
Habemus papam ! Hier, la fumée blanche tant attendue s’est échappée de la chapelle Sixtine, au Vatican. Les catholiques ont un nouveau pape : l’américain Robert Francis Prevost, qui a choisi le nom de Léon XIV. L’élu du conclave s’est présenté au balcon de la basilique Saint-Pierre devant les applaudissements de la foule. Vêtu d’une soutane blanche immaculée, surplombée d’une mozette rouge cramoisi et d’une étole brodée d’or. Un look qui fait référence à une tradition millénaire et qui tranche avec le choix vestimentaire du défunt pape François, qui avait lui choisi une première apparition toute en sobriété, entièrement habillé de blanc lors de son élection en 2013. Si François avait renoncé à la mosette rouge , symbole d’autorité pontificale, afin de marquer sa simplicité et sa proximité avec les plus démunis, Leon XIV, lui renoue avec cette tradition plus pompeuse, et cela semble en dire long sur son pontificat. Alors que le monde entier a les yeux rivés sur le souverain et chacun de ses gestes, les commentaires des observateurs avisés nous apprennent que ces choix vestimentaire ne sont pas seulement esthétiques, mais qu’ils nous en apprennent sur les convictions et les orientations du futur pape. Au delà de ces considérations, il n’ y a pas que les vêtements liturgiques. petit décryptage du style sous la soutane.
Deux tailleurs de taille
Derrière chaque étole et chaque soutane impeccable, il y a évidemment un artisan. Mais qui habille le pape ? Il y a un nom qui s’impose le premier : celui de Gammarelli. Depuis 1798, la boutique nichée dans une ruelle proche du Panthéon à Rome habille cardinaux, évêques … et papes. Avec leurs soutanes sur-mesure cousues main, Gammarelli est à la papauté ce que Chanel est à la haute couture : un emblème de style éternel. Vous le savez peut-être, avant chaque conclave les tailleurs pontificaux doivent préparer la soutane qui sera enfilée le jour de l’élection, pour un homme dont ils ne connaissent ni l’identité, ni les mensurations. Ainsi, trois versions de la tenue blanche sont cousues, une courte, une moyenne, et une grande. Un véritable « prêt-à-pontife » qui attend sagement son destin dans la salle des larmes, la pièce du Vatican où le pape élu vient s’habiller dès lors que son nom est prononcé.
Or, cette année, le Vatican n’a rien commandé à Gammarelli, qui a tout de même proposé ses services. Le Vatican aurait une solution simple, économique, et écologique : utiliser les soutanes inemployées des conclaves précédents. Grand rival de Gammarelli, le tailleur Mancelli a sauté sur l’occasion en préparant trois soutanes, et les a envoyées au Vatican, au cas où. Une stratégie opportuniste mais qui a payé, puisque c’est bien sa boutique qui a conçu la tenue qu’a finalement porté Léon XIV sur la loggia place Saint-Pierre.
De la tiare aux chaussures rouges, un vestiaire codifié
La figure du pape se distingue par son influence spirituelle, mais aussi par une attention très particulière au vêtement, chargé de symbolique historique. Il y a des éléments qui marquent l’imaginaire collectif, comme la tiare papale. Cette triple couronne immense qui saute aux yeux quand on pense au pape, et qui représente son pouvoir temporel et spirituel. Si Rihanna l’a très bien portée au Met Gala de 2018, la tiare n’est plus portée depuis les années 60, abandonnée par Paul VI qui la jugeait trop monarchique.

Les couleurs, elles aussi, sont codifiées et riches de sens dans le vestiaire papale. Traditionnellement, les papes ont par exemple porté des chaussures rouges. Dans la foi catholique, la couleur rouge symbolise la Passion du Christ et le sang des martyrs, dont le pape est l’héritier spirituel. Une tradition suivie par tous les papes depuis l’empire romain, jusqu’au pape François, qui a préféré opter pour des chaussures noires, dans lesquelles sa dépouille a été exposée à sa mort. Un choix que les observateurs ont associé avec son désir de s’éloigner du faste et des apparats.
Le pape s’habille en Prada ?
Il y en a un qui les aimait bien, ses chaussures rouges : le pape Benoît XVI, surnommé la fashionista. En 2007, le magazine Esquire avait affirmé que les mocassins rouges de Benoît XVI étaient signés de la maison Prada. Emballement général dans l’espace médiatique. L’organe officiel du Vatican, L’Osservatore Romano, avait dû démentir en rétorquant « Le pape n’est pas habillé par Prada, mais par le Christ ». Le « Christ » en question : un cordonnier italien du nom de Adriano Stefanelli.
Les Ray-Ban de Jean Paul II
Benoît XVI n’était pas le seul pape à prendre soin de son style. Durant son règne dans les années 80 et 90, Jean Paul II s’est fait connaître pour ses épaisses lunettes de soleil noires lors de ses sorties. Rappelant les célèbres Wayfarer de Ray-Ban, la star du Vatican les a portés religieusement, se conférant une aura plus cool, qui a plu à la jeunesse catholique. Ses lunettes ont même fini par se retrouver exposées dans un musée, relique contemporaine qui prouve que le Saint-Père a du flair.
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