Dandys au féminin

Costumes de tweed à la Paul Smith, cravates  : ou comment s’inspirer des fondamentaux masculins pour réinventer son dressing.
PAR Marie Honnay |

Des costumes de tweed d’un côté, des cravates très sages ou nettement plus excentriques de l’autre… Quand plusieurs défilés parisiens jouent la carte du dressing pour homme gentiment pillé par les femmes, on quitte le registre de la coïncidence pour entrer dans celui de la tendance, fût-elle micro. C’est la collection automne-hiver 2017 de Paul Smith, inspirée du néodandysme, qui nous a mis la puce à l’oreille.

En complète opposition avec la tendance fast-fashion, les néodandys ou “chaps” (“gars”) – en référence au mouvement incarné par l’Anglais Gustav Temple, qui a rédigé un manifeste sur le sujet – se démarquent de tout signe extérieur de richesse. Prônant le chic, la non-ostentation et la révolution par le tweed, ces nouveaux élégants mordants et joliment décalés affichent un raffinement british jamais barbant.

Pièce emblématique de la tendance : le costume parfaitement taillé, voire sur mesure, coupé dans une matière de qualité qui, de la doublure aux boutons de manchette, trahit un incroyable souci du détail. Le détail, c’est justement ce qui a permis au créateur Paul Smith de se construire une réputation de roi du chic british. Sauf qu’aujourd’hui, l’ambassadeur du tweed convertit même les femmes. Rencontre backstage lors de son dernier défilé parisien.

Cette collection automne/hiver est un hommage au chic british.

Pourquoi cette volonté de revenir aux bases de votre style ?
Parce que le tailoring est effectivement fortement ancré dans notre ADN. C’est ce savoir-faire qui nous permet d’être vendus dans 73 pays et qui, aujourd’hui encore, suscite l’intérêt de nos clients masculins et féminins.

Avec vous, le dandysme n’est jamais premier degré.

Lorsque vous commencez à utiliser des matières traditionnelles, le tweed notamment, vous ne devez pas tomber dans le travers de la tradition poussée à l’extrême.

Twister les basiques du chic british, c’est ce que je fais depuis mon tout premier show. Ma force, c’est d’avoir réinventé le costume en ajoutant des boutons de manchette décalés ou, plus récemment, une paire de sneakers. Et puis d’avoir créé des pièces dans lesquelles les gens peuvent voyager à l’aise et avec style.

Pourquoi la jouer cette fois dandy au féminin ?

Lorsque nous avons commencé à travailler sur la collection femmes de l’hiver prochain, je me suis souvenu des raisons qui m’avaient poussé, à l’origine, à lancer une ligne féminine. À l’époque, j’avais remarqué que les femmes s’appropriaient les belles pièces du vestiaire masculin, qui les faisaient ressembler à des clichés de grands photographes.

Sur leurs photos, les supermodels s’affichaient dans des costumes de dandy. J’avais oublié cette période-là. Je voulais y revenir.

Et d’un point de vue coupe, la différence hommes/femmes est-elle marquée ?

Même lorsque vous concevez vos collections féminines et masculines dans le même esprit, vous devez respecter certains codes propres à la silhouette de la femme : blazer à un seul bouton qui couvre légèrement les hanches, pantalon à fourche haute, épaules marquées, matières légèrement plus fluides.

Cela dit, la silhouette et l’attitude du dandy restent mon point de départ. J’ai par exemple imaginé des gilets ultra-ajustés comme si les femmes les avaient empruntés à un homme.

Comment s’approprier le look dandy sans avoir l’air déguisée en mec ?

Dès les années 60, les femmes prennent pleinement possession du costume masculin. À cette époque, de Twiggy à Catherine Deneuve, Yves Saint Laurent ose pour elles le smoking au féminin et bien que le vêtement ne révèle aucune partie impudique du corps de la femme, il fait scandale. Françoise Hardy sera par exemple huée à l’Opéra de Paris en 1967 pour avoir osé paraître en smoking Saint Laurent.

Cinquante ans plus tard, ce petit côté transgressif demeure, peut-être aussi parce qu’au final, le look dandy donne à la femme un petit air de powerwoman. Car le dandysme va plus loin que le simple costume trois-pièces. Il ose l’excès d’accessoires, les touches de couleurs, les mixes de matières précieuses comme le tweed, le velours ou le satin. Dans sa version féminine, le look dandy se porte de manière quasi littérale, mais on force le trait : on ose le costume en version rose shocking ou le gilet à fleurs, la cravate portée en lavallière, la bouche rouge velours comme un bijou et, surtout, on se perche sur un bel escarpin pour achever de féminiser l’allure.

Pas assez franche ?

Démarrez en douceur avec un seul élément masculin qui viendra pimenter une tenue sobre : la cravate portée lâche sur une chemise blanche, les bretelles sur un jeans boy-friend,… C’est le détail néo dandy qui donnera du chien à votre look.

I.V.L.

Elles ont tout compris