
Les certificats délivrés à des Américains sur le chemin de Compostelle ont doublé entre 2018 et 2025. Sur certains circuits en Espagne, 84 % des réservations concernent des itinéraires ruraux à pied. Voici les deux chiffres pour le moins parlants partagés par The Next Big Sh*t, média qui décortique les nouveautés business et tech.
So Soir vous emmène : déconnecter en pleine nature en Aubrac
Il faut dire que le mot « randonnée » a longtemps évoqué d’affreux souvenirs de classe verte. Pourtant, en 2026, la marche longue distance s’offre un sacré ravalement de façade. Fer de lance de celles et ceux qui fuient le tourisme de masse, elle s’est paradoxalement transformée en son produit le plus rentable : l’aventure sans friction.
Le concept ? Vous donner le sentiment héroïque de traverser des contrées sauvages… sans avoir à subir le moindre imprévu. On marche seul d’un village à l’autre, mais un tracé GPS ultra-balisé indique chaque virage. On s’enfonce dans des vallées isolées, mais un chauffeur privé transporte les valises jusqu’à l’hôtel suivant. Bref, l’illusion d’impro est parfaite, alors même que tout est calculé.
La revanche du « self-guided »
Cette déferlante de marcheurs ne sort pas de nulle part. Alors que le sud de l’Europe étouffe sous des températures record, fuir les plages brûlantes pour l’air frais des montagnes et des sentiers ruraux est quasiment devenu un réflexe de survie. Dans les Alpes, la tendance s’est inversée : à Chamonix, la fréquentation estivale a dépassé la saison du ski avec près de 4,5 millions de nuitées, tandis que les recherches Google pour « alpine summer » ont bondi de 82 % au Royaume-Uni.
Mais pour une génération élevée au confort numérique, hors de question de partir au pifomètre avec un guide de haute montagne ou une boussole. C’est là qu’intervient le « Self-Guided Tour » (ou voyage en liberté). Les grands voyagistes d’aventure comme Terres d’Aventure ont vu leurs offres « En liberté » exploser. L’agence gère toute la charge mentale (réservation des nuitées, assistance 24/7, roadbook numérique…) et fournit même des applis outdoor dédiées (comme Stella chez Terres d’Aventure, ou les géants Komoot et AllTrails).
Vive le « sac léger »
L’autre grande nouveauté ? La mort pure et simple du gros sac à dos de 15 kilos. En France, le portage de bagages s’est imposé comme le nouveau nerf de la guerre. Des entreprises comme La Malle Postale ou Transbagages s’occupent de tout : vous laissez votre valise à l’hôtel le matin, et pendant que vous marchez léger, une navette s’occupe de la livrer directement au gîte suivant.
Grâce à ce service « sac léger », plus besoin d’être un grand randonneur pour partir plusieurs jours. Du GR34 breton aux sentiers du Massif central, cette nouvelle logistique attire toute une faune qui n’aurait jamais remis les pieds en forêt : familles, seniors et citadins accrocs au confort hôtelier.
La gentrification du dortoir
Ce boom transforme en profondeur les sentiers mythiques, à commencer par le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, devenu victime de son succès. Particulièrement saturés sur les 100 derniers kilomètres du Camino Francés, les sentiers connaissent un surtourisme inédit, accompagné des tensions locales qui y sont liées, incitant l’Agence française des chemins de Compostelle à promouvoir des voies alternatives comme celles d’Arles ou de Vézelay.
Surtout, cette nouvelle clientèle au pouvoir d’achat plus élevé a provoqué une véritable gentrification du dortoir. Pour séduire cette clientèle qui refuse les dortoirs collectifs et le confort sommaire, beaucoup de gîtes historiques se modernisent. Les lits superposés cèdent la place à des chambres privées ou à de petits hôtels de charme proposant des menus gastronomiques. Un changement tel que certains hébergements traditionnels doivent désormais réserver en priorité leurs places aux randonneurs « classiques », ceux qui portent encore leur propre sac et voyagent à l’ancienne.
Mériter la vue (ou l’acheter)
Au-delà du confort, cette ruée vers les sentiers répond à un vrai besoin de couper avec nos écrans. Comme le rappelle l’aventurier Ed Jackson, la randonnée offre une satisfaction irremplaçable : « Une randonnée ne peut pas s’acheter ni se hacker. Vous y mettez les heures, ou vous n’avez pas la vue. »
Une vue qui finit pourtant souvent sur Instagram, où des spots comme le lac de Braies ou les Tre Cime dans les Dolomites font un carton. Mais si ces nouveaux marcheurs veulent « mériter » le paysage après quelques heures d’effort, pas question de négliger la fin de journée : selon Skyscanner, les recherches d’hôtels avec option « vue sur la montagne » ont grimpé de 103 % en un an. Preuve que l’on veut bien transpirer la journée, mais à condition de dormir dans un joli lit le soir venu.
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