Le Beta 21, histoire d’un rendez-vous manqué - Christophe Dosogne

Le Beta 21, histoire d’un rendez-vous manqué

Avec l’arrivée de la première montre à quartz, la Seiko Astron, l’année 1969 a marqué un tournant dans l’histoire de l’horlogerie moderne. Si la Suisse n’est pas restée sans réagir, élaborant en quelques mois le prodigieux mouvement Beta 21, elle a pourtant manqué son rendez-vous avec l’Histoire.
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Déjà, dès la fin des années 1950, l’émergence des mouvements électromécaniques, élaborés par les Français LIP et les Américains Hamilton et Bulova, avait fortement dérangé l’industrie horlogère suisse, qui y voyait une concurrence de nature à malmener son hégémonie. Aussi, malgré son sérieux retard en matière de recherche et développement de nouveaux mouvements, l’industrie helvète avait-elle décidé d’organiser la riposte, en unissant les efforts d’une vingtaine de ses membres afin de combler son retard.

De cette union stratégique était ainsi née, en 1962, le Centre Electronique Horloger (CEH). Basé à Neuchâtel, il réunissait et était financé par 21 marques suisses, dont Rolex, Omega, Patek Philippe, Zenith, Longines, IWC, LeCoultre, Zodiac, Ebel, Enicar ou Rado, auxquelles s’ajoutaient différentes associations de fournisseurs, ainsi que la Fédération Horlogère Suisse. Leur but commun étant de faire face ensemble à la montée de ces nouveaux mouvements électroniques en assurant la transition entre l’horlogerie mécanique traditionnelle suisse et l’horlogerie électronique.

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L’air du temps

Au départ, le CEH s’est donc concentré sur les mouvements électromécaniques. Il s’est même lancé dans deux projets parallèles, puisant leur dénomination dans les premières lettres de l’alphabet grec : l’Alpha, utilisant un résonateur en forme de 8, et le Beta, basé sur un diapason. Si aucun de ces deux projets n’est alors passé en production, ils vont servir de base à la suite. A partir de 1965, le CEH prend ainsi une autre direction en se focalisant, pour coller à l’air du temps, sur les mouvements à quartz. En s’appuyant notamment sur le projet Beta, il élabore, dès 1967, le premier prototype de mouvement suisse à quartz, baptisé Beta 1. Intégré dans une montre-bracelet, celui-ci participe, en 1968, au célèbre Concours de l’Observatoire de Genève, y remportant la première place devant les prototypes japonais de Seiko.

Las, trop gourmand en énergie électrique, malgré sa grande précision, ce mouvement est rapidement remplacé par une version sensiblement améliorée, baptisée Beta 2. Fonctionnant avec une batterie d’une durée de plus d’un an, en réduisant la fréquence du quartz, le mouvement induit à la trotteuse y est également beaucoup plus fluide. Las, l’apparition, en décembre de l’année suivante, de la Seiko Astron, oblige l’industrie horlogère suisse à réagir afin de concurrencer l’excellence désormais criante du quartz japonais. Accélérant sa réponse, le CEH met donc rapidement au point un nouveau mouvement.

Le Beta 21, histoire d’un rendez-vous manqué - DR - Christophe Dosogne
Jaeger-LeCoultre Master Quartz Beta 21 - DR

Un rendez-vous manqué

Apparu en avril 1970, ce Beta 21 consiste en une évolution, destinée à passer à la production, du Beta 2, devenant ainsi le premier mouvement à quartz suisse. Composé de deux circuits intégrés, l’un commandant l’oscillation du quartz, l’autre en réduisant la fréquence, il constitue alors une véritable prouesse qui réunit cent-dix composants électroniques dans une plaque épaisse de moins de deux millimètres. D’une précision redoutable, il n’est toutefois pas exempt de défauts, à commencer par son instabilité, sa fragilité et sa forte consommation en énergie, qui handicape son autonomie.

En outre, et surtout, le Beta 21 arrive trop tard : huit mois après l’annonce de l’Ultra-Quartz par Longines et quatre mois après la mise sur le marché de l’Astron de Seiko, qui dévoile ainsi la première montre à quartz au monde, coiffant les Suisses au poteau ! Un coup de maître de la part de la firme japonaise et une véritable révolution horlogère aux yeux du grand public. La montre à quartz est alors infiniment plus précise qu’une montre mécanique, et en cela elle représente l’avenir de l’horlogerie, même si elle coûte encore très cher.

Le Beta 21, histoire d’un rendez-vous manqué - DR - Christophe Dosogne
Piaget - DR

Avec son Astron, Seiko s’impose comme le pionnier et le leader de la technologie quartz. Côté suisse, environ six mille mouvements Beta 21 seront produits, notamment sur des modèles tels que l’IWC Da Vinci, la Piaget 14101, la Patek Philippe réf. 3603, la Jaeger-LeCoultre Master-Quartz, ou encore l’Omega Electroquartz. Rapidement toutefois, les maisons horlogères décident de mettre fin à l’aventure du CEH, signant également l’arrêt du Beta 21 et son échec industriel.

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