Moinet “ L’essentiel est de ne pas s’écarter du vrai. ”

Deux cent ans après l’invention du premier chronographe par le célèbre horloger on peut s’interroger : est-il possible de réécrire le passé de l’horlogerie et quelle est sa vocation aujourd’hui ? Nous avons posé cette question à Jean-Marie Schaller, CEO et Creative Director des “ Ateliers Louis Moinet ”.
Par Elena Stefanova |
PM. Comment s’est produite votre première “ rencontre ” avec le célèbre horloger Louis Moinet ?  

J-MS. Le destin. J’ai eu la chance de contribuer au lancement de Daniel Roth, en 1991. C’est lui qui, le premier, m’a conseillé de m’intéresser à Louis Moinet. À ce moment-là, le patrimoine de Louis Moinet était pratiquement inconnu. Seul son “ Traité d’Horlogerie ”, publié en 1848, était la pointe de l’iceberg. À force de recherches, nous avons trouvé des pièces extraordinaires, dont le premier chronographe au monde, ainsi que de magnifiques pendules réalisées pour des personnalités parmi les plus célèbres : Napoléon, Thomas Jefferson, le Roi d’Angleterre, le Roi de Naples, le Tsar de Russie…

PM. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire revivre son nom ?  

J-MS. Les valeurs. Louis Moinet, c’est évidemment de l’art et de l’horlogerie. C’était un homme génial que l’on peut qualifier de “ Léonard de Vinci ” de l’horlogerie. Il était un artiste brillant, nourri des enseignements des beaux-arts italiens. Il étudia et vécut à Rome et à Florence. S’installant à Paris, il devint rapidement professeur de Beaux-Arts au Louvre. C’est alors qu’il s’intéressa à l’horlogerie et fit de multiples et longs voyages en Suisse. À Paris il travailla longtemps aux côtés d’Abraham-Louis Breguet et de Ferdinand Berthoud. Il fut président de la Société de Chronométrie de Paris. Louis Moinet a pratiqué l’horlogerie marine, astronomique et civile. En 1848 il publia son “ Traité d’Horlogerie ”.. Chamberlain le qualifia comme “ l’un des meilleurs livres d’horlogerie du siècle, contenant les descriptions les plus claires et concises du savoir-faire horloger jamais écrites. ” Je trouvais injuste que son nom ne soit pas passé à la postérité. Tout cela m’a donné la motivation pour me lancer dans l’aventure !

PM. Comment avez-vous découvert le “ compteur des tierces ” de Louis Moinet, ce “ chronographe à haute fréquence ” d’avant le chronographe ?

J-MS. En lisant le “ Traité d’horlogerie ”. Louis Moinet y mentionne cette pièce. Durant 3 ans j’ai cherché le “ compteur ”, jusqu’au jour où l’on m’a proposé d’acquérir un lot de 60 lettres manuscrites de Louis Moinet, datant de 1822. J’aperçu dans l’une d’elles l’inscription “ un compteur des tierces ”, en 1815-16 ”. Je me ren-dais compte que ce compteur avait plusieurs années d’avance par rapport au premier chronographe connu. Un jour, une alerte Google m’a surpris avec l’annonce d’un lot (147) mis en vente par Christie’s le 14 mai 2012. Il était décrit comme “ A rare and unusual compteur des tierces by Louis Moinet ”. L’estimation était fixée à 3000-5000 francs suisses. Je remportai finalement les enchères. C’est à ce moment, tenant l’objet entre mes mains, que j’ai réalisé que c’était le premier “ chronographe ” de l’histoire ! Le “ compteur ” était muni d’une fonction de remise à zéro et son cœur battait à 216’000 V/h, étant donc le premier mouvement de haute fréquence jamais connu ! Il mesurait le 60e de seconde ! Sa conception lui permettait de fonctionner durant 24 heures avec un seul barillet. Louis Moinet avait réalisé le “ compteur des tierces ” pour les besoins de ses observations astronomiques. C’est un objet de très haute précision. Ses dimensions relativement petites permettaient de le tenir et le faire fonctionner avec une seule main, alors que l’autre tenait le télescope… !

PM. De par son œuvre horlogère, Louis Moinet est l’égal d’horlogers célèbres, comme Breguet ou Berthoud. Quels sont les défis que vous vous posez afin de lui redonner son importance dans l’histoire horlogère ?  

J-MS. Notre recette, c’est : 1. le partenariat avec des hommes de cœur, qui deviennent nos compagnons de route ; 2. la volonté de créer en dehors des sentiers battus ; 3. la passion ! En 2016, nous entrons dans notre seizième année d’existence. Nous produisons environ 500 montres par année, toutes exclusives, en série limitée. Leur nombre est inspiré par la mesure du temps : 12, 60, 365. Le plus important à ce jour a été de créer un chronographe de référence. C’est à présent chose faite avec Memoris, un mouvement composé de 300 pièces, qui présente pour la première fois le chronographe du côté du cadran, dans son intégralité. On peut donc suivre le fonctionnement du mécanisme, dès que le poussoir est pressé ! En 2016, nous fêtons les 200 ans de l’invention du chronographe par Louis Moinet et présentions à Baselworld le chronographe “ Memoris 200e Anniversaire ”. C’est la première édition, limitée à 20 pièces uniquement, d’une série de commémorations que nous dédierons à l’invention du chronographe. 

(By courtesy of Journal Suisse d’Horlogerie)

Chronographe Memoris 200e Anniversaire

Ateliers Louis Moinet, édition limitée à 20 exemplaires. Boîtier en or gris 18 carats, diamètre 46 mm. Chronographe mono-poussoir à roue à colonne, mouvement automatique à cliquets avec fonction chronographe côté cadran et heures minutes décentrées à 6 heures. Le mécanisme du chronographe est entièrement visible du côté face de la montre. Il apparaît sur le fond d’un ciel étoilé réalisé selon la technique du guillochage au burin fixe qui, jusque-là, n’a jamais été employée en horlogerie. L’émail bleu recouvre l’intégralité de la platine sur laquelle les étoiles gravées semblent s’illuminer naturellement.