Loïc Prigent : « Les gens de la mode sont ancrés dans le monde »
Figure phare de la mode, le journaliste, créateur de contenu et écrivain, s’est mis en tête de raconter son histoire, la vraie, d’ouvrir les tiroirs pour mettre en lumière des récits et des personnalités oubliés. À l’occasion de la sortie de « Deux mille milliards de rubans », ce passionné observe avec nous les liens entre passé et présent d’un monde sans cesse en mouvement.
ParSigrid Descamps, Journaliste
PhotoJulien Da Costa - DERALF
Loïc Prigent nous rejoint à Bruxelles de bon matin, la Fashion Week parisienne dans les jambes – « Je suis épuisé ! Ça se voit ? » lance-t-il en éclatant de rire –, le regard qui pétille derrière ses lunettes. Sous son pull, une chemise à carreaux, un modèle qu’il affectionne particulièrement, presque une marque de fabrique. On se prend un café et on plonge ensemble dans les pages du second tome qu’il dédie à « la vraie histoire de la mode », celle qu’on ne raconte jamais ou alors, rarement, celle des héros et héroïnes de second plan, des pièces oubliées, mais aussi, celle qui a semé de petites graines dont on observe encore les fleurs aujourd’hui…
Qu’est-ce que cela vous apporte de vous replonger dans cette « vraie histoire de la mode » ?
J’ai l’impression d’approfondir mon sujet. C’est hyper satisfaisant de découvrir plein de choses, de gens… Ça donne aussi pas mal d’humilité, puisque je me dis « Ah là, là, tous ces personnages qui étaient essentiels à la mode et qu’on a complètement oubliés. » Cela me fait aussi relativiser sur les emballements actuels de la mode, les gens qu’on croit universellement connus, etc. En fait, tout est très relatif… Si une marque décline parce qu’elle n’est plus active, sa légende décline aussi, et on l’oublie assez vite. Ce fut le cas de Molyneux, qui était une marque aussi importante que Chanel ou Dior, qui a eu une influence extraordinaire dans les années 1920, 30, et même 40, et qui est complètement oubliée. Quand j’en parle avec des historiens de mode, des conservateurs de musées de mode, ils me disent : « Ce n’est pas terrible ». Or, quand on fouille, c’est justement terrible, c’est vraiment génial. Donc avec ces livres, j’ai l’impression de me créer une sorte de nappe phréatique d’infos plus consistante. Et ça me plaît. Même si j’aime beaucoup le reportage, courir après le bus de la tendance. J’aime bien cette frénésie-là aussi.
Est-ce que ça change votre façon d’aborder la mode aujourd’hui ? Regardez-vous encore un défilé de la même façon ?
J’ai plus conscience du système tel qu’il a été construit. Des choses qui se répètent aussi… Même si le système se réinvente un peu en permanence, la frivolité reste sans doute la même. L’adaptation au monde aussi. Il y a plein de choses qui changent, mais au final, c’est pas mal immuable. Le snobisme est là également, bien présent. J’ai trouvé des choses assez drôles sur le comportement des gens dans la mode en 1940 et en 1944 par exemple. Ça m’a vachement intéressé parce que ça dit des choses assez éternelles sur la façon dont on se raccroche à des choses. Mais je reste toujours intéressé par la Fashion Week, ces livres ne me servent pas d’alibi pour jouer les blasés (sourires).
De tels ouvrages demandent un travail de recherche colossal, non ?
Oui et merci à la digitalisation qui nous permet de dénicher des pépites en quelques clics ! J’ai téléchargé des mois et des mois entiers de quotidiens sur des périodes données, de façon un peu aléatoire en plus puisque je n’avais pas systématisé. J’ai ensuite tout lu et découvert plein de choses dans des espèces de fanzines des tranchées, des fanzines de l’armée française. Dans des journaux intimes et des livres de correspondance également. On y trouve des trucs incroyables, notamment (....).
Loïc Prigent, Deux mille milliards de rubans (éd. Grasset).
D.R
Lire l’interview complète en cliquant sur ce lien et dans votre So Soir à retrouver en supplément du Soir chez votre libraire ce samedi 24 octobre.
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