Le cuir fait peau neuve

Le cuir animal a eu ses années de gloire, en rendant rock mais toujours chic vestes, bottes, sacs et autres maroquineries. Désormais, c’est au tour de son homologue cruelty free de séduire les créateurs, dans un prolongement naturel du succès de l’alimentation végétalienne.
par Justine Rossius. Photos DR. |

Le mouvement vegan, mode de vie qui proscrit tout produit d’origine animale ou de son exploitation, gagne du terrain. Pour preuve, la consommation de viande en Belgique a diminué de 13 % entre 2005 et 2013. Il n’y a qu’à observer les rayons des supermarchés pour se rendre compte que l’offre – et donc la demande – de produits végétariens et vegan est de plus en plus conséquente, confirme Ann De Greef, Directrice de GAIA, association de défense des animaux.

Ce qui peut expliquer que l’univers de la mode boycotte de plus en plus le massacre des animaux. Légitime, quand on sait que, selon PETA, plus d’un milliard d’animaux sont maltraités, pour alimenter le commerce du cuir. Parallèlement à la défense animale, les ravages que l’industrie du cuir cause à l’environnement incitent les consommateurs à la délaisser petit à petit.

Le tannage, procédé consistant à rendre la peau imputrescible et imperméable, nécessite par exemple une énorme quantité d’eau et des produits toxiques pouvant polluer sols et réserves d’eau aux alentours des ateliers de production. En outre, 18 % de l’ensemble des gaz à effet de serre produits par l’homme proviendraient de l’industrie du bétail.

Pour enrayer ces problèmes, le cuir a donné naissance à sa version d’origine non animale : le cuir vegan. D’origine synthétique, le similicuir n’est pas neuf, mais son image – peu élégante et synonyme de piètre qualité – a réussi à redorer son blason. Un nouveau souffle que l’on doit aussi à sa meilleure tenue et à sa confection plus écofriendly.

Cuir d’ananas et de champignon

Qui dit vegan ne dit pas nécessairement écolo : les matériaux utilisés pour fabriquer du similicuir sont parfois extrêmement polluants, comme le PVC, l’un des plastiques les plus toxiques pour l’environnement, selon Greenpeace. Le marketing nous pousse à associer le vegan à toutes les qualités du monde, éclaire Stéphanie Fellen, créatrice de l’e-shop belge responsable Made & More, qui propose un large choix de vêtements vegan. Or, à la base, le cuir synthétique n’est pas écologique.

Une basket vegan peut tout à fait être fabriquée en plastique de mauvaise qualité, en Asie. Et de poursuivre : Le cuir vegan est idéal pour le consommateur qui refuse de consommer quoi que ce soit d’origine animale, mais c’est à lui de s’interroger sur l’origine de ce cuir. Conscients de la confusion que peut susciter l’adjectif, de nombreux créateurs sélectionnent désormais du synthétique fabriqué à partir de matériaux durables, notamment du plastique recyclé ou des produits naturels comme le bambou, les algues ou l’ananas.

Lancé par la créatrice espagnole Carmen Hijosa, le cuir d’ananas est produit à partir des feuilles du fruit. Baptisé Piňatex, il est promis à un bel avenir dans l’univers de la mode : plus de 1 milliard de mètres carrés de Piňatex seront vendus d’ici la fin de l’année. Moins exotique, mais tout aussi végétal : le cuir de “muskin” (contraction de mushroom et de skin), obtenu à base du chapeau d’un champignon spécifique. Des matières financièrement intéressantes, puisqu’un mètre carré de cuir vegan est vendu au prix de 23 €, contre 38 € pour un mètre carré de cuir animal, détaille Stéphanie Fellen, qui développe actuellement une ligne en Piňatex.

Quand les grands s’y mettent

Si de petites marques se sont fait connaître grâce à leurs chaussures vegan de très haute qualité, telles que Good Guys Don’t Wear Leather, élu label de chaussures de l’année par PETA, de plus en plus de marques de prêt-à-porter délaissent leur anciennement vénéré cuir de vache pour développer des lignes végétaliennes.

Comme l’iconique Dr. Martens, qui offre un avantage de taille à ses clients, puisque le prix de son emblématique paire de bottines 1460 est passé de 250 à 170 €. Côté couture, la créatrice Stella McCartney fut acclamée par PETA, après avoir relevé le pari fou d’ancrer sa marque dans ses convictions écologiques. Exit fourrure, plumes ou cuir animal, la griffe a désormais un pôle de recherche dédié au cuir synthétique. La fille de la pop star a réussi à faire un collector de son sac Falabella, cabas en cuir vegan orné d’une lourde chaîne.

Si les créateurs peuvent désormais se permettre de travailler du simili, c’est aussi parce que ce dernier ressemble de plus en plus à une véritable peau, vieillissant de la même manière et offrant le même rendu. Et s’il ne s’agissait que d’une question de temps pour que la planète mode ait définitivement le vegan dans la peau ?

Quid du cuir végétal ?

Dans votre quête du cuir parfait, il ne faudra pas confondre cuir vegan et cuir végétal. Si le terme peut prêter à confusion, le cuir végétal est bien animal, mais se distingue par son processus de tannage. Alors que beaucoup d’entreprises de cuir animal utilisent des produits chimiques pour le tannage – dont le plus courant est le Chrome VI, pourtant interdit en Europe en raison de sa toxicité – le cuir végétal est tanné avec des produits naturels, selon un processus respectueux de l’environnement et de la santé