
Dans l’effervescence feutrée de la 9e édition de COLLECTIBLE, à l’Espace Vanderborght, Rado ne s’est pas contenté d’exposer des montres. La maison suisse y présentait une nouvelle collection née d’un dialogue exigeant avec la Fondation Le Corbusier. Sur place, Adrian Bosshard, CEO de la marque, déroule une vision limpide: « tout ce que je peux imaginer, je peux le faire ». Une phrase manifeste, qui éclaire cette collaboration où il ne s’agit jamais de citer l’architecture, mais de la traduire. Oublier la tentation illustrative, refuser la façade miniature, préférer l’essence, textures, couleurs, lumière. Les cadrans ne reproduisent pas des bâtiments, ils en absorbent la mémoire. Gravés dans une céramique high-tech, ils restituent une matérialité, presque une peau, fidèle à l’esprit d’un Corbusier pour qui la surface n’était jamais neutre.

Ce qui frappe, dans le discours de Bosshard, c’est la cohérence revendiquée entre deux univers que tout pourrait opposer. « Le Corbusier était courageux, prêt à sortir des normes. Nous aussi. » Chez Rado, cette audace passe par la maîtrise d’un matériau devenu signature: la céramique high-tech, travaillée depuis près de quarante ans. C’est elle qui rend possible l’intégration rigoureuse de la Polychromie architecturale, ce nuancier de 63 teintes élaboré entre 1931 et 1959. Ici, pas de compromis: chaque couleur est développée sur mesure, validée par la Fondation, au terme de processus longs, parfois plus d’une année. Températures de cuisson, épaisseurs, réactions chimiques, tout doit converger pour atteindre une justesse chromatique absolue. Une exigence qui dépasse la simple esthétique et inscrit la montre dans une filiation intellectuelle.
Mais au-delà de la technique, Adrian Bosshard insiste sur une idée plus rare dans l’horlogerie contemporaine: la durabilité du design. « Un bon design reste pertinent pendant des décennies. » Comme les architectures de Le Corbusier, toujours futuristes un siècle plus tard, ces montres sont pensées pour traverser le temps, loin des effets de mode. Objet d’usage, certes, mais aussi objet d’art, destiné à un public élargi, amateurs d’horlogerie, collectionneurs de design, architectes ou simples esthètes sensibles à cette tension entre rigueur et émotion. À Bruxelles, dans ce contexte dédié au design de collection, la présence de Rado prenait alors tout son sens: rappeler qu’une montre peut encore être un espace de création. Et qu’au poignet, la modernité peut se lire comme une vibration de lumière.
Sur le même sujet














