Lata 65 : ce gang de retraités qui taguent les murs de Lisbonne

Ils ont entre 65 et 95 ans et se baladent bombes à la main pour recouvrir de milles couleurs les murs de la ville blanche.

PAR TIFFANY SALES. PHOTOS : FB - LATA 65. |

Alors que pour certains, la retraite rime avec jeux de cartes, tricot, pétanque et scrapbooking, pour d’autres, elle symbolise la liberté, le début de tous les possibles. Et pour preuve, il n’est pas rare de croiser dans les ruelles du Bario Alto ou de l’Alfama des mamies et papys qui, à plus de 65 ans, colorent les murs à coup de bombes de peinture sous le regard incrédule des passants.

Ces retraités lisboètes pour qui, les mots « street-art », « graffiti » et « bombage » font partie de leur vocabulaire quotidien ne sont, rassurez-vous, pas des seniors délinquants, mais des membres de l’association Lata 65. Signifiant littéralement « bombe de peinture » en portugais, ce collectif un peu fou créé il y a 5 ans déjà par Lara Seixo Rodrigues et Fernando Mendes dans le cadre du WOOL Fest d'Effe (Festival d'Art Urbain de Covilhã), a pour objectifs premiers de rompre l’isolement dont souffrent les seniors tout en brisant les clichés sur l’art de la rue. Au Portugal, un retraité sur quatre vit en effet sous le seuil de pauvreté et sombre dans la solitude.

Chaque atelier organisé par l’association rassemble une dizaine d'aînés âgés entre 65 et 95 ans. Lors de ces sessions de deux ou trois jours à raison de 8 à 12 heures de formation, les seniors guidés par des street artistes confirmés s'initient aux techniques de l'art urbain et créent leurs propres pochoirs. Puis, munis de masques et de bombes, investissent et réhabilitent les murs des quartiers délabrés de Lisbonne mais aussi d'autres villes du Portugal ou encore de l'Espagne. Au grand air, ces personnes du troisième âge réalisent alors des choses dont ils se croyaient incapables et brisent les clichés voulant que l’art urbain intéresse uniquement les moins de 40 ans.

Depuis sa création en 2012, cette initiative a déjà converti près de 300 seniors au street-art à travers le pays. Seule condition pour y participer : avoir plus de 65 ans, l’âge minimum légal de départ à la retraite au Portugal.

Envie de découvrir leurs jolies créations murales ? Voici la carte des lieux où le gang des seniors est déjà passé !