Brown out : quand l’absurdité du travail nous rend malade

Après l’épuisement professionnel dit burn-out ou l’ennui au travail dit bore-out, voilà qu’une nouvelle pathologie liée à un sentiment d’absurdité ou d’inutilité fait son entrée dans le monde de l’entreprise.

Par Tiffany Sales. Photo : Pinterest. |

Depuis le siècle dernier, le burn-out fait partie intégrante de notre langage courant. Reconnu depuis peu comme maladie en tant que telle, il désigne un épuisement professionnel, résultant d’un stress chronique lié à une surcharge de travail. Le salarié ne parvenant jamais à accomplir pleinement la totalité de ses tâches quotidiennes voit sa motivation diminuer de jour en jour jusqu’à en être totalement dénué. Si le bore-out amène le salarié dans ce même état d’esprit, il est quant à lui, lié à l’ennui au travail. Le manque de challenge et de variété au quotidien, entraine alors une absence totale de satisfaction professionnelle.

Le dernier de la saga

Aux côtés des ces deux pathologies désormais bien connues du grand public, André Spicer et Mats Alvesson, deux chercheurs britanniques et suédois, ont mis en exergue le nouveau mal du siècle qui toucherait des travailleurs fatigués par la stupidité de certaines taches quotidiennes : le brown-out.

Le brown quoi ?

Tel que défini dans leur ouvrage « The Stupidity Paradox », le brown-out ou littéralement « baisse de courant » (psychique) traduit un « sentiment d’absurdité, d’inutilité, ou pire, de nuisance » provoquant une véritable crise existentielle du salarié. Dans l’incompréhension totale de ses tâches, absurdes voire totalement aberrantes, le travailleur entre en conflit avec ses valeurs et devient sujet à un désinvestissement progressif. Une pathologie largement inspirée des recherches de l’anthropologue américain David Graeber qui dénonçait en 2013, le trop-plein d’emplois inutiles dans son article « On the Phenomenon of Bullshit Jobs ».

Un cerveau en veille

Tout au long de leur ouvrage, les deux chercheurs étudient le fait que les entreprises embauchent sans cesse des individus hautement diplômés pour finalement leur demander de mettre leur cerveau en veille. Les travailleurs motivés qui pensaient accomplir des missions stimulantes se retrouvent à effectuer des tâches dénuées de sens qui vont totalement à l’encontre de leurs idéaux. Il peut s’agir de défendre un projet en ayant parfaitement conscience que celui-ci nuira à autrui, favoriser les résultats chiffrés au détriment de la qualité ou encore stimuler la productivité en instaurant un climat de peur ou sans se soucier de l’aspect écologique.

Pieds de plomb et bras ballants

Ne se sentant pas valorisé à travers son travail, le salarié est alors gagné par un sentiment de désinvestissement profond, le rendant très irritable voire totalement apathique. Travailler devient pour lui un véritable fardeau. D’ailleurs, toutes les excuses sont bonnes pour ne plus avoir à mettre un pied au bureau. Le rhume se transformant en grippe, la petite blessure en entorse…

Allô docteur ?

Selon étude menée l’année dernière par Attentia, groupe de services spécialisés dans les ressources humaines, 25% des travailleurs belges déclarent éprouver le besoin de souffler. Un signe annonciateur d’une forme d’épuisement, premier symptôme du burn-out selon le groupe. 20,5% d’entre eux se disent quant à eux, désengagés.

Si aujourd’hui, seul le burn-out est reconnu comme maladie professionnelle, le brown-out toucherait toutes les professions, tous secteurs confondus selon les chercheurs André Spicer et Mats Alvesson.

Une chose est certaine, le monde du travail reste bel et bien productif, surtout quant il s’agit de fabriquer des troubles psychiques.