Qu'est-ce qui nous fait courir?

On a tous dans nos amis un sportif du dimanche, qui s’est mis à la course à pied et qui, en quelques mois, s’est transformé en accro du jogging. Courir, c’est bon pour la santé, mais c’est surtout furieusement tendance. Le phénomène du running, c’est le nouveau tapis rouge ! Le selfie sporty se répand sur les réseaux sociaux, où nos amis partagent en temps réel le nombre de kilomètres parcourus via des applications directement connectées à leur profil Facebook. Pourquoi un tel engouement ?
Par Servane Calmant et Ingrid Van Langhendonck. Photo puma. Portraits Lydie Nesvadba |

À 35 ou 40 ans, à la faveur d’un déclic ou d’une introspection, ils s’y sont mis. Aucun de ces nouveaux runners ne parle d’exploit sportif, mais d’insuffler à leur vie une dynamique positive.

Ces quadras, cadres sereins, employés dynamiques affichent une histoire qui semblait toute tracée : une réussite amoureuse, familiale, professionnelle ou sociale. Le bonheur. Entaché pourtant par un pareil constat : celui de s’être un peu négligé. Prise de poids, un petit kilo par an, l’air de rien. Une hygiène de vie… en pointillés. Ils ont décidé de réagir. 

Pourquoi à ce moment précis de leur vie ?
D’après Aziz Essadek,docteur en psychologie, c’est précisément à ce moment là que l’on reprend conscience de ses besoins. On a constaté en France que si 25% des lycéens français ont une licence sportive, le chiffre tombe à 6% dès que ces lycéens entrent à l’université. Il y a donc un désinvestissement massif vis-à-vis du sport à ce moment là.

D’abord par manque de temps, parce que la construction de la vie professionnelle occupe toute l’existence de ces jeunes adultes, mais aussi parce que les sources de reconnaissance sociale se déplacent précisément vers cette réussite professionnelle. Or le “ je ” est en opposition avec ces obligations liées à la carrière. Vers 35 ans, en général, on est installé dans son job, on reprend conscience de ses aspirations. Voilà probablement pourquoi cet âge est une charnière pour amorcer ce genre de processus.

Et puis, pour moi, le running est une discipline qui permet une progression particulièrement rapide. On atteint en quelques mois près de 70% de sa progression, ces résultats rapides constituent une récompense fondamentale, une valorisation de soi-même, par soi-même, c’est extrêmement narcissisant. ”

Consciemment, ou non, Jean-Pascal, Isabel et Olivier ont sauté le pas. Depuis, leur vie a changé. Les voilà qui relèvent des défis extraordinaires, se fixent des objectifs concrets, et, au fil des progrès, développent mental ultra-positif et une motivation accrue pour une meilleure hygiène de vie. 

Isabel Peeters, 52 ans, Directrice commerciale chez BBDO, mariée, 3 enfants.

Avant ? Quelques activités sportives occasionnelles, principalement en vacances, piscine l’été, glisse l’hiver. Puis, arrive le cap de la cinquantaine, et l’inévitable prise de poids malgré une bonne hygiène de vie. Je voulais rester en forme pour moi, et pour profiter de mes enfants et futurs petits-enfants. Je suis reconnaissante à la vie d’être en bonne santé, ma responsabilité, c’est de l’entretenir !
Le déclic ? Mon mari court depuis toujours. En 2015, l’envie lui a pris d’aller faire un marathon de 56 km en Afrique du Sud. J’avais évidemment l’intention de l’accompagner pour le supporter… Puis, j’ai décidé de participer moi aussi à ce marathon, plus précisément au semi-marathon, soit 21,1 kilomètres.
La motivation ? Juste le défi à relever, l’envie de le relever ensemble, avec mon mari, et l’incroyable faculté d’adaptation du corps. Après 3 mois, j’étais capable de courir 10 kilomètres, juste encouragée par les miens et une amie enthousiaste et expérimentée qui, en quelque sorte, m’a servi de coach. J’ai perdu des kilos, retrouvé une vraie forme physique, j’étais plus déterminée que jamais, fière de moi. J’ai couru en Afrique du Sud, puis en septembre 2016, j’ai participé au Triathlon du Zwin… Pour courir, il faut un minimum de volonté, et, croyez-moi, les runners sont souvent des gens dynamiques, ouverts d’esprit. Une belle communauté, motivante.

Jean-Pascal Bouillon, 46 ans, Corporate Communication Manager chez Orange Belgium, marié, 2 enfants.

Avant ? J’ai pratiqué du sport jusqu’à 18 ans, puis nada ! Je menais une vie sédentaire : le travail, la famille, les soirées entre amis. Je prenais 1 kilo par an, j’étais essoufflé en montant les escaliers - un lent naufrage. Les enfants ont grandi… Et, à 42 ans, j’ai eu envie de prendre soin de moi. De m’occuper de mon corps. D’avoir également une hygiène de vie plus stricte. C’est un besoin qui s’est imposé à moi.
Le déclic ? Start-to-run, un schéma d’entrainement réparti sur plusieurs semaines, à suivre à la lettre, qui enchaîne x minutes de marche et x minutes de course, en augmentant progressivement l’effort. En deux mois, j’étais capable de courir 30 minutes. J’ai enclenché un vrai processus dynamique : à chaque course, je notais des progrès et ce sont ces progrès qui ont nourri ma motivation à me dépasser. En course à pied, plus on s’entraîne (correctement), plus on progresse, c’est génial. 
La motivation ? En 4 ans, je suis passé de 5 km à 30 km d’autonomie. Je cours 40 à 50 kilomètres par semaine, avec mon chien. J’ai perdu 10 kilos, mais surtout la course a littéralement changé ma perception de la vie, mon mental. J’ai changé de régime alimentaire et j’ai davantage confiance en moi, je suis plus déterminé et j’appréhende la vie de manière beaucoup plus positive. Mon prochain défi ? En mai prochain, ce sera le tour du lac d’Annecy, un marathon de 42 km avec un dénivelé de 2800 mètres.

Olivier Rey, 47 ans, consultant audiovisuel, en couple, 2 enfants.

Avant ? J’ai toujours couru un peu, mais j’étais un gros fumeur, et c’était clairement incompatible. À 43 ans, j’ai ressenti le besoin de tordre le cou aux mauvaises habitudes, de mener une vie plus saine.
Le déclic ? Le Tour de France faisait étape au Mont-Ventoux, j’ai dit à mon fils, l’an prochain, j’arrête de fumer et je grimpe au sommet ! Janvier 2014, j’ai arrêté de fumer et j’ai grimpé le Ventoux – quelle émotion ! Depuis, je cours 3 sessions de 10 kilomètres par semaine, le matin de 7h30 à 8h30 et le dimanche plus longuement, toujours en extérieur - le contact avec la nature m’oxygène, me nourrit. Peu à peu, j’ai remarqué que courir m’aidait à solutionner des problèmes du quotidien, sur le plan personnel et professionnel, de gérer le stress. En fait, le running m’équilibre.
La motivation ? Les objectifs que je me fixe : ce n’est pas la compétition qui m’intéresse mais la satisfaction personnelle d’atteindre le but que je me fixe. J’ai terminé les 20 km de Bruxelles, des semi-marathons, des hivernales, la marche de 100 km d’Oxfam. Mon prochain objectif : le marathon de Berlin de 2019, pour mes 50 ans. Mon conseil aux débutants : courir pour soi, il faut éviter d’en faire trop, trop vite, pas la peine de se blesser ou de se dégoûter de l’effort ! Une montre chrono/cardio/gps et un objectif, c’est une vie métamorphosée !

Pour s’y mettre

En plus d’une lampe frontale et d’une paire de chaussures, il ne vous faut rien, mais certaines applis vous aident à démarrer et à tenir bon !
Nike + Running (parfait pour les débutants), Strava, et Runkeeper : des applis pour enregistrer vos sorties running et partager vos performances avec une vraie communauté de runners. La dimension sociale est bien évidemment ultra motivante, dopante. 
Runastic : pour analyser votre temps et votre vitesse de course. La version payante propose le PowerSong, qui balance votre chanson préférée quand vous avez un coup de mou !
Start-to-run : un programme d’entrainement qui vous oblige à commencer piano et vous apprend la persévérance.
Stimul’us : une équipe de coaches diplômés (éducation et préparation physiques, exercise therapy, nutrition) pour vous motiver à bouger et vous aider à atteindre vos objectifs sportifs. Lieux d’entrainement : Louvain-la-Neuve et Farciennes. 
http://www.stimul-us.be/

Positive Man

En mai 2016, Jean-Pascal Bouillon crée un blog, suivi par quelque 1.300 followers, pour partager son expérience du running, et le nomme Posivite Nation, en phase avec un nouvel homme qui, grâce à la course, s’est construit une attitude mentale positive qu’il résume en ces quelques mots : progrès > motivation > hygiène de vie > progrès. On y trouve une foule de conseils : comment se fixer un objectif running concret et daté (une course, un marathon, une distance, une réduction de poids, etc.), ainsi qu’un programme d’entrainement pour l’atteindre. 
Le bon conseil de Jean-Pascal : Ne dites pas : je me mets à la course à pied. Tout le monde le fait, ça doit être ambitieux. Dites publiquement : en octobre, je serai au départ des 10 km de Liège !
Son blog : www.positive-nation.net
Sa page Facebook : www.facebook.com/positivenationblog