Saint-Valentin : à quoi ressemble l’amour en 2021

A l’ère de Tinder, les célibataires d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux du XXe siècle ? Deux marieuses professionnelles livrent leur avis tranché sur la question. 

Par Marie Honnay. Photos D.R., Unsplash. |

Experte en rencontres amoureuses depuis plus de vingt ans, Marie de Duve est une observatrice attentive des changements qui se sont opérés dans le « grand mercato » des célibataires. A la tête de Valérie Dax, une agence fondée en 1970, elle pose un regard tranché sur la question. « Les gens recherchent l’amour. C’était le cas, il y a quarante ans, ça l’est encore aujourd’hui », avance-t-elle d’emblée. Dans un monde toujours plus virtuel, les célibataires (ils sont 45% à Bruxelles et 36% en Wallonie) ont vécu la crise du Covid comme un énième frein à leur recherche de l’âme sœur. « On remarque toutefois que beaucoup semblent lassés des algorithmes qui filtrent leurs recherches. Ils veulent retrouver le côté humain de la rencontre.» 

Même son de cloche du côté d’Annemieke Dubois, fondatrice de l’agence Jade & Jules. « Il arrive bien entendu que des célibataires fassent de belles rencontres sur Tinder. Mais le plus souvent, ils entrent dans une logique de binge dating. Les rencontres s’enchaînent. C’est la règle du click/date/delete. Sans compter que ces applications entraînent souvent une addiction qui finit par laisser des cicatrices », précise-t-elle.  

Agence 2.0

Il y a quatre ans, encouragée par les témoignages de célibataires déçus de leur expérience Tinder, Marie de Duve est revenue aux bonnes vieilles techniques des marieuses d’avant l’ère des sites de rencontre. « Je rencontre personnellement chaque célibataire qui s’inscrit chez nous. Cette approche me permet d’oser des rapprochements parfois improbables entre des personnes qu’en apparence tout sépare : une femme médecin et un chauffeur d’ambassade, par exemple. » Bouleverser les conventions, dépasser les idées préconçues et casser certains schémas.

L’approche personnalisée : voilà, en substance, les promesses des agences matrimoniales 2.0. C’est d’autant plus important que ces dernières années, les critères de choix des célibataires ont changé. « Beaucoup me parlent de conscience écologique et, par exemple, de leur volonté de vivre sans voiture. A Bruxelles, c’est fréquent et je dois en tenir compte ». 

La règle des 70/30

« Les hommes sont des chasseurs » rappellent toutefois Annemieke Dubois. « Pour eux, frapper à la porte d’une agence n’a rien d’une évidence. Cette différence de perception entraîne un grand déséquilibre parmi les clients des agences. Seuls 30% sont des hommes. Et ça, Annemieke Dubois le sait. De 2012 à 2017, elle a dirigé une agence installée avenue Louise à Bruxelles. Au bout de trois ans passés loin de son métier passion, elle a choisi de revoir sa copie.

Dans le fichier de Jade & Jules, vous ne trouverez pas une seule femme. Les célibataires susceptibles de convenir à ses clients, elle les recrute en puisant dans son propre réseau ou dans la base de données des autres agences. Un système plutôt malin qui contrebalance ce fameux déséquilibre hommes/femmes, source de nombreuses frustrations. 

L’amour plutôt que la famille

Une question subsiste toutefois : les hommes et les femmes cherchent-ils la même chose ? « Oui et non, précise Marie de Duve. « Beaucoup de femmes entre 25 et 45 ans m’expliquent ne pas vouloir d’enfant. Un choix qui s’explique par la difficulté de combiner carrière et vie de famille. Les hommes, eux, continuent à parler bébés. Je remarque aussi que les hommes divorcés de plus de 45 ans n’ont pas forcément envie d’une vie de couple stable. Une copine pour sortir quelques fois par semaine ou partir en week-end leur suffit. Ce n’est pas le cas des femmes du même âge qui, elles, espèrent encore rencontrer le grand amour. » Annemieke Dubois insiste aussi sur le nouveau statut de la femme. « Celles qui ont réussi fantasment sur un homme brillant, mais aussi protecteur. Le problème : elles ont souvent créé une telle carapace qu’elles manquent de douceur, une caractéristique qui a tendance à effrayer les hommes dont elles pourraient tomber amoureuses. »

Du temps au temps

Sur Tinder, il suffit d’un geste pour sélectionner ou éjecter un célibataire du sexe opposé. Dans les agences, les candidats à l’amour sont invités à prendre le temps. « Je les préviens d’emblée », précise Marie de Duve qu’il faudra peut-être attendre un an ou deux avant de croiser la bonne personne. La plupart des célibataires semblent prêts à ralentir le tempo, mais, étrangement, les hommes sont plus impatients que les femmes ». Et si, de l’avis des deux marieuses, la crise du Covid a contribué à réhabiliter le concept de slow-dating, il reste du chemin à faire.

« Après un divorce, beaucoup de célibataires multiplient les rencontres. Puis, très vite, le quotidien les rattrape. Nous aimerions tous pouvoir laisser le hasard nous guider vers la bonne personne. Mais lorsqu’on doit tenir compte de notre réalité professionnelle, des enfants nés de notre précédente relation, mais aussi de nos peurs, ça se complique », précise Annemieke Dubois. « A l’ère Tinder, la faculté de choisir plutôt que de multiplier les rencontres à l’infini est la chose la plus difficile à réapprendre. »

 

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