’année 2016 est particulièrement difficile dans de nombreux domaines. Terrorisme, migration, crise d’identité. La période est anxiogène…

C’est vrai. Le sang qui coule m’inquiète, évidemment, comme tout le monde. Mais j’ai parfois l’impression, sans vouloir réduire l’ampleur des problèmes, qu’on amplifie, dans les médias, le mauvais côté des choses. Nos sociétés connaissent des crises depuis des siècles et, à la fin, elles ont toujours été de l’avant. Moi, j’essaie modestement, par la musique, de sortir les gens de la morosité. La musique est un langage universel qui permet de partager des émotions et de la beauté. La musique, je le crois vraiment, a déjà permis souvent de changer les choses, à sa façon.

Vous vous impliquez, de votre côté, via une fondation…

En effet. Et c’est la moindre des choses vu la chance que j’ai eue dans la vie. La fondation développe des projets, en Italie et dans le monde, pour lutter contre la pauvreté, la malnutrition, mais aussi pour l’éducation et l’instruction. Car je crois plus que jamais que l’éducation est au centre de tout. Ça peut paraître parfois un peu banal de dire cela, mais beaucoup de choses se jouent à l’école. J’essaie à mon petit niveau d’apporter ma pierre à l’édifice à travers cette fondation.

Vous êtes également un passionné de sport. Vous avez chanté en ouverture de la finale de la Ligue des champions et pour votre ami Claudio Ranieri, lors du sacre de Leicester en Angleterre…

Le sport est une passion, en effet. J’essaie, quand je peux, de faire du cheval (le cheval est en fait une autre passion de Bocelli, depuis longtemps, et il a même participé, lors du dernier vendredi saint, à une procession à cheval dans un village toscan, NDLR). J’aime être dans les stades, j’y sens souvent une très forte émotion. Et le sport fait désormais partie intégrale de la vie des gens.

Vous soutiendrez la candidature de Rome pour les JO de 2024 si elle se confirme ?

Si on me le demande, évidemment ! C’est un projet qui réunit l’universalité, le sport et l’Italie, c’est normal que je me sente concerné. Si les organisateurs me demandent un soutien ou une participation, je répondrai présent.

Vous avez bientôt 58 ans, vous avez un agenda rempli de concerts, classiques ou pas, sur la terre entière : comment voyez-vous votre avenir ? Vous avez encore des projets particuliers, des rêves à exaucer ?

Sans vouloir passer le moins du monde pour un prétentieux, je dirais que j’ai eu la chance de faire de mes rêves une réalité. Ce qui m’est arrivé dans la vie était totalement inespéré pour l’enfant que j’étais. Et c’est la musique qui a permis tout cela, je me le répète chaque jour. Mon rêve aujourd’hui, c’est que tout cela continue longtemps. Avec, peut-être, un peu plus de temps pour moi et pour le repos, car mon agenda est particulièrement chargé. Mais il serait malvenu de me plaindre. J’ai conscience d’être un privilégié. Et je le dois à ma passion principale : la musique.    

Infos tournée et tickets : www.andreabocelli.com

Fondation : www.andreabocellifoundation.org

* Cette interview a été réalisée avant le tremblement de terre en Italie.