
L’inclusivité est au cœur du discours de tous les médias féminins, les magazines prônant l’amour de soi et rejetant les diktats de la minceur, mettant en avant des types de beauté qui n’auraient pas fait la couverture des magazines il y a dix ans à peine. Nous avons voulu savoir si cette diversité est ancrée dans le temps présent ou si elle reste un vœu pieux de la part du monde de la cosmétique.

Qui de plus légitime qu’Aurélie Van Daelen pour en parler ? La jeune Belge de 26 ans a fait un passage peu remarqué au concours Miss Belgique en 2009 avant un passage nettement plus remarqué cette fois en 2011 dans la cinquième saison de Secret Story, puis dans d’autres émissions de téléréalité. Depuis 2017, elle est influenceuse sur les réseaux sociaux et son compte décolle précisément le jour où elle pose sans fards et sans complexes (du moins en apparence) devant son miroir, assise face à sa propre silhouette, assumant ses rondeurs. Nous sommes le 6 juin 2022 et Aurélie trouve alors un sens à ce qu’elle fait sur les réseaux sociaux :
« Tout cela s’est mis en place suite à un épisode dans ma vie privée, au terme d’une période où j’avais accepté des choses inacceptables. J’ai compris que j’avais laissé cela se produire parce que je ne m’aimais pas pour les bonnes raisons. Je me suis infligé plein de choses et j’ai pris conscience à ce moment que si, parfois, on parle d’amour toxique, on a aussi une relation toxique avec soi-même. J’en étais arrivée à un point où l’ego a pris le pas sur tout : je ne parvenais à m’aimer que quand je collaborais avec telle ou telle marque, que si je pesais tel poids. Cette rupture m’a fait voir que je devais apprendre à m’aimer autrement. Devenir la personne la plus importante pour moi-même. Cela semble bateau, mais on est toujours bienveillant avec les autres et si peu avec soi-même. Quand une amie vous dit qu’elle a pris trois kilos, vous balayez cela en lui disant qu’elle est toujours belle. Et vous le pensez. Alors pourquoi n’en est-on pas capable avec soi-même ? »
Certaines attaques surgissent encore, presque toujours sur mon physique, et trop souvent, ce sont des remarques ou des injonctions qui viennent de femmes !

S’aimer soi-même
Aujourd’hui Aurélie parle beaucoup de développement personnel, de recherche de son identité et de bienveillance envers soi-même, mais n’aime pas trop qu’on lui colle trop vite l’étiquette du mouvement body positive : « Quand j’ai décidé de m’aimer, j’ai commencé à m’interroger sur qui je suis vraiment, sur mes parts d’ombre, de lumière… Ma question était : qui est vraiment Aurélie et comment l’aimer comme elle est ? En communiquant ces questionnements, les réactions ont fusé, parce que je pense qu’on vit dans un monde où les gens en ont marre de sentir la pression de la perfection sur les réseaux sociaux. Les femmes se sont identifiées à mon refus de s’y asservir. Et de mon côté, j’ai compris qu’en acceptant l’idée que j’étais belle même avec dix kilos de plus, les gens me voyaient aussi comme étant belle, et s’identifiaient à mon parcours. Aujourd’hui, je parle de selflove; c’est ma quête. Mais je me distancie un peu du mouvement body positive, qui a tendance à dire « Tu es parfaite quoi qu’il arrive. » Alors que, pour ma part, j’estime qu’on peut avoir envie de changer, mais que, tout au long du chemin il faut continuer à s’aimer et à être bienveillante avec soi-même tout au long du parcours, que ce soit pour perdre du poids ou pour changer son apparence, même si ça met trois ans. Il y a quelque chose de l’ordre de l’injonction dans le mouvement body positive : « Ne change surtout rien, accepte-toi », et voilà. Alors que moi, je ne pense pas qu’on se trahit ou qu’on ment à sa communauté si on décide qu’on veut changer quelque chose chez soi. C’est OK de se dire qu’on veut perdre du poids, mais pas d’aller se piquer à l’Ozempic pour cela. Voilà mon message. Après, certaines attaques surgissent encore, presque toujours sur mon physique, et trop souvent, ce sont des remarques ou des injonctions qui viennent de femmes… Comme quoi certains préjugés sont ancrés même dans le cœur des femmes. »
Préjugés et chirurgie
Les préjugés et la quête de la perfection, est-ce qu’on parvient vraiment à s’en distancer ? Pour Aurélie, il est inévitable d’avoir envie de contrôler son image et son apparence : « Je fais du sport pour tonifier ma silhouette, je mange sainement, je fais des soins et parfois même quelques petites injections. Pourquoi s’en priver tant qu’on reste dans une démarche saine ? Je ne veux pas avoir l’air d’avoir 18 ans alors que j’en ai 36, mais je veux être une belle femme de 36 ans, je veux être la meilleure version de moi-même. Dans les années à venir, je veux juste embrasser le fait de prendre de l’âge, de manière harmonieuse. »
En vidéo, Aurélie Van Daelen nous livre quelques anecdotes qui la caractérisent :
Et que penser de la place que prennent la médecine et la chirurgie esthétique dans la vie des jeunes femmes ? « Le rapport à la chirurgie ou à la médecine esthétique est devenu un danger, avant tout parce que c’est devenu trop accessible. L’erreur des jeunes femmes aujourd’hui est de croire que la beauté n’est que l’enveloppe physique, or trop d’influenceuses auxquelles elles veulent s’identifier sont, elles, accros à ces techniques esthétiques parce qu’il faut bien savoir qu’on trouve dans les stars de la téléréalité ou le monde de l’influence des tas de gens qui en abusent, parce qu’ils sont au départ un souci de rapport à leur image et sont souvent assez mal dans leur peau. Quand je vois des jeunes filles de 16 ans vouloir intervenir et déformer leur visage, je suis effrayée. Je n’ai rien contre la chirurgie et elle peut vraiment aider des gens qui ont un vrai complexe, mais l’abus me fait peur. »

Ainsi, rien n’aurait changé dans le monde cruel des diktats de la beauté ? « Si, je vois quand même une évolution, nuance Aurélie. Les gens ont pris conscience qu’on ne pouvait plus se permettre tous les comportements. Quand j’avais 23 ans et que j’étais présente en télévision, la presse people se permettait de commenter mon poids de manière très blessante. Ce sont des choses qui ne se passent plus aujourd’hui et ce changement de ton dans les médias influence aussi le grand public, il y a des mots et des réflexions que les gens ne font plus, il y a moins d’insultes sur le physique dans les commentaires. Ça ne se fait plus, tout simplement. Et de mon côté, je mets beaucoup d’énergie à enseigner à mon fils que nous sommes bien plus que notre apparence. Ce message commence à percoler chez les jeunes. »
Aujourd’hui, quand j’entends des femmes me dire merci, parce qu’elles estiment que, grâce à moi, elles ont osé se mettre en bikini sur la plage, je suis bouleversée !
Ces jeunes-là, quand on se demande quelles sont leurs attentes en matière de beauté et leur valeurs, Aurélie se montre plus hésitante : « J’ai une communauté plutôt âgée. Les filles qui me suivent ont plutôt entre 30 et 50 ans. Je pense qu’on a tendance à suivre des gens dont on se sent proche au niveau de l’image et du style de vie. Je vois par contre une évolution chez les plus jeunes personnalités sur Instagram. Souvent, ces toutes jeunes influenceuses osent se montrer différemment, elles abordent le média de façon plus naturelle. Quand j’ai démarré sur Instagram, il y a environ 11 ans, tout devait être parfait, les photos léchées, posées comme des campagnes de pub… Et à l’époque, moi aussi, je me suis prise au jeu, je voulais aussi être parfaite, rentrer dans des cases qui n’étaient pas forcément les miennes. Il a fallu que je réalise que c’est en admettant que je ne devais pas rentrer dans une case que j’ai fait exploser mon activité. Et je suis très reconnaissante envers cette communauté qui m’a soutenue quand j’ai fait ce choix. Et aujourd’hui encore, quand j’entends des femmes me dire merci, parce qu’elles estiment que, grâce à moi, elles ont osé se mettre en bikini sur la plage, je suis bouleversée. C’est fou de se dire que l’on peut avoir un tel impact, mais c’est aussi cela qui donne du sens au chemin que j’ai pris. Même si cela reste un combat que l’on mène parfois contre soi-même, je traque les pensées négatives que je m’envoie. Parfois, je me mets devant mon miroir et je m’oblige à apporter de l’amour toutes les parties de mon corps, jusqu’à la cicatrice de ma césarienne, car quand on y pense, ces imperfections incarnent mes combats, mes victoires... Et c’est aussi ce qu’il m’est arrivé de plus beau ! »
Les marques avec lesquelles elle collabore suivent-elles le même parcours ? Selon elle, le secteur de la mode est encore enfermé dans un rapport trouble à la diversité : « Certaines marques de luxe font parfois défiler un mannequin en taille 50 sur le podium pour se donner bonne conscience, mais quand elles mettent un vestiaire à disposition des stars ou des invités sur des galas ou des festivals, rien n’est prévu au-dessus d’un 38. Par contre, j’estime que le monde de la beauté a vraiment bien évolué ces dernières années, même si, on ne va pas se mentir, il y a un marché colossal à conquérir. Mais les marques ont compris qu’en s’adressant à toutes les femmes et en engageant des égéries qui cassent les codes, elles se donnent une autre image et peuvent toucher un plus grand nombre. Avant, vous avoir 8 à 12 teintes de fond de teint dans une marque, aujourd’hui on en trouve parfois plus de 40, et cela veut dire que chaque femme est prise en compte, c’est en tout cas ce message-là qu’elles comprennent et cela en réconcilie certaines avec le monde de la beauté. Ma plus belle histoire, c’est évidemment la collaboration avec les parfums Jean Paul Gaultier. C’est une immense fierté, car c’est le plus inclusif de tous, il a fait défiler des femmes plus âgées, des beautés alternatives. Que cette maison me demande de devenir le visage de la parfumerie en Belgique est la collaboration dont je suis la plus fière, parce qu’elle correspond au message qui est le mien et cela me conforte dans l’idée que mon message est juste. »
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