Les accessoires n’ont plus de sexe

De plus en plus mixtes, les accessoires de luxe passent d’un genre à l’autre avec une aisance incroyable. Mais pourquoi tant de perméabilité dans un registre pourtant très formaté ? Nous avons enquêté.

Par Marie Honnay. Photos D.R. sauf mentions contraires. |

Milan, septembre 2020. Défilé printemps/été 2021 de Fendi. Sur le catwalk, les silhouettes féminines et masculines se mélangent. Si, depuis quelques saisons, cette approche mixte, née de la volonté des marques de rationaliser leur présentation, s’est quelque peu généralisée. Un rapide coup d’œil sur les accessoires confirme l’esprit de mixité qui s’est emparé du monde du luxe : petit clutch ou sac à main pour les hommes, grandes mallettes pour les femmes... On dirait bien qu’en matière de genre, la roue tourne et que rien ne va plus du côté de nos bonnes vieilles certitudes.

Designer freelance pour une flopée de marques internationales et fondatrice de MLS, son propre label, la Belge Marie Laurence Stevigny est une observatrice attentive des changements qui s’opèrent dans ce registre. Pour elle, de nombreux facteurs peuvent expliquer ce glissement. « Le fait de concentrer le message mode en organisant un défilé mixant silhouettes féminines et masculines est une vraie tendance de fond. Il est d’ailleurs intéressant de noter, pour reprendre le cas de Fendi, que c’est Kim Jones, un designer, qui s’est fait connaître dans un registre masculin, qui vient d’être engagé pour orchestrer la ligne femmes du label. L’un des chefs de file de la mixité, c’est Hedi Slimane, un créateur qui a bâti sa carrière sur l’idée d’un vestiaire hommes légèrement androgyne quand il officiait chez Dior et qui, aujourd’hui, dessine des accessoires identiques pour les lignes femmes et hommes de Celine ». 

Retour à l’essentiel   

« Lorsqu’il choisit un accessoire, l’homme vise un design que je qualifie d’essentiel, voire de multifonctionnel. Le briefing des marques de luxe aux designers chargés de plancher sur les lignes d’accessoires masculines va d’ailleurs dans ce sens », poursuit Marie Laurence Stevigny. Sauf qu’avec l’explosion du streetwear et le succès planétaire de la basket vue comme un accessoire de mode - et parfois de luxe -, les codes ont changé. Le masculin devient féminin et vice-versa. Les collaborations entre les marques ont également contribué à flouter les genres en invitant les designers à explorer de nouveaux territoires. « Le côté pratique d’un accessoire, sa fonctionnalité et le confort du porter sont des valeurs que les femmes recherchent de plus en plus », poursuit-elle.

On le voit avec le boom du sac à dos ou la timide percée de la banane : la barrière du genre s’affine, quitte à disparaitre complètement. » Soit par volonté des marques ou, plus intéressant encore, par hasard. « Dans mon travail pour la ganterie française Agnelle, j’avais dessiné un gant de femmes à l’allure et aux finitions très sportives. Quand l’atelier a reçu mes croquis, les artisans ont pensé qu’il s’agissait d’un gant masculin. Ils l’ont d’ailleurs développé dans ce sens. Ce qui m’amuse dans cette méprise, c’est que nous restons, malgré nous, coincés dans certains carcans. Et dès qu’on en sort, on réalise que cette idée de genre est bel et bien dépassée. Ce modèle de gant - qui existe aujourd’hui dans les deux lignes, masculines et féminines - en atteste. »

L’exemple asiatique 

D’autres facteurs ont évidemment accéléré ce glissement : les réseaux sociaux - et tout particulièrement Instagram - qui ont décomplexé beaucoup d’hommes, désormais plus enclins à piocher dans les codes féminins. En Asie, un marché féru de tendances, les hommes se sont mis à porter les grands cabas Book Bag de Dior, mais aussi des modèles plus inattendus comme le Cassette, nouveau best-seller de Bottega Veneta. Le coup de génie de la marque italienne a consisté à développer un sac en cuir tressé - l’intrecciato, sa marque de fabrique - dans une déclinaison XL que les hommes au style pointu ont envie de porter. Bingo commercial.

« Les réseaux sociaux sont des disrupters de tendances », poursuit Marie-Laurence Stevigny. « Aujourd’hui, en termes d’accessoires, ce n’est plus l’objet en tant que tel qui dicte le genre, mais bien le style qu’il permet à son utilisateur d’acquérir. Dans le secteur du luxe, pourtant empreint de codes très identitaires, la notion de mixité est très présente. Y compris, par exemple, dans le registre du bijou. Les marques de haute-joaillerie n’hésitent plus à vendre leurs boucles d’oreilles en version dépareillée. On parle ici d’une autre forme de mixité mais qui émane d’une tendance commune du marché. »

Langage universel

Il y a quelques années encore, il était complètement marginal de voir un homme porter un bijou. Une montre oui, une gourmette, à la rigueur. Mais pas une boucle d’oreille ou une bague oversize. Cette saison, Francesca Amfitheatrof, directrice artistique Horlogerie et Joaillerie de Louis Vuitton, lance LV Volt, une ligne mixte qui gomme la frontière du genre. « Pour un designer, cette nouvelle manière d’envisager l’accessoire s’apparente à un véritable exercice de style », précise Marie-Laurence Stevigny. « Il s’agit, plus que jamais, de mettre l’utilisateur au centre de la collection et de construire une grammaire mode qui soit fluide, novatrice et dans l’air du temps.

L’omniprésence du téléphone dans notre quotidien a joué un grand rôle dans la vision que les hommes européens - plus méfiants face aux tendances trop extrêmes - ont de l’accessoire. Un facteur qui explique le grand succès des pochettes. Dans mes collections, celles qui se portent au cou, mais aussi celles qu’on glisse en toute discrétion sous une veste ou un blazer, séduisent un public tant féminin que masculin. » Pour conclure, la designer évoque ce qu’elle appelle « une dématérialisation de l’accessoire. Avant, lorsque je sortais, j’emportais un carnet de croquis, un livre et une foule d’autres objets dans mon sac.

Aujourd’hui, tout tient dans un téléphone ou une tablette. L’accessoire de luxe doit répondre à cette mutation en devenant soit un compagnon de route chic et discret ou, à l’inverse, une pièce très identitaire que son utilisateur, hommes ou femmes, pourra s’approprier comme il l’entend. ».   

 

La collection mixte MLS par Marie Laurence Stevigny est disponible dans son showroom de Saint-Gilles, dans une sélection de points de vente, sur l’e-shop de la marque et chez Balthasar au Sablon. mlstudio.be - balthasarbrussels.com 

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