La barbe, la tendance qui s'accroche

On la croyait éphémère, effet de mode lié au mouvement hipster, mais elle défile sur tapis rouge et n’en finit pas de faire des adeptes.

Par Yoris Bavier. Photos dr sauf mention contraire. |

Novembre 2012 : les barbus signent leur grand retour avec Movember. Né en 2003 en Australie, le mouvement invite les hommes à se laisser pousser la moustache le 11e mois de l’année pour attirer l’attention sur leur masculinité et surtout, briser le tabou lié aux maladies qui les touchent, comme le cancer de la prostate. Si les Australiens misent sur la moustache, les Européens élisent la barbe, moins connotée “dictateurs” ou “cinéma porno des seventies”.

Défi personnel ou engagement sociétal, la campagne de sensibilisation est ralliée par des milliers d’hommes, qui profitent de l’occasion pour assumer leur pilosité.Simultanément, aux États-Unis, les hipsters s’emparent de la tendance et lui dédient comptes Instagram et bouquins. Séduits, les VIP succombent aussi : Jake Gyllenhaal, Ryan Gosling, Ben Affleck ou Christian Bale s’exposent le visage hirsute. Un revival tout en poils qui dure depuis cinq ans.

Mais pourquoi donc la sacro-sainte barbe s’accroche-t-elle ?

Entre praticité et virilité

En moyenne, un homme passe 145 jours de sa vie à se raser, relatent les études. Et sa version moderne est bien trop occupée pour sacrifier ses journées. C’est un réel gain de temps, explique Antoine Salomé, 23 ans, étudiant en Histoire de l’Art, à Bruxelles. Je dois juste passer ma tondeuse “barbe de trois jours” de temps en temps ; bien plus facile que de me raser entièrement au quotidien ! Un sondage réalisé en juin 2015 par la marque Braun stipule que 59 % des 6500 Européens interrogés portent la barbe pour son aspect pratique.

Mais une simple économie de temps peut-elle expliquer l’ubiquité d’une tendance ?

Pas tout à fait. Pascal Monfort, sociologue de la mode, évoquait dans Les Inrocks, un retour à une masculinité classique, presque clichée, qui se permet tout ce qui aurait été considéré comme beauf il y a quelques années. Et d’ajouter le mâle urbain veut sortir de l’ultraraffinement. Pour Christian Bromberger, professeur d’ethnologie et auteur du livre Trichologiques : une anthropologie des cheveux et du poil, le retour de cet appendice capillaire, signe de virilité, n’est pas insignifiant, à une période où l’on se pose toutes ces questions liées au genre.

Les principaux intéressés avancent tout un tas de justifications supplémentaires, qui s’étalent en commentaires sur des groupes Facebook tels que J’aime ma barbe ou Beard lover : la barbe permettrait de vieillir les visages enfantins, d’améliorer l’esthétique du faciès en jouant avec les volumes, de se sentir plus séduisant, de se rebeller face aux diktats de l’allure impeccable, de ne pas attraper froid en hiver, etc. Elle aurait donc tout pour plaire…

Du moins jusqu’à aujourd’hui, certains experts capillaires promettant en effet un recul de la tendance pour 2017. À l’origine, les tendances capillaires possédaient des cycles de vie d’une trentaine d’années, rappellent les prescripteurs de tendances, mais avec l’arrivée d’Internet, les modes évoluent plus rapidement et les humains se lassent plus vite, eux aussi.

Messieurs les barbus, face à la tendance, deux options s’offrent désormais à vous – le bouc et le collier n’étant rationnellement pas envisageables ! — : faire fi des consignes et conserver votre manteau de fourrure ou saisir rasoirs et blaireaux pour vous remettre à poil. 

Trois adresses qui nous font mousser

Des lieux dans l’air du temps, où entretenir sa barbe ou se faire raser à l’ancienne.

Le plus intemporel : Bayer & Bayer

Dans une maison de maître du Sablon, Nicolas et Olympia proposent aussi bien des prestations traditionnelles – taille de la barbe et mise en forme de la moustache, par exemple – que des services modernes comme la coloration. Le tout dans une ambiance cosy et très British.
35 Rue Joseph Stevens, 1000 Bruxelles, www.bayerbayer.be

Le plus authentique : Baron

La Cité ardente a, elle aussi, son barbier d’exception depuis 2009. On fonce au Baron pour le rasage à l’ancienne sur-mesure mais aussi pour les soins du visage à 5 €. On y patiente un verre de whisky à la main, ce qui n’est jamais négligeable, qu’on se le dise.
5 Rue Sébastien Laruelle, 4000 Liège, www.barberbaron.be

Le plus rockabilly : Dim’s barbershop

Au cœur de Waterloo, de grands gars barbus et tatoués vous proposent les services d’un barbier traditionnel. Entre musique rock et effluve d’eau de Cologne, l’ambiance y est délicieusement vintage.
190 Chaussée de Bruxelles, 1410 Waterloo

 

Quelle barbe pour quel visage?

• Vous avez la mine carrée ? L’objectif est d’adoucir vos traits. Préconisez le combo “moustache et barbe de trois jours maximum” : c’est le rasage en forme d’ancre. Dans tous les cas, optez pour des poils courts, une pilosité trop fournie accentuerait les lignes strictes de votre faciès.
• Vous avez le visage allongé ? Misez tout sur les favoris. Plus classique : une barbe complète, mais taillée courte.
• Vous avez la bouille ronde ? Le rasage de près vous donne visuellement quelques kilos supplémentaires ? Bannissez la moustache, qui accentue les rondeurs, et copiez Leonardo DiCaprio : une barbe de huit jours avec les poils du menton portés plus longs que ceux des joues.
• Votre visage est ovale ? Vous avez hérité du ticket gagnant et pouvez-vous permettre toutes les coupes et toutes les excentricités !