Comment décrocher les étoiles ?

Quand elles se comptent jusqu’à cinq, les étoiles s’affichent comme la quintessence du chic pour un établissement hôtelier.
PAR LAURANNE LAHAYE. PHOTOS DR SAUF MENTION CONTRAIRE. |

Mais quels critères doit-il remplir pour les emporter ? Sont-ils identiques de Bruxelles à Athènes ? Éléments de réponse avec le Belge Gérald Van Reck, Directeur Général du Buddha-Bar***** de Paris.

Réservez une nuit dans un 5 étoiles et vous touchez déjà le luxe du bout des doigts. Dans l’imaginaire populaire alimenté par les films, ces symboles dorés gravés dans le laiton évoquent la vie de château. En coulisses, le personnel met les petits plats dans les grands pour décrocher ces précieux astres et maintenir leur position dans les plus hautes sphères de la profession.

C’est qu’il n’y a pas de place au hasard quand on parle de distinctions, chaque étoile correspondant à une liste exhaustive de critères à satisfaire. Avantage de ces grilles de lecture : elles placent les établissements sur un pied d’égalité et promettent aux voyageurs de s’aventurer en terrain connu. Ou presque, puisque les classifications ne sont pas identiques partout sur le globe. Ainsi un 3 étoiles californien peut foncièrement différer d’un 3 étoiles émirati ou français.

La singularité française

Si la Belgique partage une grille de cotation commune avec ses homologues européens, la France, elle, dispose d’un système de classification propre, qui ne date que de 2010. On était le seul et le dernier pays européen sans classement standardisé, explique Gérald Van Reck, Bruxellois expatrié dans la capitale française et Directeur Général du Buddha-Bar Hotel, 5 étoiles du 8e arrondissement.

Entre autres changements liés à cette nouvelle grille uniformisée, la durée de validité des étoiles, passée de “à vie” à cinq ans, comme c’est le cas chez nous, et la création d’une cinquième étoile, jusque-là inexistante et qui devait permettre de favoriser une hôtellerie de luxe dans le pays. Pour décrocher le sésame, des critères sensiblement les mêmes qu’en Belgique, mais parfois plus drastiques comme l’obligation d’offrir une chambre de 24 m2 minimum, sanitaires compris. Avec ces classements, il n’y a plus de discussion possible, poursuit Gérald Van Reck. Bien sûr, ce n’est pas parfait, on pourra y trouver ceci ou cela à redire, mais ça a le mérite d’être juste !

Une grille de lecture européenne

De leur côté, conscients des discordances et désireux d’harmoniser les classifications au sein de l’Europe, seize pays de l’Union se sont regroupés sous le consortium Hotel Stars Union. Parmi eux, la Suède, le Danemark, l’Allemagne, la Suisse, mais aussi la Lituanie, la Grèce, les Pays-Bas et… la Belgique, qui applique officiellement les codes de classification dressés par l’association depuis le 1er janvier de cette année.

En tout, 270 critères permettent de catégoriser les hôtels des pays membres, statuant sur la propreté, les services, les compétences du personnel… Des critères qui évoluent, pour coller aux besoins du marché et des clients, et qui ont été pensés pour s’appliquer dans tous les pays européens, considérant les différences culturelles et géographiques, précise Janis Valodze, Président sortant de l’association et Directeur Général du Radisson Blu Royal Astorija, hôtel 5 étoiles de Vilnius.

Service valet et double oreiller

Tenant compte de ces nouveaux critères, tous les établissements belges aspirant aux 5 étoiles doivent par exemple assurer un service en chambre et à la réception 24 h sur 24, s’entourer d’un staff multilingue, garantir un service voiturier, de conciergerie, de repassage (avec réception des vêtements dans l’heure) et un accueil personnalisé en chambre sous la forme de fleurs ou d’un autre présent.

Chaque chambre devra mettre à disposition des lits simples de taille minimale de 90 cm sur 2 m et des lits doubles de minimum 1,80 m sur 2 m, ainsi que des pantoufles, un peignoir, du nécessaire de correspondance et deux oreillers “utilisables et non décoratifs” par personne, pour ne citer que quelques critères. Des critères sensiblement identiques à ceux que la Belgique a toujours connus. Il n’y a pas de changement prévu de notre côté, confirme-t-on au service Communication de l’Hôtel Amigo. Nous sommes un 5 étoiles et le restons. Même son de cloche au Manoir de Lébioles de Spa, qui affiche le même nombre d’étoiles au compteur. 

La vie de palace !

Si le terme palace désigne communément un hôtel de luxe, le label “Palace”, en France, a été créé en 2010, à destination des établissements de prestige qui aspiraient à être récompensés pour leur excellence et ainsi se distinguer des cinq étoiles classiques. On ne devient palace qu’en respectant une charte d’excellence longue de 200 critères (ancienneté d’un an minimum, restaurant gastronomique, spa…), qu’auront validés des experts de la profession réunis en jury. Le comité Atout-France statuera ensuite sur l’éligibilité de l’établissement.

Peu de 5 étoiles détiennent aujourd’hui ce label de prestige, dont le George V à Paris, le Cheval Blanc à Courchevel ou la Réserve à Ramatuelle, mais tout le monde n’a pas la volonté d’être un palace, précise Gérald Van Reck, Directeur Général du Buddha-Bar. Il y a une certaine idée de classicisme dans le palace, de service aux gants blancs. L’hôtellerie, à mes yeux, doit plutôt s’apparenter à l’association d’un service d’excellence et d’une ambiance décontractée. Pointilleux et sensible à l’humain, ce diplômé de l’École hôtelière de Lausanne préfère parler d’expérience à vivre. Ce qui compte pour moi, c’est que les clients repartent heureux.

Pour atteindre son objectif, ce dernier met un point d’honneur à offrir un service ultra-personnalisé à sa clientèle, qu’il peut se targuer de connaître “sur le bout des doigts”. Je m’appuie sur ma connaissance du Tout-Paris et le service de conciergerie de luxe avec lequel je travaille pour offrir un service rapproché. Madame aime le chocolat, j’en déposerai sa version préférée sur son lit. Monsieur est fan de golf, je lui offrirai quelques balles singulières. Une seule devise pour le maître des lieux : ne jamais dire non ! S’il le faut, je me battrai pour dénicher une place au défilé Dior ou organiser un dîner en montgolfière partant du Louvre. Je ne dis pas que j’y arriverai à coup sûr, mais l’idée sera toujours d’essayer.