Les 100 ans du Lloyd Loom

Cela fait pile un siècle que Marshall Burns Lloyd a mis au point le fameux “Lloyd Loom”, un procédé désormais associé à de grands classiques du mobilier. L’éditeur belge Vincent Sheppard a parfaitement fait évoluer ce savoir-faire, tout en lui insufflant un style bien dans son temps.
PAR CÉCILE BOUCHAT. PHOTO DR. |

Ses fibres habillent les sièges des tribunes de Wimbledon ou ceux des cafés chics, paquebots et autres jardins d’hiver des plus belles demeures bourgeoises...

Le Lloyd Loom est désormais associé à des grands classiques du mobilier du début du 20e siècle. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier coup d’œil, il n’est fait ni d’osier, ni de jonc, ni de rotin, mais bien de papier. L’aventure de ce procédé révolutionnaire débute grâce à Marshall Burns Lloyd : d’origine écossaise, né en 1858 dans le Minnesota et émigré au Canada, M.B. Lloyd était un inventeur prolifique doublé d’un entrepreneur audacieux.

En 1914, il se penche sur le problème du mobilier en fibres naturelles tressées, notamment utilisées dans la fabrication des landaus pour bébés qu’il produit depuis quelques années : s’il existe une pénurie de matière première liée aux problèmes d’importation en ces temps de guerre, Lloyd constate par ailleurs une perte de temps conséquente dans le processus de fabrication, à l’époque entièrement manuel. Il veut donc trouver un mode de production plus efficace. Notre homme remarque également que le rotin ou les fibres habituellement utilisées – outre leur fragilité – abîment les vêtements.

La première idée fut donc de ne plus tresser le matériau directement sur la structure, mais de le tisser en nattes et de l’appliquer par la suite, comme on le ferait avec un tissu. La deuxième fut d’inventer un nouveau matériau de base, plus doux mais aussi plus robuste : il développe alors l’idée d’enrouler du papier kraft autour d’un fil métallique et met au point un métier à tisser spécifique (“ loom ” en anglais) ; la production s’avère 30 fois plus rapide ! Nous sommes en 1917, le procédé Lloyd Loom Weaving est né. Au début des années 20, il fait breveter son invention et accorde une licence à l’Anglais William Lusty qui ouvre dans la foulée une manufacture près de Londres.

Marshall Burns Lloyd décède en 1927 et le succès commercial américain se tarit doucement. A contrario, après des débuts difficiles, cette technique finit par faire un tabac en Angleterre avant d’envahir l’Europe, jusqu’en 1940, où l’usine britannique est bombardée et la production stoppée net.

Une tradition réinventée

Il faudra attendre les années 80 pour voir réapparaître le Lloyd Loom, dont le brevet est alors tombé dans le domaine public. Depuis, quelques éditeurs ont repris cette technique particulière dans leurs collections, à l’instar de la firme Vincent Sheppard, qui s’en est emparée avec brio : après avoir débuté ses activités en 1992 par l’importation de produits finis en Loom, l’entreprise belge, dépassée par la demande, ouvre trois ans plus tard sa propre unité de production en Indonésie.

Grand bien lui en a pris : en vingt-cinq années d’existence, Sheppard a pu réinventer ce savoir-faire, développant des collections au design intemporel et bien dans son temps, parfaitement à l’aise dans des intérieurs contemporains. La chaleur et la richesse de la texture des fibres tissées s’expriment dans des dizaines de modèles désirables aux lignes sobres et douces, à l’image entre autres du fauteuil Joe qui a définitivement propulsé le Loom dans le nouveau siècle.

Aujourd’hui, parallèlement à la production de modèles en rotin, Vincent Sheppard exporte chaque année des milliers de pièces en Loom aux quatre coins du monde, produites par plus de 400 artisans qui travaillent sur le site de production indonésien. De quoi envisager avec optimisme les cent prochaines années !