Matières, les nouveaux alchimistes

Alors que les véritables innovations se font de plus en plus rares dans le développement de l’horlogerie moderne, c’est l’utilisation de nouveaux matériaux qui permet à présent aux manufactures de perfectionner leurs garde-temps... tout en pouvant mettre en avant de nouveaux arguments marketing !
Par Jean PERINI |

Car si l’or et l’acier sont les métaux historiques de ce secteur, on a vu apparaître ces dernières années de nouvelles matières révolutionnaires dans l’univers de la montre de luxe. La plupart du temps, ces matériaux innovants sortent des bureaux d’étude de l’aéronautique ou encore de l’automobile de pointe, avec un seul et même objectif : concilier résistance, légèreté, dureté. C’est ainsi que sont apparus : l’aluminium qui permet de nombreux alliages, le carbone souvent en fibres pour les revêtements de surface, l’inox pour la fabrication des ressorts, le platine le plus pur pour les boîtiers, le silicium pour les échappements, le titane avec son exceptionnelle résistance aux chocs. Mais incontestablement, il est un matériau qui, aujourd’hui a la cote, c’est à coup sûr la céramique ! On le trouve aussi bien dans les collections de Bell & Ross, de Dior, de Chanel, de Jaeger-Lecoultre ou enore de Panerai.

Mais, à tout seigneur tout honneur : c’est à la marque Rado que l’on doit d’avoir innové il y a trente ans dans le processus horloger, en introduisant pour la première fois sur une montre la céramique haute technologie. Trouvant souvent son origine dans les secteurs de la médecine – et plus spécifiquement la dentisterie – la céramique, grâce à sa structure cristalline, agit comme un bouchon contre l’usure et les rayures. Par ailleurs, ses propriétés font d’elle un matériau chimiquement inerte, avec pour avantage de n’influencer en rien la structure de la peau, de rester hypoallergénique, et de pouvoir être porté par toute personne allergique au métal. Ayant opté au départ, pour la sobriété et l’élégance de la couleur noire, les montres Rado ont multiplié les efforts d’innovations technologiques pour apporter à la céramique de nouveaux atouts de charme avec la couleur. En introduisant des pigments dans la poudre de base, on obtient, en finition mate ou ultrabrillante, tantôt un blanc pur, un gris glacial... ou encore un brun chocolat !

Recherche de pointe

Deux autres avancées techniques ont permis à Rado de donner à cette matière jugée souvent froide, le charme et la brillance qui lui faisait défaut. Rado a breveté un procédé durant lequel la céramique haute technologie plasma est forgée dans un four à haute température, pour apporter à la matière une brillance métallique étonnante... sans utiliser le moindre métal ! Par ailleurs, la marque suisse a réalisé l’union du métal et de la céramique haute technologie, au travers d’un matériau unique en son genre : le “ Ceramos ”, décliné dans plusieurs couleurs, et qui offre les propriétés optimales des deux composants. Enfin, c’est en faisant appel aux designers les plus éminents que Rado a donné une nouvelle jeunesse à ses garde-temps. C’est ainsi qu’ont fait merveille sur la montre Jasper Maurisson, le fameux Leslie Chan ou encore Konstantin Grcic qui a revisité l’emblématique Rado Ceramica.

Rolex: le dialogue des métaux

C’est l’histoire de rencontres fusionnelles entre des métaux que rien, à priori, ne prédestinait à cohabiter dans la structure d’une montre. Quand l’un, l’or noble et précieux est recherché pour son éclat et son inaltérabilité, l’autre l’acier ou la céramique réputés pour leur résistance assurent robustesse et fiabilité. Déjà dès les années 1920, la Maison Rolex avait mis en œuvre ces mariages inattendus, en osant associer dans la fabrication de ses boîtiers, le précieux or rouge avec l’or gris ou le platine. Dix ans plus tard, ce sera le mariage de l’or et de l’acier qui prendra en 1933 le nom de “ Rolesor ” et habillera plusieurs modèles de la collection Oyster dont les premières “ Perpetual  DateJust ”. Cet alliage constitue encore aujourd’hui un élément incontournable de cette collection.

La lunette, d’une montre est aussi l’un des éléments les plus exposés aux chocs et aux rayures, à la corrosion et aux autres altérations provoquées par l’environnement. Soucieuse de la robustesse et de la durabilité de ses montres, Rolex a mis au point et breveté le “ Cerachrom ” pour équiper certains de ses modèles Oyster. Fabriqué dans une céramique particulièrement dure et résistante à la corrosion, ce composant est pratiquement inrayable et sa couleur ne s’altère pas sous les effets des ultraviolets.Son excellente polissabilité lui confère en outre, un éclat exceptionnel et durable.

Une beauté inaltérable

La fabrication de la lunette “ Cerachrom ”  est entièrement réalisée en interne dans les installations de Rolex. La matière céramique de base est une poudre d’oxyde de zirconium très fine composée de particules d’un diamètre inférieur à 1 micron, soit 1 millième de millimètre. De couleur blanche à l’état naturel, elle est mélangée à un liant qui permettra sa mise en forme ainsi qu’à des pigments qui détermineront la couleur finale désirée. La matière première est moulée sous haute pression. Elle présente alors une résistance très faible. La pièce est ensuite traitée thermiquement dans des fours. La surface de la lunette ou du disque “ Cerachrom ” est ensuite recouverte, en fonction de la matière du boîtier, d’une fine couche d’or jaune, d’or rose ou pour les montres en acier et en or gris, de platine grâce à une technique PVD.