« Slop » : ce nouveau contenu qui sature nos écrans et anesthésie nos cerveaux - Le slop ou l’art de noyer Internet sous des montagnes de rien. - Camille Vernin

« Slop » : ce nouveau contenu qui sature nos écrans et anesthésie nos cerveaux

On croyait avoir touché le fond avec le spam. Mais une nouvelle vague, plus insidieuse et plus toxique, déferle aujourd’hui sur Internet et les réseaux sociaux : le slop.
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On connaissait déjà les spams, ces fameux messages publicitaires automatiques qui viennent parasiter nos boîtes mail. Voici désormais le slop, contraction de « sloppy content » (« contenu bâclé » en français), généré à la chaîne, souvent par intelligence artificielle, et diffusé massivement sur les réseaux et le web. Moins envahissant mais plus insidieux, ce nouveau venu soulève des questions bien plus profondes qu’il n’y paraît.

Encore plus de contenu « quotidien » avec en vidéo cinq erreurs courantes qui vous discréditent au bureau :

Le slop, c’est quoi au juste ?

C’est une masse informe de contenus rédigés à la va-vite, souvent dénués d’originalité, d’intérêt ou de vérification, qui inonde aujourd’hui Internet. Des posts TikTok sur des hacks beauté douteux aux faux articles générés par IA sur des sites d’actualité obscurs, le slop se glisse partout. Sa mission ? Générer du trafic, capter de l’audience, engranger des clics, et souvent, faire de l’argent.

On le retrouve aussi dans des vidéos YouTube créées automatiquement à partir d’images libres de droit et de voix synthétiques, dans des commentaires d’articles postés en boucle sur Reddit ou dans des guides d’achat truffés de liens affiliés… Tout est fait pour ressembler à du contenu crédible, sans jamais en avoir la qualité.

Pourquoi ça pullule ?

Parce que c’est facile. Et rentable. Depuis l’émergence des IA génératives comme ChatGPT, Midjourney ou Synthesia, produire du contenu est devenu un jeu d’enfant. Il suffit de quelques prompts et d’un peu d’astuce SEO pour générer des centaines de textes ou de visuels à la chaîne. Le tout est ensuite diffusé automatiquement via des bots ou des fermes de contenus pour drainer du trafic vers des sites commerciaux, influencer des algorithmes de recommandation, voire carrément manipuler l’opinion.

Le slop répond à une logique : la quantité l’emporte sur la qualité. Plus vous inondez la toile, plus vous augmentez vos chances de toucher quelqu’un. Même si ce quelqu’un ne reste que quelques secondes sur votre page. À l’échelle, ça suffit pour générer du revenu publicitaire ou booster artificiellement un produit, une opinion ou une personnalité.

Un symptôme de l’économie de l’attention

Derrière ce phénomène, c’est toute une économie fondée sur l’attention humaine qui vacille. Comme l’expliquait récemment le chercheur et écrivain Max Read, le web est en train de devenir une sorte de décharge numérique, saturée de contenus faux, flous, indésirables ou absurdes.

Le problème ? Il devient de plus en plus difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie. Et ce n’est pas un hasard. Le slop brouille volontairement les pistes. Il exploite les failles des algorithmes pour simuler de l’engagement, usurper la légitimité d’un média ou imposer une narration. Résultat : on se met à douter de tout, on sature plus rapidement, et pire, on devient plus vulnérable aux fake news ou à la désinformation.

Jusqu’où ira-t-il ?

Certains géants du web commencent à peine à réagir. Google, par exemple, a récemment annoncé des mesures pour déclasser les contenus générés automatiquement et renforcer les sources fiables. Mais la bataille est loin d’être gagnée pour autant. Car contrairement au spam, identifié en quelques secondes grâce à un filtre, le slop est caméléon. Il évolue sans cesse, apprend à contourner les règles, et s’imbrique de façon quasi organique dans nos flux. La question que l’on se pose dès lors est : comment préserver notre capacité de discernement face à cette avalanche de contenus low cost ?

Que faire ?

Puisque l’on peut difficilement compter sur la proactivité des plateformes, le réflexe critique des internautes est plus que jamais vital. Comment ? En vérifiant les sources, en croisant les infos, en préférant les médias reconnus (ou indépendants sérieux), ou encore en refusant de partager un post juste parce qu’il « buzz ». Un combat de fourmi certes, mais une forme de résistance aussi. Car le slop n’impacte pas seulement notre confort de navigation, mais la qualité même de l’info, et par extension notre rapport au savoir et à la véracité des faits.

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