L’athleisure belge cartonne

Il y a peu, le Vogue français titrait : “Le Yoga Pant va-t-il détrôner le jeans ?” À grand renfort de stars capturées sur Instagram en legging, boots à talons et sac griffé. Il n’en fallait pas plus pour agiter nos radars fashion.
PAR ingrid van langhendonck. interview: lauranne lahaye et yoris bavier. Photos Laetizia Bazzoni. |

Certes, il y a des années que l’on porte des sweat-shirts et des baskets, mais de là à arborer son legging lycra en business lunch, il y a de la marge. Et pourtant, le sportswear pur et dur ne se porte plus uniquement en mode fitness, il va piquer les codes du luxe et s’accessoirise pour se donner un air cité… Les marques d’athleisure (contraction traduite d’athlétisme et de loisir) fleurissent, – certains annoncent même la saturation du marché pour 2018 ! –, et la Belgique tient le haut du pavé. Pour preuve, la marque Nunu Active wear, lancée en 2016 par l’Anversoise Marie-Hélène Roevens, et déjà adoptée par des stars comme Gigi Hadid et Kendal Jenner.
La marque O’rèn, fondée en 2013, propose une ligne sport, à porter en combinaison avec un perfecto à paillettes, une jupe patineuse ou un pantalon chino. On s’autorise la jupe tube sous un sweat-shirt sport traversé d’un flamboyant “ cardio cow-boy ” ! Mais attention, l’athleisure est tout sauf débraillé, savant mélange de matières technologiques et de coupes branchées. Pour en savoir plus sur cette tendance forte, nous avons rencontré deux de ses plus légitimes représentantes ; deux athlètes olympiques, passionnées de mode et depuis peu stylistes sporty chic. De leur amour pour la mode et leur addiction à la course est née 42/54, une ligne athleisure et qui s’inscrit magistralement dans nos nouveaux modes de vie “ healthy ”.
Elles font partie de la même famille : celle des championnes qui ne lâchent rien. Le 22 août 2008, aux Jeux Olympiques de Pékin, Olivia Borlée et Elodie Ouédraogo décrochent la médaille d’or au relais 4 x 100 mètres. Et s’emparent, avec leurs coéquipières Hanna Mariën et Kim Gevaert, du nouveau record belge jamais atteint. 42 secondes, 54 centièmes : des chiffres porte-bonheur que les sprinteuses chérissent au point d’en baptiser leur marque, 42/54 – dites forty two fifty four, lancée au printemps 2015. Résultat : une ligne sport sophistiquée, qui édite aujourd’hui sa troisième capsule. Si la tendance fait parader le legging dans les restaurants et les sneakers dans les boîtes de nuit, elle préfigure surtout un état d’esprit dans lequel bonne santé et cool attitude sont prépondérants, explique Didier Vervaeren, styliste. Un mode de vie que partagent ces deux entrepreneuses trentenaires.

Où sont nées vos envies couture?

Olivia : Toutes les sportives qu’on côtoyait en compétition portaient la même chose, des tops roses, des shorts flashy… Elles étaient uniformément sponsorisées par Nike ou Adidas. Et nous aussi. Disons qu’à un moment, ça ne correspondait plus à notre style.

Vous vous êtes inspiré de designers ?

Olivia : Je remarquais que les créateurs s’inspiraient de l’univers du sport pour faire évoluer leurs lignes, mais ces pièces-là n’étaient clairement pas portables dans le cadre d’un entraînement. Alors je me suis demandé ce qu’il fallait faire pour qu’elles soient aussi fonctionnelles qu’esthétiques. De manière générale, le monde du sport et celui de la couture se nourrissent mutuellement, l’un faisant évoluer l’autre, sur les coupes, la technicité des tissus.

La technologie est d’ailleurs au centre de votre marque…

Élodie : Pour une marque sport, on est assez haut de gamme, mais il y a un vrai travail de réflexion en amont, les tissus sont belges, résistants, on collabore avec des fabricants gantois, une usine textile flamande et une autre en Tunisie, éco et socio-responsable…

Des collections pensées pour matcher à une garde-robe urbaine. Une inspiration made in USA ?

Olivia : En Australie, en Grande-Bretagne, les filles se baladent en rue en legging, c’est typique des pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis, le sport est profondément ancré dans la culture, il s’inscrit dans la routine quotidienne, les études, le travail… s’articulent autour de ça. Et le dressing s’adapte à ce mode de vie : là-bas, on peut aller déjeuner en tenue de yoga sans que ça ne choque personne. 

Certains des créateurs les plus avant-gardistes sont belges, pourtant ! Raf Simons a fait du street chic sa marque de fabrique…

Olivia : Mais les citoyens restent assez conservateurs en matière d’habillement. Les modes de vie se sont accélérés, les vêtements confortables ont plus que jamais leur place dans le dressing d’une femme qui veut jongler entre vie de famille, vie professionnelle, vie sportive…
Élodie :Le pari de nos collections, c’est de faire gagner en temps et en style. 
42/54, en vente chez Icon à Bruxelles, Renaissance à Anvers, Irina Khä à Liège et Rio Store à Gand. www.4254sport.com.

 

 

+ 30 %

En 2016, le marché de l’athleisure, chaussures comprises, était estimé à 270 milliards de dollars. Il devrait enregistrer 
une hausse de 30 % de son chiffre d’affaires, d’ici à 2020.
Source : Hilary Milnes, Digiday, Designer sneakers and $200 leggings : How luxury stepped into the rise of athleisure.

Le décryptage d’UN fashion gourou

Les stars et les réseaux sociaux ont-ils contribué à rendre le sport sexy ?

Didier Vervaeren : Complètement.Ce sont les médias qui ont banalisé les images de célébrités en sportswear; je pense à Rihanna qui sort de chez elle en jogging, avec des sneakers de couleur et le sac Delvaux culte estampillé Ceci n’est pas un Delvaux. Avec les réseaux sociaux, on est dans une tendance paparazzi. Ce qui a popularsisé le posutlat selon lequel on peut être chic et branché en sruvêtements.

Comment porter l’athleisure sans faire de maladresse ? 

Il faut trouver le bon équilibre. Ne pas porter la tendance en total look, pas forcément non plus comme on nous l’impose dans les vitrines des boutiques, et certainement pas comme le portent les Américains, de manière assez kitsch, pas forcément élégante. En soi, c’est comme pour toutes les inspirations mode, il faut les mélanger : ici, il s’agira de combiner notes sport avec basiques et pièces classiques. C’est là que ça devient intéressant, le but n’est pas de ressembler à une chanteuse de rap.

Une femme peut-elle effectivement être sexy en legging ? 

Ça dépend de ses jambes ! (rires). Le legging est un élément intemporel de la garde-robe et c’est aussi un très bon lien entre le sportswear et le classy. En fonction de ce qu’on porte au-dessus ou de ses chaussures, la tenue variera de cocoon à cool. A la ville, on peut par exemple le porter avec un long blazer d’homme, resserré à la taille, pour conserver un esprit chic !

Élodie 

Débardeur et legging en Néoprène, à enfiler comme une seconde peau, pour une séance de sport, suivie d’un lunch citadin.

Olivia 

Maillot rouge amour sur mum jeans esprit eighties.