Est-ce le moment ou jamais de vendre ses bijoux en or ? - Faut-il vendre maintenant ? Et à qui faire confiance ? - Camille Vernin

Est-ce le moment ou jamais de vendre ses bijoux en or ?

Le cours de l’or atteint des sommets. Derrière cette flambée, un climat mondial sous tension et une ruée vers le métal jaune qui redessine les habitudes. Alexis Gosse, jeune gemmologue à la tête de l’Agence de l’Or, nous explique pourquoi les Belges affluent pour revendre leurs bijoux…
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Ysaline Gillart

À 26 ans à peine, Alexis Gosse n’a rien du vieux joaillier poussiéreux planqué derrière son comptoir de velours rouge. Costume ajusté, œil affûté, vocabulaire accessible, le jeune gemmologue et négociant en métaux précieux a choisi de dépoussiérer un secteur qu’il jugeait « vieillot », en ouvrant l’Agence de l’Or, un réseau de boutiques au look d’agence bancaire chic. La première a vu le jour à Woluwe-Saint-Pierre il y a deux mois, suivie par une seconde à Uccle. La troisième, en route, visera le Brabant wallon. Son objectif ? « Rendre l’or plus accessible, sans perdre en exigence. » Et ça tombe bien : le moment est peut-être venu de ressortir ses vieux bijoux de famille.

Découvrez en vidéo la leçon de style de la critique mode Sophie Fontanel :

Un marché à son pic historique

« L’or n’a jamais été aussi haut de l’histoire. » Alexis Gosse l’affirme sans détour. Depuis juillet 2023, le cours ne cesse de grimper. Point d’orgue : le 7 octobre 2023, jour des attaques du Hamas contre Israël. « L’or a pris 15 % dans la journée, et il ne s’est jamais arrêté depuis. » En toile de fond : une montée des tensions géopolitiques – Israël, Gaza, l’Iran, la Russie, la Chine – et une fièvre dorée qui saisit autant les États que les particuliers.

« La Chine et la France ont littéralement doublé leur réserve d’or », assure le jeune entrepreneur. L’idée ? Assurer la stabilité de leur monnaie, diversifier leurs actifs, et surtout, se construire une valeur refuge en cas de crise économique ou géopolitique… Résultat : la demande explose, l’offre suit, les prix s’envolent. Un lingot vaut désormais 90 000 euros le kilo, contre 9 000 au début des années 2000.

Bijoux, lingots, pièces : tout grimpe (ou presque)

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, tous les objets en or surfent sur la vague. Qu’il s’agisse de bijoux, de pièces ou de lingots, « le prix grimpe proportionnellement au poids et à la pureté ». Seule exception : les pièces de collection, autrefois valorisées bien au-delà de leur simple teneur en or. « Aujourd’hui, l’or est devenu tellement cher que les collectionneurs sont moins enclins à payer 30 ou 40 % au-dessus du cours pour l’histoire ou la rareté de l’objet, sauf pour des pièces vraiment exceptionnelles. »

Vendre ses bijoux ? Oui, mais pas à n’importe quel prix

Le timing est excellent, mais Alexis tempère : « Si vous hésitez, c’est que ce n’est pas le moment de vendre. » La majorité des clients qui poussent la porte de ses agences ont déjà tourné la page émotionnelle. « Quand quelqu’un arrive avec une bague de fiançailles ou une montre de famille, je lui demande toujours s’il est prêt à s’en séparer pour de bon. Sinon, il vaut mieux attendre. »

Le profil type du vendeur reste classique : « une femme entre 55 et 70 ans, souvent après le décès d’un membre de la famille. » Mais côté acheteurs, les codes ont changé. « Je vois de plus en plus de jeunes trentenaires qui n’ont plus confiance dans les banques. Certains veulent même stocker l’or chez eux, j’en ai un qui a creusé un trou au fond de son champ ! » L’or devient un placement alternatif, plus physique, plus secret, et paradoxalement… plus rassurant. « Le coffre revient en force. »

Comment éviter les pièges ?

Le monde de l’or reste un terrain miné. « Beaucoup travaillent à la tête du client. » Son conseil ? Multiplier les devis, peser ses bijoux chez soi avant de pousser la porte, et s’assurer que l’agence utilise une balance visible et expliquée. « Un professionnel doit savoir justifier son prix : poids, pureté, frais de fonte, marge. Tout doit être transparent. » Et attention aux slogans trop alléchants. « Si c’est trop beau pour être vrai, c’est que ce n’est pas vrai. »

Et acheter de l’or, bonne idée ?

« Plus que jamais. » Alexis Gosse est catégorique. Celles et ceux qui ont investi il y a dix ans ont fait des plus-values vertigineuses. Mais il refuse de jouer les voyants. « Il ne faut pas attendre toute sa vie le moment parfait, sinon on n’achète jamais. » Son conseil ? Acheter petit à petit, « 100 grammes par mois pour lisser les variations », et penser long terme. « On ne fait pas +40 % en six mois. C’est un investissement patient. »

Bref, si l’on devait résumer la philosophie d’Alexis Gosse, ce serait la suivante : moderniser un secteur opaque sans le dénaturer. « Je n’ai aucun mal à conseiller à mes clients d’aller voir ailleurs. Ils reviennent toujours (Rire). » À l’heure où l’incertitude financière fait vaciller les certitudes, l’or redevient un refuge. Mais pas un Eldorado instantané. On vend si l’on est sûr, on achète si l’on est patient, et surtout, on choisit bien à qui l’on confie ses bijoux.

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