Détente absolue à Fès la Sereine

À un peu plus de trois heures de la Belgique, la ville impériale marocaine cultive son authenticité autant que sa douceur. D’ailleurs ici, on surnomme Marrakech, Arnaquech. C’est tout l’inverse de ce que respire Fès, que l’on sillonne à pied.
Par amandine Maziers ET isabelle plumhans Photos DR sauf mention contraire |

On joue à cache-cache 

Cet ancien jardin en ruine de la médina est resté dans son jus. Ou presque. Ambiance un rien bobo, cuisine ouverte, tables cachées au milieu des herbes folles, cuisine simplissime. On vous prête un chapeau si vous n’êtes pas à l’ombre. Et on y apprend aussi à faire du pain.  

The Ruined Garden,  15 Derb Idrissy Sidi Ahmed Chaoui Medina, Siaj, 30110 Fès, T. +212 649 19 14 10,
www.ruinedgarden.com

On se recueille  

Fès est divisée en trois quartiers, la médina au nord (Fès-el-Bali), la ville nouvelle au sud et Fès-el-Jedid entre les deux, un petit morceau de ville qui entoure le Palais royal. Tout au sud de ce quartier, au bout de la longue rue commerçante et foutoir des Mérinides, après avoir traversé un parking, c’est aussi là qu’on trouve le cimetière juif. La simple porte métallique et cabossée ferait plutôt penser à un garage. Une fois passée, on se retrouve pourtant dans l’un des lieux les plus émouvants de la ville. Les tombes blanches éblouissantes, certaines au format miniature des nouveau-nés s’alignent comme des vagues au fil de la colline qui domine l’oued Zitoun. On s’y perd des heures loin, très loin, du tumulte environnant. L’endroit est photogénique, mais il raconte surtout tout de ce coin qui fut le premier quartier juif du Maroc.  

Cimetière juif, sur le parking au début de la rue des Mérinides, par la place des Alaouites, Fès-el-Jedid. Entrée payante auprès du gardien (env. 20 Dh, 1,86 €).

On va voir ailleurs 

Le Mellah, à l’intérieur de Fès-El-Jedid, était, du XIVe siècle à 1950, le quartier juif de la ville. L’architecture néo-classique, avec ses balcons et loggias en bois, et ses ferronneries en ornements, est complètement à contre-courant des constructions locales. On se sent ailleurs, sans vraiment savoir où. Le bijou caché : la synagogue Aben-Danan, du XVIIe siècle. En grimpant par la galerie des femmes, on jouit d’une vue d’ensemble et on profite ensuite de la terrasse avec vue sur le cimetière juif.

Synagogue Aben-Danan, rue de Temara, Fès-el-Jedid. Ouvert de 9 h à 18 h sauf le samedi. Entrée payante (env. 20 Dh, 1,86 €).

On mitonne et on rêve 

Dans un coin calme de la médina, le Riad Anata est un cocon doux imaginé par la Belge Valérie Janczewski avec l’aide de la décoratrice d’intérieur Audrey Vermeersch. Ici, c’est comme à la maison. Cinq chambres uniquement. Un décor aux petits oignons avec tout ce qui fait le charme du pays dans une veine à la fois moderne et authentique, Audrey a chiné des portes anciennes pour en faire des têtes de lit, autant qu’elle a recouvert de tissus rose pimpant des petits fauteuils accessoirisés de coussins taillés dans des tapis d’ici. C’est beau, c’est vrai, c’est serein. Et on s’y sent bien. Bien sûr, c’est grâce au décor, à la terrasse charmante où paresser et se régaler, ou au bassin où tremper les pieds sur les toits... Mais c’est aussi grâce à la délicieuse cuisine de Samira, fée joyeuse qui opère aux fourneaux et dispense des cours de cuisine pour les gourmands. Si vous n’avez pas la chance d’y dormir, allez au moins y dîner ou y prendre un cours. Au petit-déjeuner, son cake au sésame est une tuerie dont on embarque la recette dans notre valise comme un précieux trophée.

Riad Anata, 16 B Derb El Hamia,
30200 Fès, T. +212 535 74 15 37,
www.riad-anata.com Àpd 105 € la nuit.

On aime local  

La designer textile américo-palestinienne Nina Alami est installée à Fès depuis 2011. Elle y crée des foulards et écharpes avec des artisans, touches de fluo et modernité bien trempée en prime. Uniquement sur rendez-vous, mais ça vaut vraiment le coup.  La créatrice est vendue dans quelques spots branchés à travers le monde, mais c’est dans son studio de Fès que son univers respire le mieux.

Artisan Project Inc,
www.artisanprojectinc.com 

On se  perd 

Maroc oblige, le petit bonheur est forcément de se perdre dans les ruelles de la médina. Celle de Fès, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est aussi la plus vieille du pays et la plus grande du monde arabe, et il faut quelques jours avant de savoir s’y retrouver sans peine en repérant ses deux axes principaux. Ils partent tous les deux de la porte Bâb Boujloud, c’est le point de départ le plus facile. On parle d’un enchevêtrement de neuf mille ruelles. Pourtant, si on n’échappe pas au tumulte, on est loin de l’oppressante Marrakech. Fès, ville impériale, capitale des arts, gardienne de la foi, balade une douceur évidente. La belle idée : après avoir visité les lieux façon bain de foule, on s’y perd aussi le vendredi, jour de la prière, où elle est presque déserte. C’est le meilleur moyen de profiter de son architecture avec, à certains endroits, de sublimes toitures et fenêtres en bois ouvragés.

On s’oxygène

Le miracle de Fès, ce sont sans doute ses lieux immenses loin du brouhaha. Le jardin public Jnane Sbil, en plein cœur de la ville, est un poumon vert impressionnant, sur 7,5 hectares, avec ses fontaines, allées bordées d’arbres et autre plan d’eau. Au milieu des bambous géants et eucalyptus, on y dénombre quelque trois mille espèces végétales. Respirez.   

Jardin Jnane Sbil, Fès-el-Jedid. 

On touche du bois 

Quand on se perd dans les ruelles de la médina, la place Nejjarine, avec sa fontaine précieuse en zelliges coiffée de tuiles vertes, est une petite oasis de paix souvent déserte. D’ailleurs, ladite fontaine compte parmi les plus belles de la ville et son auvent en cèdre sculpté raconte tout du quartier : c’est là qu’on trouve les artisans du bois. Un autre indice ne trompe pas : au fond de la place, l’immense portail sculpté du Fondouk Nejjarine impressionne. L’intérieur de cet ancien caravansérail du XVIIIe siècle, reconverti en Musée des arts et métiers du bois, est une petite perle de beauté aux bois et stucs sculptés. Si les collections sont intéressantes, c’est avant tout le lieu qui vaut vraiment le détour. On y prend le frais, on y profite du calme et on finit sur le toit-terrasse pour prendre un thé et profiter de la vue en escaladant une estrade... en bois.

Fondouk Nejjarine, place Nejjarine, Fès-el-Bali, T. +212 535 74 05 80. Ouvert tous les jours de 10 h à 17 h. Entrée : 20 Dh (1,86 €).

On fait plouf 

Pas de bain de mer, on se rattrape avec des plongeons en plein cœur de la médina. La piscine du riad Aktankara est plantée dans un jardin. On y a passé un après-midi... seuls. Un délice.

Riad Alkantara, 24 Oued Souaffine, 30004 Fès, T. +212 535 74 02 92,
www.riadalkantara.com 

On respire de la menthe 

C’est la tradition pour qui veut regarder le spectacle des tanneries : on se colle un bouquet de menthe au nez pour contrer les odeurs puissantes. L’expérience a beau être touristique, elle n’en est pas moins fascinante. On y va tôt le matin pour éviter la foule. Bal de couleurs incroyables, cuves remplies de fiente de pigeon ou de chaux, peaux séchant au soleil, et ritournelle harassante des tanneurs qui piétinent les peaux dans des bacs de couleurs... L’image semble être la même que celle des siècles passés. Passage presque obligé : céder aux rabatteurs qui vous conduisent jusqu’à l’une des terrasses qui surplombent les tanneries et appartiennent à quelques boutiques de cuir. C’est de là que le spectacle est le plus impressionnant.     

Tanneries Chouarra, Derb Chouarra, au nord de Fès-el-Bali. 

On adore 

On pourrait vous parler des heures du Jardin des Biehn sauf qu’on veut bien parier qu’on oublierait encore un des recoins de ce morceau de paradis. Tout n’y est que poésie. L’antiquaire français Michel Biehn et sa femme, Catherine, ont restauré cet ancien palais d’un pacha, pour en faire une maison d’hôte. Fait rarissime en pleine médina, le tout est flanqué d’un sublime jardin andalou. D’accord, il y a dix suites et chambres, mais il y a tout le reste. On va y boire un verre ou y manger au Fez Café, un petit régal au charme coloré. Un rien déjanté. On va s’y promener, le cadre est sublime et le jardin bourré de coins cachés. Mais on y profite aussi d’une petite boutique à la sélection parfaite qui revisite les classiques du coin. On scrute les yeux ébaudis le cabinet des courges – une collection de quatre cents objets dénichés à travers le monde et fabriqués avec des cucurbitacées, entre vaudou joyeux et créativité populaire – et on va flemmarder sur la terrasse au milieu des cactus. Luxe heureux et pure simplicité, c’est l’adresse rêvée.   

Le Jardin des Biehn, 13 Akbat Sbaa, Douh, 30100 Fès, T. +212 535 74 10 36,
www.jardindesbiehn.com