
Entre Tissot, horloger suisse, et Pinarello, l’alliance n’est pas née de l’envie d’apposer un simple logo sur un cadran, mais d’un désir plus rare : traduire une grammaire de la performance dans un autre langage. Au départ, une question simple : “Qui a contacté qui ?” La réponse, elle, dit déjà beaucoup de l’histoire. C’est Pinarello qui a frappé à la porte de Tissot. Non pour “faire un cadeau de Noël”, glisse Fausto Pinarello, mais pour trouver “quelqu’un qui puisse transférer notre ADN”. En clair : pas un produit dérivé, encore moins un bibelot de licensing, mais une pièce capable d’emporter avec elle “les matériaux, les lignes, le caractère” de la marque italienne. La suite ressemble moins à une négociation qu’à une rencontre de tempéraments. Au point que, chez Tissot, Sylvain Dolla résume l’atmosphère en une formule : “C’était tout sur l’amitié.”
Une passion commune
Pinarello ne voulait pas simplement voir son nom posé sur un objet. La marque voulait retrouver dans la montre ce qui fait vibrer ses vélos : le carbone, l’asymétrie, l’obsession du détail, cette manière d’allier le muscle et le trait. “Nous avons besoin d’un nouveau produit, pourquoi pas une watch ?”, raconte Fausto Pinarello. Parce qu’une montre, au fond, parle la même langue que le vélo de compétition : “précision”, “timing”, “performance”. Alors Tissot n’a pas répondu avec un exercice de co-branding paresseux. La boîte de 42 mm en carbone forgé, la couronne à 10 heures inspirée de la fourche Pinarello, la trotteuse en “P” et la teinte Borealis enracinent la pièce dans l’univers de la marque italienne. Cette édition spéciale veut faire se rencontrer “la précision suisse” et “la performance italienne”.
Des egos au vestiaire et la beauté comme boussole
Le vrai point de départ, pourtant, ne tient pas dans une fiche technique. Il tient dans une journée passée au Locle, quand Fausto Pinarello et ses équipes montent jusqu’au canton de Neuchâtel pour brainstormer avec Tissot. “Beaucoup d’idées sont venues”, raconte Sylvain Dolla. “Et c’était amusant, parce qu’il n’y avait pas l’ego d’une marque qui prenait sur l’ego de l’autre.” Voilà peut-être le luxe suprême, aujourd’hui : deux maisons installées, deux mythologies fortes, et aucun duel de coqs. Juste une conversation serrée, menée entre designers, ingénieurs et passionnés. Fanny Wargniez, côté Tissot, résume l’ambition : “unifier deux marques qui partagent la même passion pour le sport et l’excellence”. Le résultat n’a rien d’une montre à slogan : c’est un objet qui cherche la justesse, comme un cadre cherche sa ligne, comme un costume cherche sa chute. Une montre pensée “pour la vie réelle”, mais taillée comme on dessine une machine de désir.
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