Rencontre avec Rolf Studer, co-CEO de la marque de montre Oris

Amoureux de belle horlogerie et recherchant toujours des fonctions qui apportent un plus au quotidien, nous avons eu la chance de rencontrer Rolf Studer co-président d'Oris. Des montres de luxe pour des citoyens lambda.

Par MAGALI EYLENBOSCH | Photo : BaselWorld |

Pouvez-vous nous situer Oris dans l’univers horloger ?

Nous sommes des Suisses alémaniques et pensons de façon moins émotionnelle que nos amis Suisses romans. Notre positionnement est assez unique. Dans notre gamme de prix, les marques sont en général focalisées sur la mode, les stars et le marketing. Notre démarche est plus en adéquation avec le sérieux horloger. Notre client est le citoyen : une personne qui travaille pour son argent. Une phrase permet de nous situer : “Make people smile !” Elle est plus émotionnelle ... Nous voulons que nos clients soient heureux. On veut une montre parce qu’elle nous fait plaisir. Lorsque nous développons un produit, nous nous demandons toujours s’il y a une notion de plaisir ? Si la réponse est non, c’est qu’il n’est pas au point. Nous avons toute une chaîne de clients qui apprécient Oris et communiquent leur enthousiasme. Et ça, ça ne s’achète pas comme une grosse campagne. Ça se mérite !

 

Quel a été l’évènement le plus marquant en termes de mécanique horlogère ces dernières années ?

C’était certainement le lancement de notre propre famille de calibres 110 pourvu de 10 jours de réserve de marche et d’un indicateur de réserve de marche non linéaire. Il ne faut pas oublier que la Maison avait créé 279 mouvements avant la crise horlogère et que nous faisions partie des dix premières Manufactures suisses en termes de volume. C’est donc un évènement qui nous a aidé à retrouver nos lettres de noblesse.

Qu’appelez-vous les “ fonctions utiles ” ?

Tout ce qui donne une valeur ajoutée. Chez Oris, on ne fera jamais de tourbillon. C’est une complication horlogère très intéressante, mais elle n’a de sens que pour les montres de poche. Aujourd’hui, c’est l’art pour l’art et ça ne nous concerne pas. Les complications qui ont du sens pour moi, c’est l’indication de la réserve de marche de 10 jours pour un mouvement mécanique à remontage manuel ou l’indication d’un deuxième fuseau horaire, une montre réveil, un profondimètre pour une montre de plongée ... Ce sont des choses qui apportent de la valeur. Ça ne doit pas toujours faire partie du mouvement. C’est le cas de notre profondimètre, par exemple.

 

Parlez-nous du design de vos montres ...

L’esthétique est importante mais elle doit être fonctionnelle et en adéquation avec la proposition. Les codes doivent être clairs. Nous avons fait en sorte de développer les familles existantes plutôt que d’en rajouter.

 

La déferlante des montres en bronze a eu et a toujours beaucoup de succès ?

Nous étions l’une des premières marques à en fabriquer. C’est un matériau qui prouve à quel point la perception des montres de luxe a changé. Il y a 15 ans, ça aurait été très difficile d’imposer sur le marché une montre qui change selon ce que le propriétaire fait en la portant. Les consommateurs ne veulent plus seulement appartenir à un groupe, ils veulent aussi exprimer leur personnalité.

J’ai une montre en bronze que je ne porte que dans l’océan. Elle est verte et fait penser à la coque rouillée d’un bateau, mais je l’adore parce qu’elle me ramène au plaisir que j’ai eu de passer du temps avec mes enfants dans la mer. L’engouement va peut-être diminuer un peu, mais c’est un matériau qui va rester.

Où se situe Oris en termes de prix ?

Nous tenons à rester une marque qui s’adresse à des clients qui sont prêts à dépenser une certaine somme pour une bonne montre, mais pour qui il s’agit quand même d’une démarche réfléchie. Je parle d’une gamme de prix moyens entre 1.800 € et 3.600 €. Dans l’industrie horlogère, le prix d’une montre se situe entre 15.000 et 50.000 €.

J’ai beaucoup de respect pour les gens qui déboursent de l’argent pour une montre Oris. J’estime que nous avons le devoir de proposer le meilleur produit possible. En ce moment, la classe moyenne souffre et nous croyons au concept du travail qui s’adresse aux citoyens, pas seulement à une élite.

 

L’écologie est étroitement liée aux partenariats d’Oris. La protection des océans est-elle l’une de vos priorités ?

Ça va plus loin ! La durabilité est l’une de nos valeurs. Nous sommes une maison indépendante, nous sommes responsables de ce que nous faisons et nous sommes préoccupés par l’environnement depuis longtemps. Aujourd’hui, c’est une tendance et de nombreuses marques s’engouffrent dans la brèche sans être crédibles. Je pense que le consommateur n’est pas dupe.

Pouvez-vous parler de vos partenariats actuels ? Vous attirez aussi l’attention sur la rapide dégradation de la barrière de corail ?

Cette année, nous avons présenté des éditions limitées liées à des projets environnementaux. Je pense notamment à la Great Barrier Reef Limited Edition III. Elle est destinée à une organisation qui régénére les coraux de la Grande Barrière de Corail grâce à des projets de plantation. On peut vraiment faire la différence en supportant ce genre de causes. Nous avons également créé la Clean Ocean Limited Edition, en collaboration avec l’organisation Pacific Garbage Screening qui œuvre pour la préservation des océans et transforme le plastique en énergie.

 

Est-ce une façon de sensibiliser le grand public ?

Ce ne sont pas les pauvres gens en Indonésie qui peuvent inverser le cours des choses. Ce sont les gens qui peuvent s’offrir une montre mécanique et choisir de prendre ou non l’avion pour partir en vacances.

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