Immersion dans l’atelier secret d’une des plus célèbres maisons de joaillerie - Avec ses pierres d’un poids total de 107 carats, le collier « Supernature » est une pièce centrale du défilé haute joaillerie 2024. - Marie Honnay.

Immersion dans l’atelier secret d’une des plus célèbres maisons de joaillerie

Beyoncé (fan de la première heure), mais aussi Carla Bruni, Gigi Hadid ou encore Kendall Jenner aiment se couvrir de diamants Messika. Pour comprendre comment sont façonnés les plus beaux bijoux de la maison française, nous nous sommes invités dans son atelier parisien. Une visite classée « Secret Défense ».
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Bastien Tex - Messika

L’atelier qui nous accueille se situe dans un bâtiment au décor sobre et chic, que la maison de joaillerie a investi deux mois plus tôt. Il nous est interdit de dévoiler sa localisation exacte. Nous dirons donc « au cœur de Paris ». Si le quartier dans lequel se situe le QG de Messika est top secret, l’atelier l’est encore davantage. Nous sommes d’ailleurs l’un des premiers magazines à pénétrer dans ce lieu sous haute surveillance. Pour entrer, il faut montrer patte blanche, passer un sas, puis deux.

Thomas, le chef d’orchestre de ce lieu magique, nous confie qu’il n’a, lui-même, pas le droit d’ouvrir une fenêtre sans l’autorisation préalable des équipes de sécurité. Car, ici, on manipule du lourd, du très lourd. À l’image du collier « Supernature », présenté en septembre dernier à l’occasion du défilé haute joaillerie 2024 : un feu d’artifice de 125 créations inédites, dont la moitié a été réalisée au sein de l’atelier. Thomas nous dévoile ce chef-d’œuvre ultra-sobre, composé de plusieurs ovales en or brossé renfermant environ huit pierres de 107 carats au total. « Cette pièce a nécessité une centaine d’heures de travail de joaillerie, 35 de sertissage et une quarantaine de polissages », nous explique-t-il. « Sa complexité d’exécution s’explique notamment par le choix d’un métal brossé qui a compliqué la phase de sertissage, mais qui contribue à rendre la pièce très singulière. »

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Traduction non littérale

Thomas nous montre ensuite le tableau d’inspiration qui a servi de point de départ à cette création. « Notre rôle, c’est traduire les idées de Valérie Messika et les transformer en bijoux fidèles au design original, mais aussi résistants et confortables. » À en croire la fondatrice de la marque, la proximité de l’atelier lui offre une grande capacité d’action. « Les échanges se passent principalement à travers l’équipe de quatre designeuses. En lien direct avec Didier, mon directeur artistique, et moi, elles dialoguent quotidiennement avec l’atelier. Dans quelques rares cas, j’échange directement avec les artisans. En période de show par exemple, quand nos idées les plus créatives exigent une grande réactivité de ma part », précise-t-elle. « Je me souviens d’un moment très particulier passé à l’atelier. J’étais venue pour ce qui devait être un simple assemblage de pierres taillées en forme de poire. Une fois assise aux côtés des artisans, je me suis mise à manipuler les pierres, à les disposer de manière aléatoire, un peu comme un jeu. Je les faisais glisser doucement sur l’établi. Petit à petit, une idée a émergé : celle d’un modèle inattendu qui reflète parfaitement l’identité Messika. Fruit d’un moment de spontanéité, il casse les codes par son design moderne et son très haut niveau de technicité. »

Joyeuse équipe

Pour combler les désirs de Valérie Messika, le directeur technique de l’atelier peut compter sur une équipe composée de 18 artisans d’âges, de profils et de niveaux d’expérience différents, dont huit joailliers, trois sertisseurs et quatre polisseuses. Parmi eux, il y a Guillaume : 38 ans seulement et déjà 21 de métier. Fils de joaillier, il est tombé, d’abord à contrecœur, dans un bain d’or, avant de se passionner pour la fabrication de bijoux.

Aujourd’hui, c’est lui qui fait le lien entre l’atelier et les équipes de développement. Son travail : anticiper les problèmes ou corriger un détail de conception qui va à l’encontre du confort ou de la qualité d’une pièce. Thomas nous montre la version en or jaune du collier Midnight Sun, une création délicieusement eighties, dont la version originale, entièrement pavée, s’ouvrait par un mouvement de torsion sur le bijou. Dans un second temps, ce système jugé trop compliqué et fragile, a été remplacé par un fermoir plus classique. « Le travail de recherche de Guillaume et la complémentarité de notre petite équipe nous permettent de nous remettre en question en permanence et de proposer, pourquoi pas, une troisième version qui combinera les deux approches », poursuit-il.

La main et la machine

Thomas et son équipe façonnent certaines pièces du défilé un an avant le jour J, mais il leur arrive aussi d’en répéter certaines, juste après une présentation ou un tapis rouge. « Si une cliente achète une création de haute joaillerie, sa version sera légèrement ou sensiblement différente de l’originale : soit parce que la pierre, forcément unique, requiert une modification au niveau du design ou parce que la femme qui en fait l’acquisition souhaite une pierre d’une autre couleur ou un collier plus court, par exemple. »

Xavier est arrivé chez Messika au moment du lancement du département haute joaillerie. Le jour de notre visite, il travaille justement sur le collier Lunar Diva (collection haute joaillerie Midnight Sun 2024) et plus précisément sur une partie du col : une pièce ajourée d’une grande finesse dont l’exécution mixe habilement nouvelles techniques d’impression 3D et gestes manuels. « Le moment le plus magique, c’est quand le dessin arrive et qu’on commence à réfléchir à la manière dont on va lui donner vie. Il m’arrive parfois de caler sur une étape et de n’y revenir que le jour suivant, quand j’ai trouvé la solution. Tout ça me procure beaucoup d’émotions », avoue-t-il. « On peut avoir l’impression que notre travail exige une grande patience, mais vu de l’intérieur, c’est différent : les étapes se succèdent à un tel rythme qu’on ne s’ennuie jamais ».

Œil bionique

Un peu plus loin, Patrick, un sertisseur riche d’une expérience de 40 ans, travaille sur plusieurs bijoux dont une bague coussin qui lui prendra au total – sans compter la pierre centrale – deux jours entiers, rien que pour le pavage. À côté de lui, Salomé, une jeune apprentie sertisseuse planquée derrière son microscope Leica, répare une bague Move Link multipavée. Précision, expérience, délicatesse… autant de qualités nécessaires à la fabrication et à la remise à neuf de ces objets de désir qui, parfois, sont mis à rude épreuve. « Après un shooting ou une apparition sur un tapis rouge, certains bijoux nécessitent un petit lifting », raconte Thomas.

Pas une miette de perdue

En fin de visite, alors que nous avons déjà des étoiles plein les yeux, Thomas nous montre un évier. « Nous en avons installé trois identiques dans l’atelier », précise-t-il, convaincu de l’étonnement que ce dernier clin d’œil va susciter. « Depuis notre arrivée dans ce nouveau lieu de développement et de fabrication, nous avons décidé de pousser un cran plus loin notre démarche RSE en multipliant les initiatives zéro déchet. Chaque artisan qui se lave les mains laisse dans l’eau des microparticules d’or que nous récupérons. Il en va de même pour le système qui équipe nos machines à laver. Il nous permet de recycler la poudre d’or qui colle aux tabliers », conclut-il.

Avant de partir, on ne résiste pas à l’envie de s’arrêter un instant devant un simple chariot placé à l’entrée de l’atelier. En apparence, rien de particulier, juste de petites boîtes étiquetées aux noms des artisans : Oriane, Xavier, Patrick… Comme le rappelle Palina, la jeune sertisseuse de l’équipe, « chaque étape de la fabrication, même la plus imperceptible, contribue à créer une pièce d’exception. Il nous arrive de travailler en dernière minute sur un bijou très compliqué, puis de découvrir, au cou d’une star, le collier qu’on a poli de A à Z la veille. Et ça, c’est euphorisant ». En quittant le QG de Messika, une phrase de Hegel calligraphiée sur le mur attire notre attention, tant elle confirme ce que nous avons cru percevoir lors de cette visite : « Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion ». Tout est dit !

Retrouvez les coulisses de l’atelier secret Messika en vidéo sur notre compte Instagram en cliquant ici.

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