
On ne vous apprendra rien en vous disant qu’on vit une époque résolument nostalgique. Le « C’était mieux avant » n’est plus tant une phrase de « boomer » ou de « réac’ » (son équivalent) qu’une forme de réalité que la GenZ, qui n’a pourtant pas connu ce « temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » – tente de toucher du bout du doigt… sur son téléphone. Les réseaux sociaux sont envahis de vagues nostalgiques sur lesquelles surfent les plus (et moins) jeunes, photos d’enfance exposées aussi fièrement qu’un trophée.
Il y a eu le « Moi il y a 10 ans », le « Me Then vs. Now »… Aujourd’hui, sur la photo rétro nous montrant petit et mignon – ou pas du tout, mais c’est assumé, de toute façon, « un enfant, c’est toujours mignon »… – on appose un filtre pour simuler une pochette d’album. Le « Parental Advisory » en option. « Il y a une forme de maîtrise rétrospective qui dit ‘Cet enfant, c’était moi, et aujourd’hui, c’est moi qui décide de ce que je montre de lui’. La mention « interdit aux moins de 18 ans » qui accompagne parfois ces photos est, elle, particulièrement intéressante. Elle crée une inversion ironique des catégories d’âge : habituellement, cette formule désigne un contenu destiné aux adultes, potentiellement sexuel ou inapproprié pour les mineurs. Ici, elle accompagne précisément l’image d’un enfant », analyse la docteure en sociologie Audrey Van Ouytsel.

Et c’est ce paradoxe humoristique, plus que la beauté du cliché passé, qui interpelle, d’emblée : « parce qu’il révèle aussi quelque chose de notre rapport contemporain aux catégories d’âge. On ne dit finalement plus seulement ‘Regardez cet enfant.’, mais ‘Regardez l’adulte que je suis à travers l’enfant que j’étais. La photographie devient alors une manière de raconter son identité ». Mais que racontez-vous de vous – pour peu que vous ayez succombé à cette tendance sur les réseaux – à travers cette photo jaunie, que veulent nous dire les Zendaya et autres Taylor Swift qu’on ne saurait déjà d’elles ?
Réinvestir l’enfance
C’est inconsciemment que ça se passe. Et l’explication du phénomène est bien trop vaste que pour être contenue dans un hashtag, explique la sociologue. (…)
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