
Le premier sourire. La première bougie. La première grimace en mangeant un kiwi. Sur les réseaux, l’enfant devient sujet de contenu comme un autre. Avec, parfois, une petite précaution : un cœur sur le visage, un cadrage de dos, ou carrément un filtre chien rigolo. À croire qu’il suffit de cacher une frimousse pour être un parent numérique responsable. C’est un peu plus compliqué que ça malheureusement.
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Le sharenting
Comme la plupart des tendances actuelles, ce phénomène possède son non en -ing. Ici, en l’occurrence : sharenting, soit le fait pour un adulte de partager des données personnelles sur un enfant qui n’a rien demandé. D’ailleurs, cette identité numérique va bien au-delà de la simple photo. Elle se rapporte au nom, à la date de naissance, à l’école, aux habitudes,jusqu’aux troubles du sommeil ou préférences alimentaires. Autant de détails de vie que d’autres - humains ou algorithmes - pourront assembler un jour. Ou pourquoi pas aujourd’hui.
Un émoji ne suffit pas
Le problème n’est pas tant la photo, mais l’accumulation. Une image isolée, avec un visage dissimulé, n’a l’air de rien. Mais les métadonnées (lieu, date, heure, etc.), les habitudes, les objets en arrière-plan, les détails du quotidien (vêtements d’une école, devanture d’un logement, photos d’anniversaire...) construisent un portrait numérique bien plus dense qu’on ne l’imagine.
Même avec un visage masqué donc, vous partagez une quantité massive d’informations identifiables. Un amoncellement de petits détails qui, mis bout à bout, construisent l’identité numérique de votre enfant, lequel sera peut-être un jour utilisé, détourné ou revendu.
Du contenu pour les autres, pas pour eux
L’autre enjeu : le consentement de l’enfant. Si celui-ci sert aujourd’hui d’alibi émotionnel pour récolter des likes, que dira-t-il dans 15 ans, lorsqu’il découvrira sa vie affichée sur la toile ? Oui, les enfants ont eux aussi un droit à la vie privée, et il ne commence pas à leur majorité.
Un droit que les plateformes contournent évidemment volontiers. Car chaque image partagée alimente des bases de données utilisées, entre autres, pour entraîner l’IA, par exemple à reconstituer un visage à partir de fragments, ou à créer des fausses images à visée pornographique. Oui, même chez les enfants.
Que faire dès lors ?
Publier un enfant avec un emoji sur le visage, c’est mieux que rien. Mais c’est loin d’être suffisant. Non seulement cela ne protège pas les données de localisation, les objets identifiables ou les schémas de routine… mais cela reste, fondamentalement, une exposition non consentie. En tant que parent, on veut évidemment partager notre fierté, et documenter le parcours de vie de nos enfants, mais il faut être conscient que cela risque d’avoir un coût à long terme pour eux.
Pas question de bannir toute photo pour autant, juste de repenser la manière de les partager. Groupes privés, messageries cryptées, albums imprimés, cartes postales (pour un petit moment nostalgie)… Et surtout : se poser la question. Pourquoi cette photo ? Pour qui ? Pour quoi faire ?
Une règle simple, proposée par plusieurs experts, peut servir de boussole : si vous ne donneriez pas une version imprimée de cette image à un inconnu dans la rue, ne la postez pas.
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