Et si votre besoin viscéral de voyager était inscrit dans vos gènes ?

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi certaines personnes ressentent le besoin irrépressible de voyager tandis que d’autres se contentent de rester au même endroit la plupart de leur vie ? Il y aurait une explication scientifique.

Par Tiffany Sales. Photo : Reporters. |

L’humain est sans aucun doute l’espèce la plus curieuse et exploratrice que la Terre ait porté. En seulement 50.000 ans, nos ancêtres qui restaient autrefois confinés dans leur région, ont investi tous les continents, pays et recoins du monde (Knoll, 2003). Mais pourquoi certaines personnes ont une soif intarissable de découvrir le monde tandis que d’autres se contentent de rester au même endroit la plupart de leur vie ? La réponse pourrait être toute simple.

Selon certains scientifiques, cette envie de voyager qui vous dévore serait inscrite dans votre ADN. De nombreuses études, dont celle de Schilling, Walsh & Yun (2011), démontrent en effet que notre amour du voyage serait traçable dans un gène, dérivé génétique du gène DRD4, impliqué dans le contrôle de la dopamine (neurotransmetteur relâché par le cerveau et associé à la sensation de plaisir - (Lichter et al, 1993)). Identifié comme DRD4-7R, ce gène baptisé « wanderlust gene » ou gène du voyage se caractériserait par un niveau de curiosité élevé, un goût du risque, une forte attirance pour la nouveauté, des capacités marquées pour la résolution de problèmes et une tolérance élevée au stress. Les personnes qui possèdent le DRD4-7R ressentent le besoin d’une plus grande libération de dopamine pour ressentir une sensation de plaisir équivalente à une autre personne. D'où la tendance à « vouloir multiplier les expériences, prendre des risques, explorer de nouveaux endroits, de nouvelles idées, de nouveaux plats, de nouvelles relations, de nouvelles drogues, de nouvelles opportunités sexuelles, etc. », selon David Dobbs, chercheur pour le National Geographic.

Ce gène ne serait toutefois pas si commun puisque seule une personne sur cinq en serait porteuse, soit, 20% de la population. Bien que les scientifiques ne s’accordent pas tous sur ce pourcentage. 

Plus étonnant encore, il serait d’avantage partagé dans les populations qui ont toujours été encouragées à voyager. Partant de la présomption que les êtres humains sont apparus en Afrique, Chuansheng Chen, qui a mené une étude sur ce sujet en 1999, soutient l’idée que « la forme DRD4-7r du gène est plus susceptible de se produire dans les sociétés modernes où les populations migrent plus qu’auparavant ». Selon ce dernier, les populations qui sont aujourd’hui les plus éloignées d’Afrique (ou géographiquement éloignées de leur population parentale d'origine) ont aussi potentiellement plus de chances d’être porteuses de ce gène. Tout comme les groupes migrants et les nomades qui n’ont jamais vraiment cessé de bouger.  

Alors, maintenant que vous connaissez les manières dont se manifeste le DRD4-7R, pensez-vous le posséder ?

Knoll, A.H. (2003) Life on a Young Planet: The First Three Billion Years of Evolution on Earth. New York: Princeton University Press
Schilling, C. M., Walsh, A., & Yun, I. (2011). ADHD and criminality: A primer on the genetic, neurobiological, evolutionary, and treatment literature for criminologists. Journal of Criminal Justice, 39(1), 3-11.
Lichter, J. B., Barr, C. L., Kennedy, J. L., Van Tol, H. H., Kidd, K. K., & Livak, K. J. (1993). A hypervariable segment in the human dopamine receptor D4 (DRD4) gene. Human Molecular Genetics, 2(6), 767-773.
Chem. Chuansheng, et al. ( 1999). “Population Migration and the variation in Dopamine D4 Receptor (DRD4) Allele Frequencies Around the Globe." Evolution and Human Behavior. 20:309- 24.