Les mots du monde d’après Gilles Dal : « Clash »

Comme chaque week-end, Gilles Dal nous décrypte un mot du monde. Cette semaine, place au "clash".

Par Gilles Dal. Photo : Photo Laetizia Bazzoni |

C’est fou comme je me suis vite habitué à la violence des réseaux sociaux. On m’aurait dit, il y a encore cinq ans, qu’en-dessous de n’importe quel article sur des paillassons bio ou des élevages de limaces en circuit court, des hordes d’internautes en viendraient quasi systématiquement à s’abreuver du sang de leurs contradicteurs avec la tempérance de Vikings tout droit sortis de leur drakkar, que j’aurais accueilli cette information avec, disons, une circonspection dubitative. Un peu à la manière de Donald Trump le jour où on lui a annoncé sa défaite. 

Que les tensions soient vives à l’évocation du Proche-Orient, du RER à Bruxelles ou des hommes qui se teignent les cheveux, je peux très bien le comprendre : ce sont là des sujets qui déchaînent les passions ; du coup, ça dérape vite. C’est dommage, mais enfin, on comprend la mécanique à l’oeuvre. Par contre, que des internautes en viennent à s’insulter en-dessous d’articles de prévisions météo, c’est un constat qui me stupéfiera jusqu’à la mort. 

Avant-hier, je tombe sur un article laconiquement intitulé « Tendances pour la semaine prochaine : nébulosité variable et ondées passagères ». Là-dessus, je ne sais quelle mouche me pique, mais je me fends d’un commentaire (qui n’avait, certes, pas vocation à entrer dans l’Histoire) : « Zut alors, je ne pourrai pas donc organiser de barbecue ». Trois minutes plus tard, réponse à mon commentaire : « Pfff, c’est pathétique : vous préoccuper de vos minables barbecues, alors que des migrants meurent tous les jours en Méditerranée ». Piqué au vif, je rétorque : « Je ne vois pas le rapport ». Trente secondes plus tard, réponse à ma réponse : « Hitler non plus ne voyait pas le rapport ».

Bigre ! Convoquer les horreurs du nazisme en moins de trois répliques, alors qu’au départ, je ne faisais que me plaindre du mauvais temps, il fallait le faire. Cela dit, cette polémique dans un verre d’eau ne m’a pas plus étonné que ça quand on sait qu’aujourd’hui, au bas de n’importe quelle interview, il se trouve systématiquement une bonne âme pour insulter la personne interviewée. Faites le test : ça ne loupe pas ! On interviewerait un petit lapin, qu’il y aura toujours un cerveau créatif pour écrire qu’il a de trop grandes oreilles, que ses poils sont moches, et que de toute façon, les lapins s’acharnent impunément contre les carottes, que d’ailleurs les carottes sont bien trop oranges, qu’elles prennent toute la place dans les salades et qu’il faut sortir de la dictature de la salade.

Bon, là-dessus, je vous laisse; je file poster un commentaire cinglant sous l’article « Faut-il avoir peur du riz au lait ? ». 

 

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