Le Bruxelles "Caberdouche" de Patrick Bruel

Croisé le temps d’une interview marathon en pleine promo du film Un Sac de Billes, l’acteur nous a raconté son affection pour Bruxelles, pour ses bistrots et, au-delà, pour tous les moments authentiques qu’il peut voler à son emploi du temps.
Par Ingrid Van Langhendonck. Photo Marjolaine Dischinger. |

Quand on le rencontre, il revient d’une longue période de tournage à Rome et raconte cette ville avec autant de chaleur dans la voix qu’un Romain pourrait le faire. Aurait-il le même discours pour Bruxelles ?

Il aura suffi de lui poser la question pour que l’homme pressé s’emballe pour notre capitale, symbole d’une Europe qu’il trouve tellement belle et chargée d’Histoire : On ne s’en rend compte que quand on les quitte pour un moment ; que ce soit Rome, Bruxelles, Prague ou Paris, on retrouve dans ces capitales européennes tant d’Histoire et d’œuvres d’art.

On éprouve une impression d’éternité devant ces monuments, ces immeubles, ces places... Au point que quand je suis trop longtemps loin de l’Europe, je développe une sorte de manque. L’Europe, c’est comme une référence, on s’y sent toujours un peu chez soi, culturellement.

Qui sont vos guides à Bruxelles ? 

Bruxelles est particulière et j’ai quelques habitudes chez vous. Quand je ne reste qu’une nuit ou deux, mes hôtels sont déterminés en fonction de leur emplacement stratégique par rapport à mes rendez-vous ; mais je me fie à ceux qui m’accueillent, je me laisse porter par le moment. J’aime bien découvrir, j’aime quand on m’emmène quelque part, même si je ne suis pas sûr de pouvoir y revenir un jour. J’ai pas mal d’amis en Belgique ; ce sont eux qui me font explorer leur ville…

Et parfois de manière inattendue, comme cette soirée, où je me suis retrouvé dans un petit resto vieillot où l’on ne servait que des spaghettis sur des tables en bois, dans une rue perdue à quelques centaines de mètres derrière l’Atomium. J’étais à Bruxelles, mais au bout du monde. Tout le monde parlait flamand et le resto portait un nom imprononçable ! (le Pattatezak, NDLR) ; mais nous y avons été reçus comme des rois, alors que nous étions un groupe important. Nous sommes restés là tard, avec tous mes musiciens, on a ri et mangé des pâtes. Ce n’était pas de la grande gastronomie, mais c’était bourré de charme ; et ça, c’est quelque chose que je ne trouve qu’en Belgique. 

Vous est-il encore possible de vous perdre volontairement dans une ville comme Bruxelles ? 

Je dispose de tellement peu de temps libre… Pour avoir du temps pour ne rien faire, je dois le planifier dans mon agenda (rires). C’est pour cela que j’apprécie autant des tournages comme celui que je viens de terminer à Rome. Nous avions cinq mois de travail, principalement de nuit, j’ai donc eu des journées entières pour aller me perdre dans la ville… Partir, sans rien avoir planifié et déambuler, c’est là que l’on peut ressentir toutes les vibrations d’une ville.

On ne se perd pas dans New York ou dans Los Angeles, mais à Bruxelles, on peut s’égarer, quand on prend le temps. Vous ne pouvez pas lever la tête sans voir une merveille d’histoire ou d’architecture. En fait, ce qui me plait à Bruxelles, c’est que la ville a gardé intacts tous ces bars, ces bistrots, ces cabarets… Tous ces endroits où l’on se sent presque au début du 20e siècle, à la Belle Epoque. L’inspiration de vos peintres est palpable partout dans la ville. C’est incroyable !  

Quelles sont vos adresses typiques à Bruxelles ?

Souvent des lieux, parfois un peu kitsch, que les Bruxellois ne fréquentent pas nécessairement, et qui sont les plus agréables pour découvrir qui sont les Belges. J’ai donné des interviews à L’Archiduc, en décembre et cet endroit m’a hypnotisé : sa façade qui ne paye pas de mine et son intérieur Art Déco, cela m’a donné envie d’y revenir, sans les caméras et le monde.

J’aurais voulu juste me poser au piano et jouer dans cet endroit où Barbara a chanté aussi, ça aurait été un joli moment. Je pense aux bistrots de la place Saint Géry, par exemple ou à ce bar perdu dans la petite rue qui remonte de l’Amigo, derrière la Grand Place.

Le Goupil Le Fol : une maison minuscule, sombre, avec ses trois étages et ses escaliers partout ; ses canapés mis n’importe comment, c’est tellement improbable ! On y passe de la chanson française et on y sert des vins bizarres, parfumés à la noisette ou à la poire ; j’adore cet endroit. Il a un côté désuet. C’est tellement ça, Bruxelles, pour moi… C’est comme le Sablon ! J’y retourne souvent pour y manger face à la place et ses façades du 17e siècle. C’est un endroit qui incarne l’âme de votre ville. Tout votre savoir-faire y est concentré. En fait, si j’y réfléchis, ce n’est pas tant l’endroit qui me séduit, mais bien les gens, l’ambiance authentique, et tout ce qui se dégage du lieu. 

Le Sac de billes de Christian Duguay, en salle depuis le 18/01. 
Bruel chante Barbara, live au Châtelet, Sony Music.