
À Malte, il arrive qu’aucune goutte de pluie ne tombe pendant plusieurs mois. Sur ce petit bout de terre voisin de la Sicile et de la Calabre, les murs en pierres sèches, les figuiers de barbarie et les terres chauffées par le soleil brulant ne sont pas sans rappeler les paysages du sud de l’Italie. Dans la ville fortifiée de Mdina, on vit à l’heure méditerranéenne. Comprenez : très lentement. Tout particulièrement quand le soleil tape sur les palais en pierre calcaire joliment préservés. On vous conseille de vous y promener après le départ des touristes.
Vers 19 h, juste avant l’apéro, les rues se vident, la chaleur tombe d’un coup et l’ancienne capitale retrouve son aura de « ville du silence ». Ce surnom, qui la classe dans la catégorie des destinations prisées des voyageurs en quête d’escapades intimistes, la ville l’a acquis au milieu du XVIe siècle, à l’arrivée sur l’île des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean. À l’époque, les habitants ont préféré aller chercher du travail du côté de La Valette, l’actuelle capitale. Depuis Mdina, vous pouvez d’ailleurs rejoindre celle-ci en une vingtaine de minutes en voiture.
Sur l’île, on roule à gauche (un souvenir du passage des Anglais) et certaines rues sont peu praticables. On vous conseille donc de vous déplacer en taxi. Plus animée que Mdina, la ville bâtie par les fameux Chevaliers pour célébrer leur victoire sur les Ottomans renferme quelques pépites à visiter absolument, dont la cathédrale Saint-Jean : un joyau de style baroque au décor absolument renversant à voir entre autres, pour les chefs-d’œuvre du Caravage, qui y sont conservés, ainsi que des projets plus contemporains comme la Maison du Parlement signée Renzo Piano (un bâtiment trop futuriste au goût des locaux) et le musée d’art contemporain implanté à proximité du port. Contrairement à Mdina, qui cultive son esprit « off the radar », La Valette compte de nombreux bars et restaurants, comme Caffe Cordina (Republic Street, 244), le plus vieux café de la ville ou encore Fifty Nine Republic, une adresse à l’esprit contemporain dont la terrasse donne sur l’une des places les plus agréables de la capitale.
À la gloire des chevaliers
Si les histoires de chevaliers vous ont donné envie de faire d’autres découvertes en dehors des circuits touristiques classiques, ajoutez la visite du domaine viticole Ta’Betta dans votre programme. Situé dans la campagne insulaire, à quelques minutes en voiture du centre de Mdina, ce jeune projet familial est un savant mix de terroir maltais, d’influences françaises, de savoir-faire italien et de technologies californiennes. Plantées il y a un peu plus de 20 ans sur 4 ha de vignoble, les variétés de raisin importées de France donnent des vins gorgés de soleil. Leur personnalité, ces vins au caractère résolument outsider la doivent au chef de cave sicilien, mais aussi à des méthodes contemporaines de vinification inspirées à celles du nouveau monde. Quant aux noms donnés au blanc, au rosé et aux deux rouges que nous avons dégustés, ils font écho aux Grands Chevaliers Jean Parisot, Antonio Manoel ou encore Philippe de Villiers. Le domaine qui ne produit que 25 000 bouteilles par an propose des dégustations au cœur du domaine ; l’occasion de goûter quatre vins joliment associés à des fromages et salaisons italiennes en profitant de la vue sur les vignobles. Bon à savoir : les vins du domaine sont disponibles en Belgique à la Cave des Sommeliers.
Un faux air de pastilla
À Malte, la cuisine fait constamment le grand écart entre inspirations italiennes et saveurs plus orientales. Pour vous en convaincre, ne manquez pas, à l’instar des locaux (ou des jeunes qui s’y arrêtent au milieu de la nuit puisque le lieu est ouvert du lundi au dimanche, de jour comme de nuit) de faire une halte chez Serkin (Triq San Pawl, 84), une pâtisserie située à moins de dix minutes à pied des remparts de Mdina. Ne passez pas non plus à côté des pastizzi à la ricotta ou aux petits pois ; à mi-chemin entre le croissant feuillé français, la pastilla marocaine et certaines pâtisseries du sud de l’Italie, elles sont l’une des spécialités emblématiques de l’île.
Un autre lieu où se poser à l’heure du goûter : Fontanella, un salon de thé dont certains gâteaux sont devenus aussi iconiques que la fontaine du XVIIe en forme de dauphin qui a donné son nom à l’enseigne. Des dauphins, il se pourrait que vous en trouviez sous forme de pendentifs chez l’un des bijoutiers rassemblés à Ta’ Quali, le quartier des artisans. Fruit d’un travail quasi-méditatif sur base de fils d’argent, les créations « effet dentelle » des orfèvres spécialisés dans la technique du Filigrane figurent, au même titre que les objets en verre coloré, parmi les savoir-faire locaux à découvrir pendant votre séjour.
En-cas croustillants et poissons coquins
Les après-midi peuvent être très chauds. La bonne nouvelle : depuis Mdina, vous pouvez facilement rejoindre la petite crique de Ghar Lapsi, à une vingtaine de minutes environ des remparts. En fin de journée, quand les rochers prennent une couleur dorée, un plongeon dans l’eau turquoise est une excellente manière de terminer la journée. Si vous avez glissé un masque dans vos bagages, vous pourrez même apercevoir des oursins, des crabes ou quelques petits poissons coquins.
Sur l’île voisine de Gozo, d’autres coins de paradis méritent d’embarquer à bord du ferry qui relie les deux îles en moins de 30 minutes. La traversée ne coûte que quelques euros et vous permet de découvrir les trésors de l’île (des temples néolithiques, mais aussi la Basilique de Ta-Pinu où, paraît-il, on peut faire des vœux avec l’assurance qu’ils seront exaucés).
Plus pragmatiquement, vous pouvez aussi filer droit vers les nombreuses plages de Gozo : petites, mais paradisiaques. Après votre baignade, commandez un Spritz et savourez-le en contemplant les bateaux qui mouillent dans la crique.
De retour à Mdina, mettez le cap sur Medina (Holy Cross Street, 7), une table implantée dans le patio d’une demeure du XIe siècle. Parmi les classiques de la carte, la lasagne au lapin est un incontournable. Dans un registre plus gastronomique, le Mondion, le restaurant étoilé du Xara Palace propose une expérience magique, sorte de conclusion intimiste à cette escapade dans une ville certes silencieuse, mais profondément attachante. Quand on a la chance de s’y balader très tôt ou au coucher du soleil, on a du mal à croire que Mdina, tout comme La Valette, a servi de décors à de grosses productions comme Games of Thrones et, plus récemment, Le Comte de Monte-Cristo.
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En pratique
S’y rendre ? Vous pouvez rejoindre Mdina depuis Charleroi en 3 heures de vol. À l’aéroport, un taxi vous emmènera en ville en moins de 30 minutes.
Où loger ? Fidèle à sa réputation de « ville du silence », l’ancienne capitale maltaise ne compte que deux hôtels dont le Xara Palace. Situé dans un palais du XVIe, l’établissement Relais & Chateaux est couplé à un lodge avec piscine caché en bordure de ville. Décorée dans un esprit classique par les propriétaires, une famille maltaise très attachée aux traditions, l’adresse compte deux restaurants : une table étoilée et une trattoria dont la jolie terrasse donne sur la cathédrale.
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