Kitsch, le retour en grâce

"J’abhorre !", s’exclamait-on autrefois pour garder la face à la vue d’un nain de jardin criard. Plus la peine de feindre l’écœurement désormais, le mauvais goût a changé de camp et l’on peut ouvertement lui déclarer sa flamme, sans craindre les représailles de la table design du salon.
PAR ÉLISABETH DEBOURSE. PHOTOS DR. |

Qu’ont en commun un coussin en velours jaune canari, cette figurine en porcelaine un peu trop catholique et le modèle réduit de la DeLorean de Marty McFly ? Réponse : ils sont indéniablement kitsch. Kitsch, mais pas laids, et pour preuve, ces éléments de décoration remeublent progressivement nos intérieurs, avec le soupçon d’humour et de nostalgie qui les a toujours caractérisés. Car le kitsch ne date pas d’hier, et c’est bien le principe.

Ce drôle de mot tout en consonnes est vraisemblablement né chez nos voisins germanophones, où Louis II, roi que l’on disait fou, sévissait à coups d’excentricités personnelles et de châteaux extravagants. Qu’il se traduise par “brader” (verkitschen) ou “ramasser des déchets en rue” (kitschen), le terme chuintant n’avait du reste jamais bonne presse. Il servira d’ailleurs à moquer les classes populaires au 19e siècle, imitant – mal – le mode de vie et les trésors de culture de la bourgeoisie. Inauthentique, surchargé et de mauvais goût, le style kitsch n’en était pas un.

Comment expliquer, dès lors, qu’il s’invite sous forme de boules à neige dans nos salons occidentaux ? Que le plasticien Jeff Koons, en ait fait sa marque de fabrique, et que le kawaii (“mignon” en japonais) s’annoncent plus hype que jamais ?

TÉMOIN DE NOTRE AUTODÉRISION

Passé de péjoratif à affectif, le kitsch incarne l’intégration de l’humour chez soi, explique, avec une pointe d’accent belge, Marie Froideval, décoratrice d’intérieur et fondatrice du studio parisien Mariekke. Il désigne un acte de décoration personnel et décomplexé, s’apparente à un éclat de rire à gorge déployée qui éclabousse les murs et les étagères. Et de poursuivre : En 2017, il est même contestataire pour celles et ceux qui rejettent la “décoration catalogue” qu’on nous vend depuis quelques années. Le néo-kitsch nous aiderait donc à jouer de nos propres codes et incarnerait à lui seul la pop culture des années 60 à nos jours.

Le kitsch, c’est le détournement surprenant, la réinvention inattendue, la réinterprétation des codes bourgeois par ceux de la culture contemporaine, précise Marie Froideval. Et il s’exprime autant à travers une tapisserie encadrée de Beyoncé, un téléphone à antenne rose fuchsia posé sur un buffet de hall d’entrée que des cartouches de jeu Nintendo montées en serre-livres. Des objets imbibés de culture populaire, toujours, et à l’ADN souvent pieux. 

Ce qui marche très bien, c’est tout ce qui a un rapport avec les bondieuseries, ce qui fait référence aux cultes, quels qu’ils soient, confirme la décoratrice parisienne. Aujourd’hui, on peut ainsi se laisser tenter par un sticker mural de vierge à paillettes ou une bougie flashy à l’effigie de Jésus, sans risquer de passer pour un fanatique.

POINT TROP N’EN FAUT

The kitsch is back, mais encore faut-il savoir s’en servir et – une fois n’est pas coutume – l’apprécier avec mesure. Si l’accumulation d’objets hétéroclites est la marque de fabrique du genre, on le distribuera avec parcimonie, au risque de pêcher par excès de couleurs vives et d’objets bling-bling. Il s’agit de doser, de ne pas tomber dans le “too much”, sans quoi on donne une impression de premier degré et on perd le côté humoristique recherché au départ, professe la créatrice.

Alors comment faudra-t-il l’intégrer ? Soit c’est un élément assez imposant et il peut vivre seul, soit ce sont de petits bibelots qui se répondent par la couleur ou la thématique. On aura alors le choix de les regrouper au même endroit, dans un esprit “autel au kitsch”, ou de les répartir dans l’espace, pour autant qu’ils fassent écho à d’autres objets, sur lesquels ils peuvent s’appuyer visuellement.

Préférer la modération, c’est se rappeler que le kitsch n’est pas un résultat en soi, mais un projet. Il s’achète patiemment en ligne, se chine dans les vide-greniers, se déniche en brocantes, se repère au détour d’une vitrine d’antiquaire, en vacances ou en visite chez des grands-parents… Règle numéro 1 pour apprivoiser la tendance : on ne naît pas kitsch, on le devient ! 

LE KITSCH S’EXPOSE

Ils sont les Batman et Robin du kitsch, les Starsky et Hutch du détournement photographique, les Dupont et Dupond de la peinture moderne : le duo mythique d’artistes Pierre & Gilles s’expose au Musée d’Ixelles jusqu’au 14 mai prochain. 71 Rue Jean Van Volsem, 1050 Ixelles,  www.museedixelles.irisnet.be

OÙ ACHETER DU KITSCH EN BELGIQUE ?

En ligne

• Appliques en verre teinté, seau à glace ananas et chariot à cocktails… 
www.kocotte.com chine le mobilier vintage de vos rêves et les petits accessoires qui font la différence.

• Parce que les enfants ont aussi droit au revival, www.liilevintagelovers.be revend les jouets Fisher Price et le cheval en bois qui ont fait notre enfance.

• À Drogenbos, l’entrepôt de Yapok et Stefka regorge d’objets curieux et rétros.
Sur www.yapstock.com, on loue du mobilier le temps d’un mariage à thème ou d’une mise en vente d’appartement.

En ville

• Entrer pour une jolie plante et repartir avec un thermos à fleurs, c’est possible à La Frénésie, une boutique des Marolles verdoyante.

67 Place du Jeu de Balle, 1000 Bruxelles.

• Quand on aime le kitsch, on l’affiche ! En visite à Gand, passez à l’antique magasin Priem, aux papiers peints rétros comme on n’en fait plus.

1 Zuivelbrugstraat, 9000 Gand.

• On court… à la brocante quotidienne de la Place du Jeu de Balle de Bruxelles, au Antwerp Vintage Markets et à leurs pendants liégeois.

Sel et poivre nains - Dejeuner Sur L’Herbe.