Devrions-nous tous arrêter le télétravail comme les employés d’Amazon ? - Le télétravail pourrait-il redevenir la norme ? - Camille Vernin

Devrions-nous tous arrêter le télétravail comme les employés d’Amazon ?

Les grosses entreprises de la tech et les sociétés de conseils reviennent toutes progressivement au présentiel. Et il n’est pas seulement question de productivité…
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Bientôt de retour au bureau ?

Le mois dernier, Amazon ordonnait à l’ensemble de son personnel de revenir au bureau cinq jours par semaine, créant un véritable coup de tonnerre. Le géant américain du commerce en ligne n’est pas le seul à avoir mis un grand coup de frein au travail à distance. En 2023, Google et Apple avaient déjà dit non au « full télétravail » et exigé trois à cinq jours de présentiel obligatoire. Avant cela, Elon Musk avait déjà pris les devants au sein de ses entreprises X, Tesla et Space X en interdisant totalement le télétravail sauf très bonne excuse.

Selon KPMG, quatre cinquième des patrons s’attendent à un retour au bureau cinq jours par semaine d’ici trois ans. Une réalité qui ne concerne pas tout le monde néanmoins. Les secteurs les plus concernés ? Les entreprises technologiques financières et de services professionnels. Une tendance qui ne plaît évidemment pas à tout le monde… Le cabinet de recherche Gartner a ainsi révélé qu’un tiers des cadres et un cinquième des autres employés quitteraient leur boulot s’ils devaient retourner sur place cinq jours semaine.

Sur le même sujet : près de la moitié des Belges s’ennuient au travail selon une étude

Une question de productivité, mais pas que

Accorder ou non des jours de télétravail répond à des motivations très différentes, selon les employeurs. Si l’explication la plus probable est que de nombreux patrons pensent que le présentiel permet d’améliorer les performances, elle n’est pas la seule. Pour certaines entreprises, provoquer une vague de départs volontaires est un bon moyen de réduire les effectifs sans subir les coûts de licenciements. En effet, pendant la pandémie, de nombreuses entreprises technologiques et sociétés de conseil ont embauché trop de travailleurs. Seul risque, les talents pourraient aussi rejoindre des entreprises concurrentes.

« Pour beaucoup d’autres, cela relève d’un problème d’ego et de pouvoir. Ils sont encore nombreux, surtout en France, à s’imaginer qu’il faut avoir des salariés sous les yeux pour qu’ils soient performants. Or, aucune donnée ne montre que c’est le cas. Le présentéisme n’a jamais été un gage de productivité », explique Emmanuel Abord de Chatillon, professeur de management à l’IAE de Grenoble et membre fondateur de l’Observatoire du télétravail à Alternatives Économiques.

De nombreux patrons cherchent également à renouer avec la créativité et la collaboration, beaucoup plus efficaces au bureau. Le travail hybride aurait progressivement érodé la culture d’entreprise. Les jeunes ne l’assimilent pas bien et les vieux de la vieille l’oublient. « Les avantages d’être tous ensemble au bureau sont importants. Nous constatons qu’il est plus aisé pour nos employés d’apprendre, de concevoir, de se former et de renforcer notre culture ; collaborer, échanger et inventer sont plus simples et plus efficaces », peut-on lire dans la note du dirigeant d’Amazon.

Quant au lien entre télétravail et productivité, il reste compliqué à mesurer car il dépend souvent du métier que l’on fait. Une étude réalisée au Royaume-Uni (Glenn Dutcher 2012) a ainsi démontré que le télétravail augmentait la productivité pour les métiers plus créatifs, et la diminuait pour les métiers aux tâches urgentes et complexes.

Réinventer le travail

La question que l’on peut finalement se poser est : pourquoi tant de salariés ont trouvé leur bonheur dans le télétravail ? Et pourquoi rechigne-t-on à ce point à revenir au bureau ? Entre collègues surmenés, patrons intraitables et atmosphère pesante, beaucoup préfèrent travailler depuis chez eux plutôt que de s’imposer une ambiance délétère pour le moral. Finalement, il semble que l’organisation du travail la plus optimale soit celle qui privilégie un à deux jours de télétravail par semaine, et le présentiel pour favoriser le collectif pour le reste. Avant de réorganiser le télétravail, il s’agirait donc de revoir le travail tout court, son mode de fonctionnement, son caractère épanouissant ou non.

Reste à voir si la stratégie d’Amazon et de ses homologues paiera. Pour l’instant, une étude menée par l’université de Pittsburgh (Pennsylvanie) et publiée en janvier 2024 a montré que 99 % des entreprises qui ont rendu obligatoire le retour sur le lieu de travail ont enregistré une baisse de la satisfaction de leurs employés, sans aucun résultat probant sur le niveau de productivité.

Quid de la Belgique ?

En Belgique, de plus en plus de patrons cherchent à motiver les troupes à revenir davantage au bureau, mais une suppression claire et nette du télétravail est encore loin d’être envisagée. D’un point de vue purement juridique, il est possible pour un employeur de diminuer ou de supprimer le télétravail. En revanche, côté RH, il sera beaucoup plus compliqué de déloger de chez eux les télétravailleurs qui ont trouvé leur rythme. Une donnée à prendre en compte dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre dans certains métiers.

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