Ils lisent Mona Chollet mais ne font pas la vaisselle : qui sont les performative males ? - Camille Vernin

Ils lisent Mona Chollet mais ne font pas la vaisselle : qui sont les performative males ?

Sur Insta, ils ont tout du parfait allié féministe. Mais dès qu’on gratte le vernis, ce sont souvent les mêmes vieux réflexes patriarcaux qui mènent la danse. Bienvenue dans l’ère du « performative male », cette nouvelle figure entre tendance, militantisme et imposture.
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Photo News/Daniele Cifal/NurPhoto/Shutterstock

On les repère de loin. Dans les coffee-shops branchés, écouteurs filaires vissés aux oreilles, coiffure middle part façon Leonardo DiCaprio et tote bag griffé Balenciaga à l’épaule. Le détail qui tue ? Le pin’s pro-IVG accroché au t-shirt sans manches. Ils commandent leur matcha latte sans lever un sourcil et laissent dépasser un Mona Chollet flambant neuf. Bienvenue dans le monde des performative males : ces mecs qui semblent avoir suivi un tuto « déconstruction pour les nuls » sur TikTok et qui se posent en alliés féministes. Du moins, en apparence.

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De faux alliés ?

« Ce sont des hommes hétéros cisgenres qui adoptent un style déconstruit et suivent les tendances féministes », résume avec un sourire en coin Lucie Barridez, présidente de la Commission Jeune du Conseil des Femmes francophones de Belgique. Sur le papier, rien de choquant. Voir un homme troquer son costard contre un vernis à paillettes façon Harry Styles pourrait même presque ressembler à une petite révolution culturelle. Le hic, c’est que derrière cette belle façade, c’est toujours le même vieux patriarcat qui tient les rênes.

« Beaucoup n’ont que l’apparence des codes féministes, sans jamais avoir bossé sur eux-mêmes », souligne Lucie. En clair, ils n’ont rien changé à leur manière de se comporter avec les femmes, juste repeint ça aux couleurs du féminisme. Résultat : le type peut vous parler pendant des heures de polyamour en se donnant des airs éclairés, puis filer le lendemain sans jamais avoir touché une éponge.

Instagram, entre humour et désillusions

Et c’est précisément là que le bât blesse. Ces faux alliés, en brouillant les pistes, finissent parfois par être aussi toxiques que ces bons vieux lourdauds qui assument ne « rien comprendre au féminisme ». « Le problème, insiste Lucie, ce n’est pas le vernis à ongles, c’est l’utiliser comme passeport pour séduire des femmes engagées, en jouant sur leur confiance ». Internet, bien sûr, s’en amuse. Aux États-Unis, des concours du « meilleur performative male » circulent déjà en mode parodie.

De l’innocent au stratège

Tous ne sont pas des imposteurs calculateurs pour autant. Il y a les innocents, qui surfent naïvement sur une tendance comme on se met dans la peau d’une clean girl à manger du kale parce qu’on l’a vu dans une story. Puis il y a ceux qui lisent vraiment Chollet, Hooks et Despentes, qui écoutent des podcasts féministes, mais qui finissent par monopoliser la parole en manif. Enfin, il y a les vrais stratèges, ceux qui recyclent le vocabulaire militant pour mieux le retourner contre celles qu’ils prétendent défendre. Lucie raconte : « Certains brandissent par exemple le polyamour comme preuve de modernité, mais seulement pour multiplier les conquêtes sexuelles ».

Alors, faut-il se méfier de ces performative males comme de la peste ? « Je trouve plutôt positif que certains hommes s’autorisent le maquillage ou les bijoux. C’est déjà une petite fissure dans la virilité classique », nuance Lucie. Et puis, maladroite ou pas, cette posture soulève malgré elle une vraie question identitaire : entre injonction viriliste et déconstruction, c’est quoi, aujourd’hui, être un homme ?

Comment être un (vrai) allié ?

« Un homme vraiment engagé, ce sera celui qui interroge ses comportements, qui arrête de reproduire les logiques de domination », insiste Lucie. Autrement dit : faire la vaisselle sans réclamer une standing ovation, apprendre à ne pas couper la parole en réunion, voter pour des candidates féministes, rejoindre une asso. Bref, agir plutôt que poster une photo sur Insta avec le hashtag #ally.

La question finale a des airs de provocation : vaut-il mieux un performatif male incohérent, ou un mec totalement indifférent aux luttes féministes ? Lucie esquive : « Il faut se méfier des deux. Le faux allié est plus difficile à repérer, et c’est ce qui le rend dangereux. »

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