
Matière de prédilection pour fabriquer des sièges et assises confortables, le rotin permet de dessiner de belles courbes dans l’espace tout en déclinant une variété des motifs de tressage et de cannage. La légèreté des lignes de son mobilier abolit, en toutes saisons, les frontières entre l’extérieur et l’intérieur. Le rotin (à ne pas confondre avec le bambou ou l’osier), venu d’Asie du Sud-Est, n’est pas une fibre à l’aspect uniforme, mais plusieurs essences offrent des couleurs différentes. Parmi elles, le malacca, de teinte claire, et le manille, de teinte brune, fibres les plus solides pour façonner les armatures des sièges. Le tohiti, plus souple, sert à réaliser les ligatures des structures. Liane avec écorce brute, moelle et partie intérieure de la liane, éclisse ou canne servant au tressage manuel, le rotin est à la fois rigide et souple. Très résistant, on peut cintrer ses gros bâtons à chaud et ses cannes plus fines en les trempant dans l’eau froide. Insensible aux UV, il n’aime pas l’humidité et l’air trop sec qui fragilise ses parties les plus fines. On peut aussi le vernir, le teinter ou le laquer. Et le rotin s’associe avec du bois, du métal, du verre, du tissu…
Une modernité née dans les années 1950
Parmi les premiers designers qui ont travaillé le rotin, il faut rendre hommage au couple franco-néerlandais Janine Abraham et Dirk Jan Rol (un designer toujours vivant). Leur fauteuil Soleil, présenté à l’Exposition Universelle de Bruxelles, en 1958, avait connu un grand succès et redonné ses lettres de noblesse à cette matière plutôt réservée au tressage des paniers. Longtemps considéré comme le plus beau fauteuil en rotin du monde et aboutissement d’une recherche sur la modernisation du rotin, ce siège n’a malheureusement pas reçu l’accueil mérité. « Modèle trop innovant pour l’époque, quelques pièces seulement ont été éditées. Il symbolisait l’appropriation de la technique traditionnelle dans sa mise au service du confort et d’une forme moderne. Le couple a parfaitement utilisé la souplesse du matériau pour le courber et réaliser une double structure qui donnera sa résistance et son confort mais aussi sa forme, puisque c’est le rayon de la courbure qui détermine la proportion. Une forme à la fois naturelle et sculpturale », explique Pascal Cuisinier, galeriste parisien spécialisé dans le mobilier français des années 1950 à 70.
De nouvelles marques
Aujourd’hui Le rotin a la cote et des maisons d’édition se créent autour de son aura tandis que des collections capsules s’imposent au sein de nombreuses marques de la grande distribution. La nouvelle maison d’édition Orchid Edition spécialisée dans le mobilier en rotin haut de gamme s’est associée, pour sa première collection, à quatre designers français avec le parti-pris de conserver les techniques de fabrication ancestrales. Le contemporain, à la fois moderne et intemporel est mis en valeur par des maîtres-artisans rotiniers. Le rotin utilisé est récolté au cœur des forêts tropicales.
Chaque pièce est fabriquée selon un véritable savoir-faire transmis de génération en génération et travaillée à la main jusqu’au ponçage. « L’image exotique du rotin dans nos pays ne reflète pas la véritable expertise qui se cache derrière la fabrication d’un meuble de qualité », explique la fondatrice de Orchid Edition, Tina Ledi.
C’est aussi une chance pour les anciennes traditions d’être revisitées par les designers. Enfin, le rotin c’est aussi la matière des armatures de sièges de bistrot aux tressages graphiques colorés en Rilsan, qui ont peuplé les terrasses dès la fin du XIXe et dont le style doucement rétro nous plait tant. Les marques qui en ont fait leur spécialité (Maison Drucker, Maison Gatti) profitent aussi de ce bel engouement.

Fauteuil Soleil en rotin de Manille et moelle de rotin, pièce ancienne, édition Service de Propagande du rotin. Création Janine Abraham et Dirk Jan Rol, 1956 (galeriepascalcuisinier.com). © Galerie Pascal Cuisinier

Tête de lit et lit en contreplaqué de bouleau naturel (5 couleurs) et cannage rotin. Existe en 90, 140 et 160 cm de large). Modèle Louison, création Blomkal, de 513 € à 801 €, et de 1 157 € à 2 092 €, sommier en sus (blomkal.com). © Blomkal

Inspiré du trône polynésien, fauteuil Emmanuelle en rotin tressé façon et motifs de croisillons. H 154 x L 110 x P 70 cm. 835 €, chez Kok maison (kokmaison.com). © Kok maison

La courbe de son dossier épouse parfaitement le corps. Coque en rotin avec cadre métallique. Existe en deux types de fibres, couleur naturelle ou anthracite. H 77 x L 52 x P 54 cm. Modèle C603, création Yuzuru Yamakawa, 1958, rééditée chez Feelgood Designs, 385 € (feelgooddesigns.com). © Feelgood Designs

Lampe AR65 en rotin alliant rusticité vernaculaire de nos lanternes et préciosité exotique des lampions chinois. Création Abraham & Rol, 1965, éditée pour la première fois par Disderot, 1 464 € (disderot.com). © Disderot

Lampe en moelle de rotin sur structure métal. Modèles Odéon et Odéon XL, prix sur demande, création Maison Louis Drucker (maisonlouisdrucker.com). © Maison Louis Drucker

Bibliothèque en placage de hêtre et bouleau avec portes à la façade en cannage de rotin. H 185 x L 100 x P 35 cm. Gamme Solstice chez Maisons du Monde, 349 € (maisonsdumonde.com). © Maisons du monde

Armoire (H 183 x L 70 x P 50 cm), table de chevet (H 50 x L 40 x P 30 cm) et tête de lit (H 120 x L 162 x P 3 cm) en placage de hêtre et bouleau avec cannage en rotin. 499 €, 89,99 € et 299 €. Gamme Solstice chez Maisons du Monde (maisonsdumonde.com). © Maisons du monde

Chaises Adrian avec coque interne en canne de rotin tressée sur structure standard monobloc. Création Manuel Reader pour Mendes Wood DM, 840 € pièce (mendeswooddm.com). © Mendes Wood DM
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