Maison : comment nos intérieurs ont-ils évolué selon une experte en aménagement ? - Charlotte Rigo, de la maison Dominique Rigo. - Marie Honnay

Maison : comment nos intérieurs ont-ils évolué selon une experte en aménagement ?

Comment notre habitation s’est-elle transformée en l’espace d’un demi-siècle et pourquoi certains classiques sont-ils à ce point indétrônables ? Nous avons cherché la réponse auprès de Charlotte Rigo, à la tête de l’enseigne fondée par son père, Dominique, il y a 50 ans.
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En 1974, Dominique Rigo, architecte de formation, ouvre sa première enseigne dans la capitale. Dans la famille, on préfère ne pas dire « boutique », car ici, on ne vend pas juste du mobilier, on habille les espaces. À l’issue de ses études, l’homme au franc-parler légendaire ne se destinait pas forcément à devenir le distributeur de toutes les marques italiennes et scandinaves qui ont compté dans l’histoire du design de ces 50 dernières années. C’est l’un de ses premiers chantiers en tant qu’ architecte qui lui fait prendre un chemin de traverse.

En collaborant avec des éditeurs comme Knoll et Flos, l’architecte se découvre une passion pour l’agencement des espaces intérieurs. Au fil de ses déménagements (il a occupé plusieurs espaces de la capitale : d’abord rue du Beau site, puis dans l’avenue Louise avant de s’installer à Uccle), l’architecte devenu créateur d’intérieurs tisse des liens étroits avec les marques éditrices des grands maîtres du design, qu’ils soient designers ou fabricants. : Ingo Maurer, Cappellini, Kartell ou encore MDF Italia… D’ailleurs, à quelques rares exceptions près, c’est toujours vers ces génies de la création et de l’innovation que la maison se tourne lorsqu’il s’agit de concevoir un intérieur aujourd’hui. Qu’il s’agisse d’un appartement à Bruxelles, d’une villa à Knokke ou d’autres projets ailleurs en Belgique, ou encore à Londres, Genève ou Knokke, le style contemporain « version Rigo » s’appuie sur des classiques qui ont passé les décennies avec brio.

Quelles sont les erreurs à éviter pour trouver le style de sa maison ? La réponse en images :

Pourquoi les icônes restent-elles iconiques ?

« Mon père a toujours considéré les créations iconiques que sont le canapé Togo de Michel Ducaroy pour Ligne Roset, la lampe de bureau Tizio de Richard Sapper (et son célèbre porte-à-faux) éditée par Artemide, ou encore la table Saarinen pour Knoll comme des référents absolus. Quand ils ont été créés, ils ont fait figure de pionniers dans le sens où ils s’appuient sur de véritables innovations techniques. Si, aujourd’hui, la table de Saarinen est devenue un classique, cette pièce de 2 mètres 44 soutenue par un seul pied central constituait un vrai défi technique pour l’époque. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui encore, elle reste à la fois spectaculaire sur le plan visuel et facile à vivre. Tous les convives peuvent en effet s’installer tout autour sans qu’aucun pied n’altère leur confort d’assise. »

Le confort, plutôt que le « show off »

Quand on l’interroge sur les changements les plus significatifs qu’elle a pu observer dans le registre de l’architecture d’intérieur, Charlotte Rigo souligne le besoin, surtout ces dix dernières années, de se tourner vers des aménagements centrés sur le confort : « Les années 80, 90 et 2000 privilégiaient l’apparat. Désormais, nos clients ne cherchent plus à briller au travers de leur habitation. Ils acceptent d’écouter leurs besoins. Cette tendance se traduit par un engouement croissant pour les marques scandinaves aux lignes moins froides, moins formelles. Dans nos projets, nous ne nous détournons pas forcément des pièces très pures ou chromées, typiques des années 80 et 90. Nous faisons en sorte de mélanger les deux pour créer un rendu final racé, mais cosy », explique-t-elle.

Les gens ne cherchent plus à briller au travers de leur habitation, ils acceptent d’écouter leurs besoins…

Le vrai défi du design

Quand on lui demande de nous prédire à quoi ressemblera le design du futur, la fille de Dominique Rigo confirme avoir hérité de la franchise paternelle : « Je suis, tout comme mon père, convaincue que l’innovation doit prendre de nouveaux chemins. En effet, on ne révolutionnera plus rien en termes de forme ou de technique. C’est dans la longévité des produits que tous les efforts restent à faire. Si on veut que les objets durent, les designers doivent impérativement réfléchir à l’élaboration de matières premières de meilleure qualité. Si on compare certaines pièces de mobilier à celles qui étaient éditées il y a 50 ans, la différence est frappante. »

Qui dit longévité, dit durabilité ?

Une tendance qui reste encore un peu marginale comme le confirme notre experte : « Les gens recherchent des produits de qualité, mais la durabilité ne figure pas encore parmi leurs priorités. En revanche, si, comme c’est le cas de Vitra, un éditeur fabrique ses chaises en matières recyclées (depuis janvier 2024, les coques des iconiques chaises Eames sont fabriquées en matériaux post-consommation, ndlr), sans impact sur le coût ou l’esthétique, les gens vont forcément adhérer. Ces dernières années, de vrais efforts ont également été consentis sur le chromage (moins polluant) et le tannage des pièces en cuir. Mais la plus grande avancée, à mon sens, concerne les emballages. Avant, lorsqu’on recevait une livraison, la masse de plastique était phénoménale. Désormais, les packagings sont totalement en carton. »

Sommes-nous tous « belgo-beiges » ?

À en croire certains observateurs, le Belge serait un fervent adepte du « beige intemporel » : facile à assortir et dont on ne se lasse pas. « À mon avis, vous ne pouvez pas réussir un intérieur si vous ne prenez pas un minimum de risques », poursuit Charlotte Rigo, qui souligne la présence de pièces très colorées dans son showroom. L’architecte d’intérieur aime jouer avec la lumière, les textures et les couleurs, quitte à bousculer certaines certitudes. « Sans couleur, tous les intérieurs se ressemblent. Notre rôle, c’est de rassurer nos clients en leur montrant qu’un canapé de couleur ou un clin d’œil plus audacieux va justement contribuer à personnaliser leur décor », ajoute-t-elle. « Le plus souvent, les gens ont – sans forcément le savoir – envie de s’entourer de couleurs vives. À nous de leur montrer comment les intégrer avec finesse dans leur habitation. »

Des collaborations, pour quoi faire ?

À l’occasion de son jubilé, la maison Dominique Rigo lance six designs iconiques en éditions limitées. Un moyen de rendre ces marques moins intimidantes pour ceux qui ne les connaissent pas. « Au fil des années, nous avons tissé des liens privilégiés avec certaines marques. Je pense notamment à un projet d’aménagement que j’avais réalisé dans un bâtiment classé de la place Brugmann, à Bruxelles. Dans ce bâtiment tout en angles, il semblait impossible de trouver des crédences en mosaïques qui pourraient épouser les courbes de la cuisine. À force d’échanges avec les ateliers de Poliform Kitchen aux Pays-Bas, nous les avons convaincus de les réaliser sur-mesure pour ce chantier. De la même manière, si un client nous ramène une chaise achetée il y a 50 ans, certains fabricants vont faire en sorte de trouver les pièces nécessaires pour la réparer. Si nous ne cultivions pas ces relations avec les marques, notre travail aurait moins de sens », ajoute-t-elle.

Collector « prêt à vivre » ou pièce muséale ?

Parmi les éditions limitées imaginées pour ce jubilé (à découvrir dès le 15 octobre), Dominique Rigo lance une version inédite du canapé Togo de Ligne Roset habillée d’un tissu Tam-Tam de l’illustratrice, peintre et sculptrice japonaise Ran Tondabayasi. Une pièce plutôt audacieuse qui contraste avec d’autres objets plus accessibles, dont le Wine-bag de Poltrona Frau proposé dans un cuir olive ; le même que celui de la galette de la chaise Série 7 d’Arne Jacobsen pour Fritz Hansen, autre pièce emblématique imaginée à l’occasion de cet anniversaire. « Cette pièce n’a pas été choisie au hasard. Elle souligne un retour à des intérieurs dans lesquels on vit, on reçoit et on fait la fête. L’art de vivre tel que nous aimons le mettre en œuvre dans nos projets », conclut Charlotte Rigo.

Plus d’infos : Dominique Rigo, 210 rue de Stalle, 1180 Uccle

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