Rencontres et portraits de 5 fans du Carré Hermès

Dernièrement, un pop-up store installé au centre de Bruxelles proposait aux propriétaires du foulard mythique de le teindre dans une nouvelle couleur. Quelques fans du carré nous y ont raconté leur lien à l’objet.

Coordination et interview Isabelle Plumhans. Photographie Servan Ilyne. Stylisme Pierre Gorzala à @Production. Make-up Brigitte Petit. |

Carré noblesse

Jean-Claude Wouters, Poète et artiste

Je porte très souvent des carrés Hermès. Et j’aime beaucoup les vintages. Ma grand-mère avait un atelier de couture. Pendant l’occupation nazie, elle se cachait dans les trains pour aller jusqu’à Paris, chez Lanvin ou dans d’autres maisons reconnues, et en ramener des patrons qu’elle reproduisait ici, à Bruxelles. En outre, mon père était sculpteur. J’ai donc toujours baigné dans un univers où la matière était prédominante. À la maison traînaient de l’alpaga, de la fourrure, du léopard… et j’ai grandi en lisant Vogue et L’Officiel avant Tintin. Alors, quand je touche un foulard Hermès, j’aime sentir sa soie lourde, épaisse, qui ne fait pas de pli. J’apprécie aussi l’élégance mêlée de discrétion que confère un carré quand il est porté sur mes vêtements portés longtemps, parfois usés. Ce détail qui fait la différence. Et puis, enfin, Hermès, c’est la justesse, la non-vulgarité, l’artisanat pérenne. Dans mes expositions, j’utilise d’ailleurs des boîtes Hermès transformées en Memento mori. Je les remplis de cendres et d’objets divers. Et si je le fais avec ces boîtes, c’est parce qu’Hermès est pour moi synonyme de noblesse et d’élégance. Bien davantage que de luxe.

Carré collection

Christiane Peches, esthète

J’ai reçu mon premier foulard de mon fiancé de l’époque, qui est aujourd’hui mon mari. Il avait le goût de la marque parce que sa propre maman la portait. Lui-même en est presque plus fan que moi : il possède 48 pochettes et une véritable collection de ceintures. Depuis, j’achète régulièrement des carrés, souvent pour les assortir à mes sacs. J’aime les porter serrés autour de l’anse, parce que je trouve que ça donne un petit côté vintage. On les portait comme ça jusque dans les années 60. Mais je n’achète pas spécialement les carrés pour les porter. C’est davantage par amour de l’objet. Pour moi, Hermès représente le sommet du luxe et du savoir-faire, essentiellement en matière de maroquinerie et de soierie. Je suis davantage une collectionneuse. D’ailleurs, souvent, mon mari me signale qu’il fait froid et que je n’ai rien autour du cou. Je vais alors en chercher un parmi les 26 que je possède. Et quand je ne les porte plus du tout, je les transforme. J’en fais des gilets ou des coussins.

T-shirt, veste et pantalon, Chanel, prix sur demande.

Carré famille

Delphine Gaye, architecte

J’ai hérité de ce foulard rose flash de ma grand-mère paternelle. Je viens d’une famille dans laquelle la notion de famille est essentielle, centrale. Je me souviens des réunions pour Noël, dans leur grande maison verviétoise. Ma grand-mère était un peu dans l’ombre de son mari. Quand il est décédé, elle a été placée en maison de retraite, et nous lui rendions visite régulièrement. C’est là que je l’ai redécouverte, se souvenant de tout, sur tout, sur tous. Une nouvelle relation est née. À sa mort, j’ai reçu ce foulard, et il ne m’en faut pas plus pour me rappeler ces beaux moments. Au début, je ne mettais pas souvent le carré, que je trouvais un rien classique. Mais depuis,  je le sors davantage, puisqu’on peut aujourd’hui sans problème porter une telle pièce avec un jean et des baskets. Je suis aussi une adepte de foulard dans les cheveux – j’ai des insolations au moindre rayon de soleil et suis fan du look estival foulard/lunettes. Mais je le porte peu de cette façon car la belle et lourde soie, ça glisse !

Combinaison en jean, APC, 290 €. Chaussures, Hermès, 1350 €.

Carré idylle

Laurence Bijaoui, ancienne vendeuse

J’ai fait le conservatoire en théâtre. À la suite de quoi je suis partie dix ans en tournée, en France. Mais après un divorce houleux, j’ai dû rentrer à Bruxelles, chez mes parents, ma fille sous le bras. Et trouver du travail, absolument. Je suis entrée comme hôtesse pour un événement chez Hermès. Le contact s’est très bien passé. On m’a proposé un emploi de vendeuse, aux carrés. J’y ai travaillé pendant quatre ans, apprenant
à les connaître, à apprécier leur matière inédite, le toucher auquel on reconnaît immédiatement la soie française, qui se froisse moins vite et se défroisse plus vite. Un client revenait régulièrement au magasin. Il est aujourd’hui mon mari. Je garde donc un lien tout particulier avec cette maison. D’ailleurs, pour notre anniversaire de mariage, il m’offre toujours un cadeau Hermès. Dans un premier temps, des carrés. Aujourd’hui, plus régulièrement, des sacs. Les carrés que je possède, je les porte dans les cheveux, en cravate, ou autour de mes sacs. Moins souvent autour du cou, contrairement à l’époque où je travaillais pour la maison. Je les choisissais alors toujours dans des couleurs vives pour trancher avec notre tailleur gris.

Robe Hermès, 3 500 €.

Carré coupé

Coline Wauters, comédienne

Ma mère avait reçu de mon arrière-grand-mère un très joli modèle, représentant la Promenade de Longchamps. Elle l’a beaucoup porté adolescente, puis l’a ressorti voici dix, quinze ans. Or, entre-temps, elle avait épousé mon beau-père, et ce dernier avait justement habité avenue de Longchamps. Détail cocasse et unique : sur le foulard figure un coupé, une voiture à chevaux de l’époque. L’exacte réplique de celui que la famille de mon beau-père possède, dans leur maison de Charente. Lors d’un séjour là-bas, nous avons tous été réveillés un matin par les cris de ma mère. Des portes qui claquent, ma mère en larmes… et le chien qui aboie: il venait de déchiqueter son foulard! Quelques années plus tard, dans une boutique vintage, nous sommes tombés sur l’exacte copie de ce dernier. Elle l’a racheté. Mais a conservé le premier, abîmé. Pour mes vingt ans, j’ai reçu un modèle classique, de mon beau-père. Il twiste mon look vintage et je le porte autant autour du cou qu’au poignet ou en ceinture.

Robe, Lacoste Runway, 370 €.