Nos infos à gogo sur les cadeaux que vous ignorez peut-être

Faire un présent, ce n’est pas anodin. Ça en dit même beaucoup... sur celui qui donne comme sur celui qui reçoit. Sur notre société et ses habitudes. Petites histoires de cadeaux, dans le passé et pour le futur.

PAR ISABELLE PLUMHANS. PHOTOS : REPORTERS. |

Il y a cette robe de fillette reçue de votre grand-mère (soupirs). Cette paire d’escarpins rouges un peu vulgaire offerte par votre amoureux (heu, ouais...). Cet aspirateur dont vous a gratifié votre belle-mère (no comment). Ce bouquin hypra-intello -super-rasoir don de votre meilleur pote (mais enfin ?!). Les cadeaux que vous recevez vous racontent, dans ce que vous donnez à voir autant que dans ce que les autres s’imaginent de vous (belle-maman, c’est raté...).

Pareil pour ceux que vous offrez : ils disent un peu ce que vous êtes, ce que voudriez être ou ce que vous voudriez que la personne aimée/comblée soit. Ça parait logique. N’empêche que le sujet fait toujours couler beaucoup d’encre, et parler de nombreux psychologues/sociologues/ écrivains. Et si magazines psy et presse féminine regorgent d’articles à ce sujet, en 1925, l’ethnologue Marcel Mauss s’était déjà longuement penché sur la question du don, enquêtant en Nouvelle-Zélande chez les Maoris et au Canada chez les Amérindiens Kwakiutls. Il en a tiré un livre, Essai sur le don.  

Sa conclusion ? Le cadeau se résume en trois mots et autant d’actions : échange-volontaire-obligatoire. Faire un cadeau, par tradition autant que par volonté (première action) induit deux autres actions : accepter le cadeau (deuxième action) et rendre le cadeau (troisième action). Derrière un acte anodin, désintéressé et généreux se cache donc un mode de fonctionnement psychologique, mais surtout communautaire complexe. On se dit qu’a priori, on donne parce que c’est une façon de dire qu’on aime ou qu’on respecte. Mais on donne surtout parce qu’on est “obligé” : fêtes de fin d’année, anniversaire, pendaison de crémaillère, communion, aïd el-fitr ou bar-mitsva.... Et on donne aussi (surtout ?) parce qu’on attend quelque chose en retour.

En outre, ne pas se plier à l’injonction du don ou du recevoir, c’est refuser de s’intégrer à sa communauté. Se retirer d’un mode de fonctionnement général et accepté. À une époque, certains échanges somptuaires entre tribus avaient d’ailleurs valeur de contrat. Au-delà de l’affect, le cadeau a donc une résonance quasi juridique.
Et quand on sait que le travail de recherche de Mauss, au-delà de l’entreprise ethnologique, s’inscrivait dans le cadre d’un programme d’étude sur la formation de l’idée de contrat dans le droit européen, on comprend mieux son intérêt pour la chose.

L'art et la manière

Ce diamant reçu d’un amant serait donc une façon pour lui d’asseoir sa mainmise sur l’adorée... qui a, elle, accepté le cadeau et le contrat implicite qu’il entraîne. Les dirigeants politiques ne s’y trompent pas, eux qui s’échangent de somptueux présents lors de leurs rencontres à l’international. Et, force de la “publicité” (comprendre, du caractère public) : plus le cadeau est visiblement précieux, plus fort sera le signe. À ce jeu du somptueux, les célébrités sont particulièrement douées pour mettre en scène par leurs présents leur amour de l’autre comme d’elles- mêmes. 

Tel Richard Burton qui, raide dingue de Liz Taylor, fit le bonheur des joailliers en lui offrant successivement un collier en émeraudes Bulgari, un premier diamant Krupp de 33,19 carats, le fameux “diamant Taylor-Burton” de Cartier acheté plus d’un million de dollars, le rubis Puertas chez Van Cleef & Arpels (tout juste 8,24 carats), ou encore la Peregrina, une des plus belles perles du monde engloutie par le pékinois du couple... Rayon cailloux, on peut aussi pointer la Rolex en diamants de la jeune Nikki Minaj à son éphémère compagnon, le rappeur Meek Mill, le rubis à deux millions de dollars du footballeur David Beckham à sa chère et tendre Victoria et l’Eternity Ring de Marylin Monroe.  

Cet anneau de diamants fut offert par le joueur de base-ball Joe DiMaggio à l’actrice pour sceller une union qui ne dura que neuf mois. Une union cassée par une conférence de presse de la star... Quand on vous disait que tout n’était qu’une question de communication.

Mais au-delà de cette notion de contrat, sublime ou pas, l’étude de Marcel Mauss démontre aussi que les cadeaux ont une âme. Et si chez le commun des mortels, cette âme sera toute entière dans l’évidence d’offrir l’autobiographique Histoire d’une femme libre de Françoise Giroud à une amie qui vient de se faire larguer, chez les stars, ça peut prendre une autre tournure. Comme Brad Pitt qui, l’âme poète, a offert une cascade, une île et un vignoble à Angelina Jolie. Comprenne qui peut...

Plus psychologiquement évident, la maison offerte en cadeau de rupture par Picasso à Dora Maar lui signifiait sans doute qu’elle devait aller crécher ailleurs.

Et quand Grace Kelly a épousé le prince Rainierde Monaco, c’est vêtue d’une robe en taffetas de soie et tulle, orné de dentelle ancienne créée par la costumière américaine Helen Rose... offerte par la société de production et de distribution MGM. 

Encombrement

Enfin, le cadeau, c’est aussi, parfois, un encombrement évident. Le millième livre qu’on ne lira pas (coefficient d’encombrement : 1), le pull qu’on se verra obligé de porter quand on croisera beau-papa qui nous l’a offert (coefficient d’encombrement : 2), le parfum qui pue mais qu’on porte quand on sort avec chéri qui a décidé que ce parfum, il est fait pour toi (coefficient d’encombrement : 5), le chat qui perd ses poils et nous réveille la nuit (coefficient d’encombrement : 100) ou... la statue de Jeff Koons à la ville de Paris.

Son coefficient d’encombrement ? Plusieurs millions d’euros. Ému par les attentats qui ont touché la ville lumière en 2015, l’artiste américain a en effet offert une de ses sculptures, le Bouquet de Tulipes (main géante agrippant un bouquet de ballons de baudruche), à Paris. Sauf qu’en réalité, il n’a offert que l’idée de cadeau, laissant à la ville le soin de réunir les fonds nécessaires à sa réalisation. Du coup, c’est le contribuable qui devra supporter le coût de ce don.

Bref, qu’il soit petit ou gros, grandiloquent ou timide, symbolique ou concret, le cadeau a ses significations et ses conséquences. Qui disent parfois moins de celui qui reçoit et de celui qui donne, que du monde dans lequel ces deux-là vivent. Mais il continue à faire rêver, fantasmer, espérer. D’ailleurs, personnellement, on a aussi une wishlist. Si vous voulez la connaître, y a qu’à demander !