Êtes-vous réellement débordé ou faites-vous du « busy bragging » ?

"Impossible, je n'ai pas le temps". Qui n'a pas sorti cette phrase au moins une fois (voire deux... ou trois ?) cette semaine ? Peut-être souffrez-vous du phénomène du "busy bragging" et, rassurez-vous, ça se soigne ! 

Par Camille Vernin / Photo : Unsplash / Christina @ wocintechchat.com |

C'est un cercle vicieux dans lequel beaucoup d'entre nous demeurent piégés et dont nous sommes pourtant inconsciemment les complices. Elle part tout simplement de l'idée apprise et acquise que, plus nous serions occupés, plus nous serions théoriquement demandés et compétents et donc plus notre valeur augmenterait. Résultat ? Un phénomène que l'on appelle le "busy bragging", qui a envahi Instagram aussi bien que les conversations entre potes et les salles de réunion. Il consiste à se vanter d'être constamment occupé, au point de ne plus avoir une minute de libre.

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De l'art d'être occupé en permanence 

Un phénomène qui, comme le relate le média italien The Vision, a grandement progressé grâce au développement des nouvelles technologies, qui incite les travailleurs à être toujours plus efficaces, toujours plus dévoués et donc toujours plus productifs. Vous avez compris la spirale infernale ? Plus la société nous en demande, plus nous pensons que nous avons de la valeur, plus nous répondons à cette demande. Résultat, notre réussite dans la vie se mesure à l'aune de notre capacité à produire et à la quantité d'engagements dans lesquels on s'investit. Avec toutes les conséquences que l'on devine sur la santé mentale et physique. 

Se vanter d'être occupé en permanence deviendrait donc une façon d'acquérir un certain statut au sein de la société. Par conséquent, si le fait de travailler dur et d'être en permanence occupé augmente notre valeur sociale, avoir beaucoup de temps libre - bien que considéré comme un luxe pour beaucoup - demeurerait symptomatique d'un caractère peu exigeant voire un brin fainéant. Plusieurs études ont cependant dévoilé la supercherie derrière cette mascarade. Dans "Overwhelmed : Work, Love and Play When No One Has the Time", l'auteure américaine Brigid Schulte a démontré que, souvent dans une entreprise, les employés peu efficaces mais extrêmement dévoués étaient récompensés au même titre voire davantage que ceux plus performants. 

© Unsplash / Samantha Gades

Moins efficaces, plus stressés

Idem pour l'étude du psychologue suédois K. Anders Ericsson, qui a démontré sans surprise qu'absorber une grande partie de la vie des travailleurs ne garantit pas plus d'efficacité. Au contraire, cela la compromet. Après avoir étudié les habitudes d'un groupe de musiciens, le chercheur a constaté que les plus performants étaient ceux qui ne pratiquaient pas plus de nonantes minutes consécutives et qui bénéficiaient de temps de repos entre les séances. C'est scientifiquement prouvé, le travailleur qui subit des heures et des heures de travail non-stop perd en efficacité et en créativité, et ce, quel que soit le domaine. "Tout cela est dangereux", résume l'écrivain Tim Kreider dans son article The Busy Trap, "car cela nous prive de temps libre, une activité essentielle au bien-être psychologique."

Célébrer l'oisiveté

La solution ? Embrasser et revaloriser l'oisiveté. Dans la Rome antique, elle représentait un tel privilège qu'elle était interdite aux esclaves. En 1880, dans son pamphlet sur "Le droit à l'oisiveté", Paul Lafargue fait l'apologie de l'inaction pour contrer l'exaltation marxiste du travail et l'aliénation qui en découle. Encore plus proche de nous, en 1935, le philosophe Bertrand Russell considère ceux qui parviennent à échapper au broyage de la machine infernale du travail comme les plus pertinents dans le domaine des découvertes culturelles et dans l'activité de la pensée.

© Unsplash / Annie Spratt

Réussir à résoudre notre fâcheuse tendance au "busy-bragging" titillait déjà le Guardian en 2014 qui (se) posait la question : "Parler de votre emploi du temps surchargé vous rend, vous et les autres, plus stressés. Alors pourquoi est-il si difficile de résister ?" Car - et c'est là que le bât blesse - nous ne le faisons pas consciemment pour impressionner les autres. Ce sentiment de surcharge est bien réel dans l'esprit de la plupart des gens. Alors, puisque nous ne pouvons pas cesser de nous "vanter" de notre emploi du temps, le média britannique conseille de : 

1. S'efforcer de séparer sa vie professionnelle de ses loisirs pour éviter que le stress ne s'infiltre dans chaque pan de notre vie. Une tâche ardue à l'ère de l'hyperconnectivité.

2. Le fait d'être occupé peut être en réalité une forme de procrastination. Passer son temps à rayer des choses sur notre to-do list ne nous éloigne pas forcément de notre travail. Cela peut même nous entraîner dans davantage d'activités inutiles. On veille donc à s'assurer de la pertinence de ce qui y figure. 

3. Plus vous aurez la réputation de répondre rapidement aux mails, de remplir vos tâches en bon petit soldat, d'être un pilier utile pour votre famille ou pour vos amis, plus vous attirerez les demandes de prises de responsabilités supplémentaires. L'important ? Trouver un moyen de considérer un peu moins certaines activités comme des obligations, et donc ne plus les intégrer inutilement dans nos vies. Plus facile à dire qu'à faire...  

Faites-vous du busy bragging ?

De façon plus ludique, mais peut-être un peu moins tendre, le magazine Entrepreneur liste les différents signes qui prouvent que vous n'êtes pas SI occupés que ça. "Si vous dormez entre 7 et 9 heures chaque nuit, tant mieux pour vous. Vous prenez soin de votre corps et vous vous préparez à être plus productif. Mais votre emploi du temps n'est probablement pas si chargé", peut-on lire. La population moyenne (aux États-Unis du moins) travaille 47 heures par semaine, si vous travaillez en dessous de ça, c'est que vous faites probablement du "busy bragging". Le média rappelle qu'il est déconseillé de travailler au-delà de 40 heures, au risque de se surmener.

© Unsplash / Kelly Sikkema

Ensuite, vous n'envoyez et ne recevez pas autant de mails que vos collègues. Vous n'avez pas d'enfants (une charge de temps considérable). Vous voyez régulièrement vos amis et vos proches pour passer des moments qualitatifs avec eux. "Les personnes les plus occupées du pays n'ont pas le temps de passer du temps avec leurs amis et leurs proches. Leurs amis s'éloignent progressivement d'eux, et leurs relations amoureuses et leurs liens familiaux en pâtissent". Vous partez régulièrement en vacances, et vous avez eu le temps de regarder le dernier épisode de votre série préférée. Comme le prochain épisode d'House of the Dragon qui sort lundi prochain. Mais vous n'avez peut-être pas assez de temps pour ces choses-là ?

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