Nostalgie ultra-connectée

Arthur Verne s’est choisi un bien joli métier : il est magicien des ondes. Dans son atelier, il offre de nouvelles vies aux radios de nos ancêtres en les équipant de toute la technologie moderne.
PAR ESTELLE TOSCANUCCI. PHOTOS DR. |

Souvent, elles prennent la poussière dans un coin du grenier ou sur les étals des brocanteurs et antiquaires. Grandioses, impressionnantes, avec leur grille de fréquences et leurs jolis boutons...

Jusqu’à présent, les radios qui ont bercé les soirées de nos grands-parents ne pouvaient, au mieux, qu’espérer terminer leur vie en objets décoratifs. Sauf qu’à Clermont-Ferrand, un jeune homme de 25 ans s’est ému du sort octroyé à ces radios vintage . Il s’appelle Arthur Verne. Il parle de cette heureuse journée de 2011 où son père lui offrit une ancienne radio qui trônait jusqu’ici sur un bureau. 

Je lui ai demandé si je pouvais y brancher mon téléphone pour écouter de la musique. Ensemble, nous avons fait un rapide montage avec un simple câble. Et il y a eu un instant de magie . L’idée était née : diffuser de la musique depuis un ordinateur, un smartphone ou une tablette sur un bel objet ancien. Une idée qui pourrait plaire au monde entier.

Chiner, bricoler, apprivoiser

Arthur avait déjà l’âme d’un bricoleur, le voici qui devient chineur. Au départ, je faisais les brocantes et les salons vintage. Rapidement, et de manière surprenante, de nombreuses personnes m’ont contacté pour moderniser des radios, héritages familiaux. Ce n’était plus moi qui était à la recherche de machines, ces trésors venaient à moi !

Au fil du temps et le succès grandissant, j’ai consacré moins d’énergie à la chine. J’ai un réseau qui me propose des sélections d’objets.  Et il n’est pas rare d’en trouver qui soient encore en parfait état. En bois, en plastique, en bakélite, compagnes des années folles ou témoins des premiers tubes de Beatles. Toutes sont dignes d’intérêt.

Est-ce que tout appareil peut être adapté aux exigences des temps modernes ? Selon Arthur, 99 % des radios se laissent apprivoiser. Seule la taille peut poser problème. Il est en effet difficile d’intégrer de nouveaux composants - entrée jack, bluetooth, haut-parleur, etc - sur des objets trop petits. Le résultat ? Un son chaud, sans distorsion. Lorsque le volume est à fond, ça ne grésille pas. On réutilise la même configuration qu’à l’origine, la même caisse de résonnance, précise Arthur. C’est un peu comme dans un instrument de musique, cela dépend de la taille de la radio et du matériau.

Le bois est le meilleur allié du son, chaque radio aura sa propre sonorité et un côté encore plus unique. Arthur souhaite également que l’on ne remarque pas l’intégration des nouvelles technologies. Il utilise donc de vieilles ampoules pour allumer le cadran des stations et récupère des boutons d’époque pour allumer et régler le volume.

Se souvenir des belles choses

Ces petits bijoux séduisent une clientèle jeune et internationale. Ils sont vendus en ligne via différents market places et dans des concept stores. Leur prix ? Entre 399 € et 599 €. Pas donné, mais le succès est au rendez-vous. À tel point qu’Arthur Verne collabore aujourd’hui avec des sous-traitants, formés par ses soins, qui prennent en charge une partie des postes, de la transformation jusqu’à l’expédition.

Le jeune artisan se réjouit d’un engouement qui n’est pas si surprenant : Nous avons besoin de revenir aux belles choses, aux matériaux nobles, à des objets qui n’ont pas d’obsolescence. Même si de nombreux designers 3.0 y sont attentifs aujourd’hui, la qualité n’est plus à la portée de tous. Fabriquer une radio “ comme à l’époque ” n’est plus envisageable, en termes de temps et de coûts. Et pourtant, de nombreuses personnes ne se retrouvent pas dans ces objets issus d’un même moule. Il y a envie forte, insistante, de beau et de qualité. Les amateurs musique sont-ils las de mélodies qui s’envolent ?

En 2016, les ventes de vinyles ont explosé au Royaume-Unis. Elles ont atteint leur meilleur niveau depuis 25 ans. Dans ce monde ultra-connecté, il est bon, parfois, d’être accompagné d’objets qui survivent au temps qui passe. 

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