
Combi noire intégrale, capuche aérodynamique et ouverture spécialement dessinée pour laisser sortir sa queue-de-cheval. Pour sa dernière course de 2026, hors de question de passer inaperçue pour Keely Hodgkinson. La Britannique a remporté le 800 mètres d’Athlos à Londres en 1’56’’40, avec plus de deux secondes d’avance. Et sa drôle de combinaison raconte quelque chose d’assez passionnant sur la nouvelle relation entre sport féminin, technologie et mode.
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Une combinaison pensée au millimètre
Quelque part entre la Catwoman et le catwalk, Nike et Hodgkinson ont développé ensemble cette pièce pour le moins inattendue en travaillant notamment sur l’aérodynamisme, la mobilité et le confort. Taillée couture grâce aux sciences du sport, la tenue promet aérodynamisme, confort et mobilité optimale. La preuve de cette approche sur-mesure ? Le détail réservé à la queue-de-cheval. Hodgkinson souhaitant conserver ses cheveux à l’air libre, le vêtement s’est plié à sa volonté, et non l’inverse.
« L’image n’est pas tout à fait inédite : difficile de ne pas revoir Cathy Freeman dans sa mythique combinaison Nike aux JO de Sydney en 2000. Mais vingt-six ans plus tard, le vêtement de performance franchit un cap et revendique haut et fort sa dimension esthétique. Pour Hodgkinson, la quête du chrono ne suffit plus : la tenue doit aussi être le reflet de son identité. »


Et si les sportives décidaient enfin de leur propre image ?
Derrière l’esthétique des tenues athlétiques féminines se cache une histoire de contraintes. Pendant un siècle, les athlètes ont dû adapter leur garde-robe aux règles morales de leur époque plutôt qu’à leurs besoins physiques. En 1919, Suzanne Lenglen scandalise Wimbledon en jouant sans corset, bras et chevilles nus. Le choix était pourtant très pragmatique : pouvoir bouger plus librement.
Un siècle plus tard, la question du contrôle n’a pas totalement disparu. À Roland-Garros en 2018, Serena Williams portait une combinaison noire compressive alors qu’elle revenait à la compétition après un accouchement marqué par de graves complications médicales. Elle expliquait notamment apprécier la compression pour favoriser sa circulation sanguine. Quelques mois plus tard, le président de la Fédération française de tennis annonçait un durcissement du dress code et citait précisément cette tenue parmi celles qui ne seraient plus acceptées.
Pour une athlète, le vêtement touche autant à la santé qu’aux règles imposées. Mais la donne a changé : les sportives ne subissent plus la mode, elles dessinent elles-mêmes leur image. Et la nuance est importante. La performance féminine a longtemps dû cohabiter avec tout un commentaire esthétique qu’elle n’avait pas nécessairement demandé. Résultat ? La génération actuelle commence à retourner l’outil.
Naomi Osaka et le vestiaire comme autobiographie
Naomi Osaka en est l’exemple le plus flagrant. À l’US Open 2026, elle a transformé ses entrées sur le court en moments mode, travaillant avec le styliste Law Roach et des maisons comme Thom Browne ou Who Decides War. Pour son premier match, elle est arrivée dans une spectaculaire silhouette à capuche inspirée d’Allen Iverson, avant de révéler dessous sa tenue Nike de compétition. Elle expliquait justement admirer la manière dont Iverson avait déplacé la conversation entre vêtements, personnalité et sport.

Coco Gauff a collaboré avec Miu Miu et New Balance. Aryna Sabalenka est devenue ambassadrice Gucci. Taylor Townsend fait travailler des créateurs sur des robes de tennis à sequins et à franges qui restent suffisamment fonctionnelles pour jouer au plus haut niveau. Le phénomène dépasse donc désormais le simple « joli look d’avant-match ».
Quand la piste devient podium
Athlos est presque le terrain idéal pour ça. Le meeting a précisément été pensé autour de l’athlétisme féminin avec une ambition claire : présenter les coureuses comme des stars, avec musique, scénographie, primes importantes et codes empruntés au spectacle. La combinaison de Hodgkinson fonctionne parfaitement dans cet environnement parce qu’elle refuse une vieille opposition devenue stérile : d’un côté le « vrai sport », sérieux et débarrassé de toute frivolité, de l’autre la mode, supposée détourner l’attention de l’essentiel. Chez elle, les deux sont littéralement cousus ensemble.


Ce qui est intéressant n’est donc pas qu’une championne olympique porte une tenue spectaculaire. Les sportives en portent depuis longtemps. C’est qu’en participant à sa conception, elle en contrôle surtout le récit de A à Z. La vraie rupture est là. Après des décennies à subir le regard des autres et les commentaires sur leurs tenues, les athlètes inversent le rapport de force. Des figures comme Hodgkinson ou Osaka envoient désormais un message limpide : puisque vous allez regarder, nous allons aussi décider de ce que vous verrez. Mais gardons l’ordre des choses : ce vendredi à Londres, la combinaison n’a pas gagné le 800 mètres. Keely Hodgkinson, si.
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