La beauté repensée pour durer

La consommation responsable ne s’applique pas uniquement aux légumes moches et à l’obsolescence programmée de nos téléviseurs. La beauté, c’est un rituel de plaisir et c’est de la technologie. Peut-on rendre la technologie plus durable, sans rien concéder à notre plaisir  ?

Par Ingrid Van Langhendonck. Photos dr |

Dans le monde du luxe, le seul argument écoresponsable ne saurait suffire à rendre un produit désirable. L’écologie n’a jamais rimé avec glamour. Mais ça, c’était avant !

On constate que la préoccupation est apparue comme fondamentale aux plus grands groupes cosmétiques, comme LVMH ou L’Oréal, qui ont chacun nommé un “Sustainability Manager” à la tête de toutes leurs marques. Leur mission : rendre les produits plus durables.

Chez L’Oréal, on entend diminuer de 60 % l’empreinte écologique du groupe d’ici 2020 ; en veillant à ce que chaque produit mis sur le marché offre un bénéfice au consommateur et soit économiquement performant, certes, mais soit aussi plus durable que ses concurrents ou que le produit qu’il remplace dans la gamme, nous explique Alexandra Palt, Chief Sustainability Officer pour L’Oréal (photo).

Elle évoque toutes les avancées en matière d’écologie et de gestion de la biodégradabilité des ingrédients, mais avance aussi des problématiques pour lesquelles les marques ne peuvent pas apporter de solution sans un changement radical dans l’attitude des consommateurs : Peu de gens en sont conscients, mais le plus gros impact sur l’environnement quand vous utilisez un savon ou un shampooing, c’est la consommation d’eau chaude qui y est attachée.

Dès lors, avant même de revoir le packaging ou la biodégradabilité, nous avons simplement travaillé la rinçabilité de nos shampooings. Nous tentons également d’éduquer les populations sur les bonnes habitudes en matière de consommation d’eau chaude, mais rien ne sera possible sur le long terme sans l’adhésion du plus grand nombre de gens, et leur capacité à changer leurs habitudes. Je suis convaincue, par exemple, que l’avenir réside dans le rechargeable.

Une formule refill réduit de 50 % l’empreinte écologique du packaging d’un produit, mais il faut que le consommateur modifie en profondeur son mode de consommation. Ce n’est pas seulement un défi pour les groupes cosmétiques, c’est un enjeu sociétal !

Puis, à côté de ces chantiers internationaux, il y a les plus petits acteurs : ces marques engagées qui, au-delà des considérations purement environnementales, veulent construire rien moins qu’un monde meilleur ; et nous convaincre d’en accepter les contraintes. Car elles sont nombreuses, les marques qui ont fait le choix d’une production locale et se voient limitées dans le choix de leurs ingrédients.

Le bio ne parvient toujours pas à développer des textures aussi fondantes ou des fards aussi intenses que les marques non-bio. Et le Vegan, surtout, s’affiche comme le plus restrictif.

Consommer vegan explose toutes les restrictions déjà mises en place par l’apparition du bio, car elles envisagent le bien-être animal dans sa forme la plus extrême. Aucune substance, aucune sécrétion n’est tolérée. Même le lait d’ânesse, chouchou des accros au bio, se voit relégué au rang d’ingrédient satanique, à bannir absolument !

Mais à y regarder de plus près, ces philosophies se contredisent parfois. Dans le cas de ces petites marques militantes, principalement. Pour Jean Rausin, fondateur de Cosmeticary : Le défi que l’on observe, c’est l’empreinte CO2 liée au transport de ces produits à travers le monde. Ces marques de niche surfent sur les tendances de consommation des jeunes et ont développé un marketing redoutable. Mais elles n’ont pas de réseau de boutiques, elles ne sont accessibles qu’en ligne. Une fois que les réseaux sociaux s’en emparent, elles deviennent la coqueluche des stars d’Instagram, on se les arrache aussi bien en Europe qu’en Asie. Ce qui a pour conséquence de nous faire perdre dans le transport ce que nous pensions avoir gagné dans l’élaboration des produits.

Dans l‘attente de trouver des solutions à ces contradictions, il va falloir choisir son combat. À chacun d’entre nous d’arbitrer entre la protection de la cause animale ou de la couche d’ozone, mais il faudra aussi mesurer ce que l’on est capable de concéder à nos habitudes de consommation boulimique pour y parvenir !

Le rechargeable, pour diminuer la consommation d’emballages

La tendance au rechargeable fait le buzz dans les épiceries fines, l’idée est avant tout d’éviter les emballages inutiles. C’est un modèle exigeant pour le consommateur, car il demande un engagement particulier et une organisation logistique à laquelle il n’est pas habitué. En beauté, le concept fait son chemin. Il y a évidemment les palettes d’ombres à paupières rechargeables initiées par Make Up Forever ; mais pour les soins, se pose encore le problème de la conservation.

Le parfum, en revanche, se joue du concept, et ce n’est pas nouveau : en 1992, Thierry Mugler rééditait le concept des fontaines à parfum, résurgence des maisons de parfumeurs au 18e siècle, comme Guerlain, qui créaient des flacons pour la vie. Mugler le pense comme un instant de luxe et un geste élégant, mais aujourd’hui, la portée écologique de cette initiative fait écho dans nos vies chargées de produits suremballés.

Et quand on sait qu’Angel reste le 3e parfum le plus venu dans le monde, on peut aisément chiffrer les milliers de flacons et de cellophane qui pourraient être économisés et on se prend à espérer que d’autres adhéreront.

Palette rechargeable Make Up Forever, 39 € – (16,50 € la recharge)
 

Le local, pour consommer sans empreinte CO2, ou presque

Consommer un produit fabriqué dans une zone proche de son point d’achat est l’un des gestes les plus simples à adopter pour adhérer à une cosmétique plus responsable. Le transport constituant une part importante de l’empreinte carbone d’un produit.

Ici encore, c’est un choix engagé de la part du consommateur, car il demande un peu de recherche pour dénicher les marques fabriquées localement. Mais surtout, cela restreint l’offre à un nombre limité de marques ; une frustration à laquelle le consommateur glouton n’est pas habitué non plus. Mais le concept séduit, surtout en Belgique, où plusieurs marques ont remporté le défi du cosmétique luxueux, efficace, pointu et fabriqué à moins de 50 kilomètres de chez soi !

La gamme Babee Nature, par le label Bee Nature, basé à Wavre et 100 % fabriquée local. Bee Nature a reçu le prix Slow Cosmétique en 2015, en vente en pharmacie.
 

Le Vegan, pour rester "Cruelty Free"

Le Vegan, c’est le néo Bio.

On est loin de l’époque du bio bobo glamourisé par Stella Mc Cartney en 2005. La plus jeune génération est bien au-delà de ces combats trop arrangeants. Ici, aucun ingrédient pourtant labellisé bio comme la lanoline, la kératine ou la cire d’abeille, n’est accepté.

La souffrance animale n’est pas la seule préoccupation : il s’agit désormais de refuser toute forme d’exploitation de l’animal. C’est très restrictif, au point que certaines marques jouent le greenwashing : la vigilance est de mise pour dénicher les marques les plus sincères dans leur approche.

Le groupe Sephora a misé depuis quelques années sur le “cruelty free” et propose une douzaine de marques étiquetées Vegan, mais les défenseurs de la cause animale veillent et certaines sont violemment remises en cause sur des blogs et forums vegan. Néanmoins, une fois lavées de tout soupçon, des marques comme Zoeva sont en quelques semaines soldout, aussi bien en ligne que dans les rares boutiques qui la distribuent.

Gels douche vegan Dr Bronner’s, 10,90 € sur www.boutique-vegan.com

 

L’emballage éco, le 100 % recyclable et recyclé

 

Toujours dans le but de restreindre l’empreinte écologique, les marques ont un rôle important à jouer dans l’élaboration du packaging et toutes travaillent au quotidien sur la forme, le volume des emballages, ainsi que leur biodégradabilité.

Bien sûr, cela ne constitue pas un argument premier pour l’achat d’un produit cosmétique, surtout pour un produit de luxe, mais la demande du consommateur et la pression des réseaux sociaux a même récemment poussé les plus grands groupes cosmétiques de luxe comme L’Oréal et LVMH à intégrer le durable dans leur processus de création et de fabrication de tout nouveaux produits.

Botanicals par L’Oréal Paris ; ligne de shampooings et soins capillaires en PET recyclé et recyclable à 100 %, 7,90 €.