Profession : chasseuse de pierres

Chloé Sarasola est une jeune maman, gemmologue et aventurière, à l’origine de la marque Nasoha : une ligne d’essences, de baumes, de sels de bains et de bijoux qui ont en commun de diffuser les bienfaits des propriétés des cristaux. Une sorte de Madame Irma  ? Pas du tout  !
Par Ingrid Van Langhendonck. Photos DR. |

Entre Chloé et les pierres précieuses, c’est une longue histoire d’amour. Ici, pas de boule de cristal, de bâtons d’encens ni de discours ésotérique, mais un lien intense, organique avec la Terre, qu’elle appelle affectueusement Gaia. Alors qu’elle se destinait à la kinésiologie, cette jeune Bruxelloise découvre au cours de ses études les vertus de la médecine chinoise et entre en contact avec le monde des pierres.

L’impact des minéraux est une matière passionnante, car elle tourne autour du concept de la circulation des énergies nous explique-t-elle aujourd’hui. Pour Chloé, c’est un flash, une révélation. Elle achève ses études, charge son sac à dos et part escalader l’Himalaya et visiter les mines avec un sherpa, pour en savoir davantage sur les minéraux et la terre dont ils sont issus.

Ce fut une sorte de voyage initiatique. C’est là, un jour, les pieds enfoncés dans la terre d’une mine de quartz, que tout a pris un sens, c’était ce que je voulais faire ! Mon sherpa me surnommait toujours Nasoha, sans m’en donner la signification. Au bout de notre périple, il m’a enfin avoué que ce nom signifie “Mon cœur relié à la terre”, en sanscrit… Je ne pouvais pas donner un autre nom à mon entreprise.

Ancrage scientifique

De ce voyage, elle rentre avec, en poche, deux morceaux de verre coloré… Je croyais que c’était des émeraudes (rires) ; cela m’a fait réaliser que je ne pouvais pas me lancer dans cet univers sans en maîtriser tous les secrets. Chloé décide donc de suivre une formation de gemmologue, puis de diamantaire. Mais sans pour autant entamer une carrière classique de spécialiste des pierres.

Il y a dix ans, elle lance une ligne de douze essences à vaporiser pour se rééquilibrer, fabriquées à base de cristaux ramenés de douze voyages différents (on en est aujourd’hui à 70 essences) ; puis suit avec des sels de bain et des pierres aux vertus spécifiques. Elle lance ensuite sa gamme de bracelets et plus récemment de bagues. J’ai d’abord vendu dans les magasins bios, mais je passais tout mon temps sur la route, alors j’ai ouvert ma petite boutique en ligne.

Mon approche des pierres est avant tout symbolique, mais avec ma formation, je ne pourrais pas partir à la dérive. Je pense que c’est cet ancrage scientifique qui rend ma démarche actuelle cohérente. Vous savez, quand je conseille la tourmaline pour se protéger des ondes Wi-Fi, ce n’est pas de la magie : c’est parce que dans la structure même de ce cristal, dans sa manière de se développer, sa polarité, il est prouvé qu’il attire les ondes et les fait retourner dans le sol. Comme l’explique Chloé, une pierre est en effet capable d’enregistrer des informations et de les renvoyer.

C’est le principe de la montre à quartz. Je ne suis pas de ces lithothérapeutes qui planent dans des considérations occultes, je ne crois pas qu’une pierre guérisse du cancer ou même de la dépression, mais je pense que chacun y projette une certaine attente. Pouvoir identifier, puis verbaliser ses besoins intimes et les projeter dans une pierre est déjà, en soi, une démarche qui attire l’énergie vers soi, pour trouver en nous des solutions. Faire entrer une pierre dans sa vie, c’est recréer pour soi-même une équation énergétique.

Les pieds dans la rizière

Mais son approche différente est parfois fort peu rentable. En effet, Chloé ne se comporte pas comme les autres gemmologues, qui se rendent dans les grandes capitales, chez les négociants ou dans les bourses du secteur pour négocier des pierres qu’ils revendent parfois cent fois le prix qu’ils les ont payées…

Chloé, elle, descend dans les mines, dans les rivières, elle dort chez l’habitant, mange avec eux, joue avec les enfants, partage le quotidien des gens, et rentre parfois bredouille : il arrive que la Terre ne te donne pas de rubis pendant des semaines. Je serais dix fois plus riche si je travaillais comme mes confrères, mais je ne me reconnais pas dans cette manière de faire. J’ai besoin de me connecter à Gaia. Je veux toucher la terre, cela me recentre. Je veux aussi être sûre que les pierres n’ont pas été récoltées dans de mauvaises conditions, qu’elles ont été extraites sans polluer les mines, c’est important pour moi.

Cela me permet de connaître chacune d’elles, leur histoire, leur âme. Je remarque que de plus en plus de mes clients arrivent chez moi précisément parce qu’ils accordent de l’importance à la provenance des pierres qu’ils utilisent, cela me conforte dans mes choix. Chloé voyage beaucoup en Asie et en Amérique du Sud, des destinations moins complexes que l’Afrique quand on est une femme de 36 ans voyageant seule. J’arrive avant que les lots de pierres récoltés par les mineurs ne quittent le village et se retrouvent presque systématiquement à Hong Kong ou en Thaïlande, qui est la plaque tournante pour les pierres. Mais on ne peut hélas vivre une telle vie de bohème juste par amour des cailloux.

Pour payer ses voyages, ses factures, Chloé donne cours, organise des conférences et des ateliers de lithothérapie, où elle enseigne les propriétés des minerais. Et ça cartonne. Je pense que les gens sont ouverts à ma philosophie, parce qu’elle ne donne pas de fausses promesses, c’est une approche entre la science et la symbolique. Et puis il y a Nasoha, les élixirs, les sels de bains et les bijoux, qui sont des produits qui me passionnent.

Avec Cara, six mois

Chloé et son compagnon Chris gagnent donc suffisamment pour mener ici une vie décente. Mais leur bonheur, comme elle le répète, c’est dans les voyages qu’ils le construisent, surtout depuis la naissance de leur petite fille. Depuis que Cara est là, je me suis surprise à penser ma famille comme une tribu. Cela peut paraître fou, ou irresponsable, d’emmener un bébé de six mois pour des voyages pareils, mais j’ai la conviction que les enfants s’adaptent à tout tant qu’ils sentent que leurs parents sont en paix.

Nous sommes heureux de voyager, elle ressent cette plénitude. Nous ne sommes pas dans la peur, et je sens qu’elle absorbe cet état d’esprit, voilà pourquoi elle reste zen dans toutes les situations, même les plus scabreuses… En fait, c’est quand on revient ici qu’elle est plus accaparante, comme si la nature, le contact avec la terre et les échanges lui manquaient aussi. (rires)