
Pendant des années, on a joué la carte de la discrétion. C’était l’époque du quiet luxury, ce luxe qui ne disait jamais son nom et préférait la coupe impeccable au logo trop voyant. Côté bijoux, on superposait des chaînes fines comme un cheveu et des puces qu’on oubliait d'avoir mises, quand on ne les perdait pas dans le lavabo. Le bijou devait se faire oublier. Cette année, changement de programme puisque, sur les podiums comme dans la rue, les pièces prennent du volume, de l’or et surtout de l’aplomb, au point de devenir le premier détail qu’on remarque dans une tenue.
L’effet Dion
Il fallait bien une diva pour le prouver. Le 12 septembre, après plus de six ans loin de la scène, Céline Dion retrouvait, pour le début d’une série de 16 concerts, son public à la Plenitude Arena de Nanterre. Quarante mille personnes étaient venues pour la voix, et pourtant, dès que le faisceau blanc l’a trouvée, une partie de la salle a regardé ailleurs ; vers celle d’un éclat doré filant le long de son oreille, n’ayant rien à voir avec une paire de pendants bien sages. Ses boucles, signées Balenciaga, Givenchy ou Phoebe Philo pour des montants allant de 750 à 1 900 euros selon Cosmopolitan, enveloppent l’oreille, en suivent la courbe et grimpent jusqu’au cartilage.
Sur scène, ce n’est pas une coquetterie. Dans une salle de cette taille, une puce discrète se noie dans la lumière des projecteurs, et les écrans géants qui filment le visage en gros plan ne pardonnent rien. Une pièce sculpturale, elle, attrape chaque faisceau et encadre les traits jusqu’au dernier rang. Les bijoux de scène obéissent depuis toujours à la règle de se faire voir, et c’est précisément celle que le maximalisme remet au goût du jour.
Gros volume, zéro aiguille
Bonne nouvelle, nul besoin de remplir une arena pour tenter l’expérience. L’earcuff est une petite manchette de métal qu’on glisse sur le haut de l’oreille et qui tient par simple pression. Pas d’aiguille, ni de rendez-vous chez le perceur, et on le retire aussi vite qu’on l’a mis. Longtemps chasse gardée des amateurs de piercings, il s’est installé dans les bijouteries grand public jusqu’à devenir l’une des pièces phares de l’année. Les modèles à double ou triple anneau ont la cote, parce qu’un seul suffit à recréer l’effet d’accumulation qu’on admirait sur scène. Les plus audacieux jouent même l’asymétrie, avec une grande créole d’un côté et un earcuff fin de l’autre, un déséquilibre qui fait tout le charme du look.
L’automne, en plus, tombe à pic : les cols roulés remontent, les écharpes s’enroulent jusqu’au menton et le cou disparaît sous la laine. Il ne reste que l’oreille, dernier bout de peau à laisser voir, qui deveint ainsi le meilleur endroit pour glisser un peu d’or entre deux couches de laine.
De l’or plein les oreilles (et à tous les prix)
Reste à trouver le sien, et il y en a pour tous les portefeuilles :
- Zara propose un earcuff triple anneau serti de brillants à 15,95 euros. Il remonte le long de l’oreille et accroche la lumière pour à peu près le prix d’un verre en terrasse.
- & Other Stories joue davantage la carte de la sculpture, avec un serpent doré aux yeux de strass qui s’enroule autour du cartilage.
- Maria Black, créatrice danoise, a fait de l’earcuff sa signature. Ses pièces se vendent à l’unité, justement pour dépareiller les deux oreilles, et les premiers modèles démarrent sous la barre des 100 euros.
- Wouters & Hendrix, maison anversoise fondée en 1984 et installée aussi à Bruxelles, façonne ses earcuffs à la main dans son atelier d’Anvers. Ses modèles sont aux formes volontiers maximalistes et asymétriques, et comptez environ 350 euros.
- Charlotte Chesnais a passé neuf ans chez Balenciaga aux côtés de Nicolas Ghesquière, où elle a participé au lancement de la ligne de bijoux, avant de créer sa marque en 2015. Ses earcuffs sculpturaux, qui suivent les lignes du visage, se situent entre 350 et 600 euros environ.
Quant aux puces minuscules, elles peuvent rester sagement au fond de la boîte à bijoux. Elles ressortiront le jour où la mode aura de nouveau envie de faire ses messes basses.
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