Lunisme, la nouvelle enseigne B. Depoorter à venir en 2021

Confiné certes mais pas fini… Bernard Depoorter, l’artisan-couturier belge, entend faire de 2020 la source d’une nouvelle aventure créative et humaine. Arrivé au bout d’un cycle de création, il souhaite se réinventer en lançant au printemps 2021 sa nouvelle maison, « Lunisme ». En exclusivité, en compagnie de sa muse, l’artiste-plasticienne Kaixuan Feng, il lève un coin de voile sur ce projet.

Par Perrine Dor. Crédit photo : Bernard Depoorter |

“Dans la lune”, il l’a toujours un peu été que ce soit de ses bulletins d’école aux reflets « cendres de lune » de certaines de ses créations. La thématique sidérale ne cesse de jalonner son parcours et cela risque de l’être davantage en 2021 avec le lancement de sa maison d’art « Lunisme », symbolisée par une éclipse . Ce projet puise sa source avant tout du fait qu’il est arrivé au bout d’un cycle de création et « a besoin de passer à autre chose, d’aller à l’essentiel » !

Un retour à l’essentiel

Depuis 3 ans, le créateur sent son désir de création s’essouffler comme si quelque chose lui échappe : il se sent de moins en moins en adéquation, pour ne pas dire plus du tout, avec les diktats de la mode. Le confinement signe pour lui une remise en question et lui permet de se reconnecter à soi-même. Ce questionnement existentiel est renforcé au contact de la culture asiatique de sa fiancée et muse Kaixuan. L’idée leur vient alors de créer quelque chose en commun, « leur bébé » comme ils disent, la maison « Lunisme », à un moment opportun puisque tous les deux ont envie de renouveler leur regard sur le monde. Mais pourquoi donc un tel nom ?

K. Feng explique la signification plurielle de ce terme : « Tout d’abord, il y a la signification de la lune évidemment. Lors d’une soirée de pleine lune, nous avons eu l’idée du nom. Toutefois, cela signifie aussi l’union comme on peut l’entendre ». B. Depoorter, quant à lui, ajoute : « C’est en fait le rapprochement entre 2 cultures qui s’entrechoquent. Lunisme doit donc représenter les fondamentaux de nos cultures ». Le symbole même de la rencontre entre deux artistes aux univers différents.

 

 

C’est également un clin d’œil à « la poésie chinoise qui voit la lune comme un objet qui réunit 2 êtres à distance » comme l’explique K. Feng. Et ce n’est pas tout selon B. Depoorter : « l’unisme désigne aussi un mouvement des années 20 qui veut aller à la quintessence de la simplicité… ce que nous souhaitons insuffler dans le projet, un style ultra-minimaliste ». S’inspirer d’un mouvement artistique avec l’ambition d’en créer un, voici le constat auquel ils sont arrivés: « La Mode est un éternel recommencement. On est arrivé au bout du cycle, il faut la réinterpréter. D’où peut-être la naissance d’un nouveau courant artistique qui sait…Pour l’instant, il y a une stagnation. Les créateurs sont des interprètes et font des métissages entre les règles. Ils innovent dans le marketing sur les réseaux sociaux mais pas d’un point de vue artistique ! » Tout est dit…

Le luxe est dans la retenue

La particularité de leur projet tient avant tout du fait qu’ils veulent « mettre l’art dans la mode ». Comme l’explique K. Feng, « Dans l’art contemporain, on est à l’opposé de la mode et de ses diktats avec ce côté méprisant de la mode qui impose des stéréotypes sur l’apparence et la façon de penser. » Lui-même le reconnait : « J’ai reproduit ces erreurs dans mes défilés. Un artiste se doit d’avoir des valeurs ! ». Ainsi, leur mode sera anti-logo, loin des standards des défilés. Exit les égéries artificielles, il veut désormais les « choisir par rapport à leurs valeurs de cœur et intellectuelles ». La philosophie de leur maison sera donc du même ordre que celle de Coco Chanel, cité par le couturier : « Un luxe qui ne se voit pas mais qui se ressent ». Confort et durabilité seront donc au rendez-vous dans une collection qui entend réconcilier l’homme et la femme. Une première pour le couturier, jusqu’ici uniquement au service de ces dames !

Deux lignes de prêt-à-porter durables et intemporelles seront disponibles : Supralunaire avec des pièces de luxe personnalisables « made in europe » (de 1000 à 5000€) et Sublunaire avec des pièces plus accessibles (de 200 à 900€). Pour cette dernière, il revisitera notamment les cuirs végan en cactus et raisin de même que la viscose. Comme il le dit, « nous voulons capter l’air du temps et voir ce dont les gens ont envie ». Tout un programme. Une collection Haute Couture verra aussi le jour, collection constituée principalement de pièces vitrines vues comme des œuvres d’art à part entière.

Où pourra-t-on les trouver ? Principalement en ligne, elles seront disponibles via le site marchand de la marque : « plus en adéquation avec la conjoncture actuelle que la création d’une boutique ».

Que retrouvera-t-on ? Des pièces intemporelles – les fondamentaux de nos garde-robes revisitées pour convenir au mieux à tous – sans discrimination de tailles. Dès lors, cela fera la part belle aux manteaux en cachemire, jupes crayons, pantalons droits... Les couleurs quant à elles, se veulent à la fois neutres et subtiles : « Le nouveau chic est le bleu nuit, le nouveau noir chic » ; mais aussi désaturées comme le jade, l’ambre ou le terracotta. La recherche du raffinement est perpétuelle.

Un chapitre de vie à écrire…

Ce renouveau artistique met également l’humain à l’honneur comme il le précise : « Ma recherche d’art est d’épurer, arriver à effacer le vêtement pour valoriser la beauté extérieure et intérieure de la personne qui le porte ». Une démarche novatrice et difficile que K. Feng tentera de mettre en valeur à travers l’art de la performance, un art qui consiste à voir une action, par exemple l’art de s’habiller, comme une œuvre d’art.

Finalement, « se réinventer, c’est oser s’ouvrir à un nouveau chapitre » comme il le dit. A l’aube de la quarantaine, il se sent prêt à se lancer : « Cette décennie à venir est formidable car on prend conscience des choses et on sait où on veut aller. C’est le bon moment ! ». Pour l’instant, ils lancent les prototypes. Perfectionniste dans l’âme, ils trouvent tous deux en cela un moteur pour continuer à avancer : « On n’est jamais satisfait, on n’atteint jamais la perfection mais cela nous permet d’évoluer ». Avec « Lunisme », ce tandem créatif s’en va décrocher la lune en 2021 et bousculer les codes sur la planète de la mode !

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