Vianney : « Il fallait que je renoue avec cette rusticité qui me nourrit » - Charlotte Vanbever, Photos : Hadda Tamene et Julien Mignot

Vianney : « Il fallait que je renoue avec cette rusticité qui me nourrit »

Une cabane en bois et des mois de retrait(e)… Pour se retrouver, Vianney s’est bâti un refuge. Pour, aussi, éviter « le piège de la facilité » et du confort. Plus libre, sans pour autant rejeter le monde, il l’a observé différemment. Ce qu’il en ressort, outre un sentiment de « plénitude », c’est un disque pur, « Les évadés ». Dont il nous parle, en partant du point de départ : une coupure et le chemin de la construction.
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Julien Mignot.

Au-dessus de notre entretien, l’enfance plane. Celle qui nous poursuit et à laquelle on revient, musique en tête. Sur son dernier album, Les évadés, Vianney s’est d’ailleurs fait un « kif » d’ado : convier le mixeur des sons des Red Hot Chili Peppers et Blink 182 à bosser avec lui. « Ça aurait pu être dramatique : croquer une madeleine de Proust et trouver ça dégueulasse et casser un truc de l’enfance. J’ai écrit à Ryan Hewitt sur Instagram, je savais que c’était un monstre et je lui ai avoué que je l’avais énormément écouté, ce qu’il avait mixé. Ce qui a été touchant pour moi, c’est qu’il s’est vraiment impliqué, ce n’était pas l’Américain qui nous prenait pour des débiles en musique (rires). Ça aurait pu être un peu décevant, mais pas du tout. Il a fait le son dont je rêvais : dense et puissant, avec du relief. J’ai eu trop de chance là-dessus. » En quelques mots, on a la confirmation que l’image qu’on se fait depuis dix ans de Vianney n’est pas erronée : c’est un garçon gentil – au sens noble du terme –, qui s’est efforcé de s’endurcir – « sinon j’aurais été balayé plein de fois » mais s’est fait la promesse de « rester doux et humble », réellement tourné vers l’être humain. Alors, plutôt que de succomber au vertige de la facilité et du succès, il s’est construit un refuge, les mains dans la terre, à travailler le bois. C’était sa façon, il y a un an et demi, de tout couper. « Il fallait que je sois un peu radical, que je me retrouve seul. Et que je retrouve aussi cette rusticité qui a un effet tellement nourrissant sur moi », nous dit Vianney en se remémorant son inoubliable première nuit passée sous les rondins qu’il avait assemblés. A son tour de nous nourrir les autres de ses mots, justes, de son expérience et de son observation, différente, du monde depuis sa cabane.

Vianney : « Il fallait que je renoue avec cette rusticité qui me nourrit » - Charlotte Vanbever, Photos : Hadda Tamene et Julien Mignot
Votre notion de liberté a-t-elle changé à partir du moment où vous avez eu du succès ?
Oui. Je me sentais déjà très libre avant que ça ne fonctionne pour moi, mais ma liberté, je l’exprimais dans les voyages que je faisais, à vélo, à pied ou en stop. C’était souvent mon rendez-vous pendant l’été. J’avais ce goût pour le fait de dormir n’importe où, sous un abribus, par terre. A 22 ans, je me suis aventuré à Charleroi comme ça. J’ai mis mon duvet sous un abri et je me suis mis à parler avec un mec, Kévin, qui zonait avec son pote. Et, au final, ils m’ont logé, on a beaucoup ri et c’est resté un super souvenir. Mais ces voyages étaient toujours très rustiques. Ma liberté, je l’exprimais beaucoup à travers ma musique aussi, c’était quelque chose qui m’obsédait. Par contre, après, j’ai découvert une autre forme de liberté : quand ça fonctionne, d’un coup, il y a beaucoup de choses plus faciles, il y a des gens qui vous aident à plein de niveaux. Même si on a plus de responsabilités aussi, on gagne en liberté technique au quotidien.
Ces moments-là, de voyages et de liberté, quand vous êtes devenu connu, sont-ils devenus plus nécessaires ?
Pas plus, mais ça l’était, nécessaire. Et c’est vrai que, petit à petit, j’ai dû quand même mettre cette partie-là de ma vie un peu en veilleuse, parce que j’avais plus de responsabilités – professionnelles et familiales aussi – auprès de plus de gens. Et tout d’un coup, tu ne pars plus, tu ne vas pas quitter tout le monde pour te barrer en stop. J’ai dompté ce truc-là, et c’est finalement ça qui m’a rattrapé il y a un an et demi, où il fallait que je coupe tout, que je sois un peu radical, que je me retrouve seul. Et que je retrouve cette rusticité qui a sur moi un effet tellement nourrissant, que je renoue avec ce dépassement de soi quotidien qu’on n’a pas quand on est un chanteur qui fonctionne ; parce que tout est tellement facile. Sauf que la facilité – et ça, c’est dû à mon éducation – est, pour moi, un peu piégeuse. Le confort est un peu vertigineux pour moi. J’ai capitulé sur plein de trucs mais j’ai mis du temps à l’accepter, et j’ai toujours peur d’y perdre un peu mon âme. Donc, après, il faut que je ravive ça.
Le dépassement de soi, défier la facilité et le confort, c’est ce que vous êtes allé chercher en construisant votre cabane, de vos mains ?
Oui. J’avais du mal à identifier, au début, le pourquoi je voulais créer une rupture comme ça, mais c’était un appel. J’écrivais pas mal pour essayer de comprendre, et j’avais réussi à me dire que c’était comme si je mettais en opposition le fait de produire et le fait de construire. Produire, c’est l’obsession du résultat. Alors que construire, c’est le chemin. Le résultat de cette cabane, c’était bien sûr qu’elle dure toute la vie et plus, quand je ne serai plus de ce monde, mais j’étais surtout obsédé par ce chemin de construction. Je n’ai fait qu’y consacrer du temps, plus que prévu – ça m’a pris un bon neuf mois plutôt que les six que j’avais prévus (rires). Le rapport au temps et au sens est devenu alors très différent.
Mais pourquoi une cabane en bois ? Qu’est-ce qu’elle évoquait chez vous ?
C’est millénaire, ça a toujours été le refuge... (...)

Vianney, Les évadés (Tôt ou tard). En concert, le 1er décembre 2027 à l’ING Arena (Bruxelles).

Vianney : « Il fallait que je renoue avec cette rusticité qui me nourrit » - Hadda Tamene - Charlotte Vanbever, Photos : Hadda Tamene et Julien Mignot
Hadda Tamene

Retrouvez l’interview dans son intégralité en cliquant ici (www.lesoir.be) et ce samedi en librairie dans votre So Soir, le supplément gratuit du journal Le Soir.

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