
C’est une attraction phare à Paris : les cabarets et autres spectacles dansants font partie du charme de la ville lumière. Le Moulin Rouge, le Lido, le Paradis Latin ou le Crazy Horse sont au moins aussi porteurs pour le tourisme que le Louvre… Et si vous pensez qu’il ne s’agit « que » de gogo danseuses nues qui savent lever la cuisse, détrompez-vous. Ces danseuses sont de véritables athlètes, soumises à un rythme digne d’une sportive olympique et au cœur du mythique Crazy Horse, de la machinerie à la direction artistique en passant par les jeux de lumière, le spectacle imaginé en 1951 par Alain Bernardin n’a pas pris une ride et surtout, il nous a laissés bouche bée. Depuis presque 73 ans, le Crazy Horse trône sur l’avenue George V, en plein cœur du Triangle d’Or, le quartier des grandes maisons de couture. Nous y avons passé une après-midi en compagnie des équipes et des Crazy Girls…
Découvrez en vidéo notre immersion dans les coulisses du Crazy Horse :
Mi-septembre à Paris, il fait encore beau, mais nous ne verrons pas le soleil de la journée : et pour cause, les danseuses du Crazy Horse sont des filles de l’ombre, qui répètent dans une salle sans fenêtre et passent le plus clair de leur temps dans leurs loges en sous-sol. Ce midi, inlassablement, elles tournent sur elles-mêmes suspendues à un lien en cuir pour parvenir à répéter le petit pas de chat roulé que la chorégraphe a imaginé pour réceptionner une figure aérienne, et qu’elles doivent toutes pouvoir exécuter sans qu’une cheville ne soit un centimètre plus haut ou plus bas que la cheville de la danseuse voisine. Nous sommes en pleine répétition, une séance nécessaire qui se tient plusieurs fois par semaine. « ll faut des mois pour former une danseuse, et parfois plusieurs années pour qu’elle soit tout à fait au point sur tous les tableaux », nous explique Silvia Reissner, en charge de la presse. « Ici, certaines ont rejoint la troupe depuis quelques semaines, alors que d’autres, comme Venus Océane sont ici depuis plus de 20 ans. »
ll faut des mois pour former une danseuse, et parfois plusieurs années pour qu’elle soit tout à fait au point sur tous les tableaux
Rejoindre la troupe, c’est parfois un vieux rêve, parfois un hasard ou une rencontre, mais au final, toutes trouvent ici une seconde famille. « Nous passons plus de dix heures par jour ensemble dans ces loges, nous nous aidons à nous maquiller, nous coiffer, nous partageons nos vies et nos émotions… Nous sommes très liées », explique Ginger Knockout, jeune danseuse hollandaise fraîchement arrivée avec sa cascade de boucles rousses. « Nous nous coiffons et nous maquillons nous-mêmes. Chacune garde ses costumes dans son alcôve personnelle, car chacun est ajusté sur mesure à la largeur de nos hanches ou à notre tour de taille. Et même si ces costumes ne sont pas très couvrants, il est essentiel qu’ils restent bien en place quand nous dansons », explique-t-elle avec un clin d’œil. « Il y a des mensurations type, évidemment », nous explique-t-on à l’atelier costumes, mais la cambrure, ou la largeur entre les épaules, change d’une femme à l’autre et on triche parfois un peu, ne serait-ce que sur la hauteur d’un talon pour que, sur scène, il y ait cette belle unité qui rend le spectacle unique. »

Car depuis les années Bernardin, les critères de mensuration se sont un peu assouplis, pas question non plus de clauses qui empêcheraient les danseuses de prendre du poids et on nous assure aujourd’hui qu’on favorisera l’harmonie et le jeu de scène plutôt qu’une plastique millimétrée. Il n’en reste qu’être Crazy Girl comporte toute une série de contraintes, avec un corps mis à dure épreuve et un agenda ultra-chargé entre les spectacles, les répétitions, les séances photo et les fameuses tournées, organisées hors de Paris chaque année, le tout sans perdre une seconde son joli sourire mutin, c’est plutôt sportif comme job.
Le parcours de la Crazy Girl
« Tout commence par la première audition », nous explique Zelda Showtime derrière sa jolie frange ébène. Le Crazy Horse organise plus ou moins une fois par an un casting pour les aspirantes danseuses. Depuis que la maison organise des tournées, la troupe a grandi : une troupe de danseuses reste à Paris et une autre part en tournée, il faut un roulement de danseuses. Mais les places sont chères. Après un premier casting, s’ensuit un parcours parsemé d’entretiens et de tests physiques, des cours de danse et des tests sur le jeu de scène pour déterminer les heureuses élues. Pour la plupart, elles sont arrivées ici au bout de plusieurs rencontres et des remarques de leurs proches ou de la part de certains chorégraphes dans le monde de la danse, qui pressentent que ce type de spectacle est fait pour elles. Ginger Knockout, la Hollandaise flamboyante, vient du monde du cabaret, elle a vu ses parents danser sur scène et elle a atterri donc logiquement sur la scène du Crazy. Zelda a, elle aussi, grandi avec des parents qui vivaient sur scène ; elle est arrivée il y a plus de deux ans. Après la première sélection, elle entame deux mois de répétitions, mais aussi d’interviews qui vont permettre à la direction de lui trouver son surnom, celui qu’elle portera tout au long de sa carrière au Crazy Horse : « Il y a une sorte de cérémonie d’attribution de nos noms de scène. Chaque surnom fait référence à notre physique et à notre personnalité et le plus souvent, chacune se reconnaît dans son nom de scène. Pour ma part, je vis avec un fou de jeux vidéo, c’était un joli clin d’œil de me surnommer Zelda », nous dit-elle en souriant.
Viennent ensuite pour les 30 danseuses la routine des soirées sur scène et l’enchaînement des spectacles sept jours sur sept. « C’est une passion, mais c’est physiquement exigeant. Nous n’avons pas de programme d’entraînement, certaines font un peu de sport en dehors, mais cela dépend du planning de la semaine, qui est rythmé par les spectacles, les répétitions, les séances photo et certaines semaines sont plus chargées que d’autres… Au début, je venais de chez moi à pieds, mais j’ai vite compris que cela me coupait les jambes, et qu’avant d’enchaîner deux ou trois spectacles, j’avais plutôt intérêt à me préserver. »
Pourtant, rien n’est obligatoire, pas de régime imposé ni d’entraînements spécifiques en dehors des répétitions. Zelda nous explique d’ailleurs en mâchant un chamallow enrobé de chocolat que certaines mangent avant le spectacle, d’autres après, que chacune est responsable de son régime alimentaire, sans aucune pression de la part de la directrice de scène.

Elles ont le trac parfois, avant de monter sur scène, et c’est normal. Zelda : « Nous ne dansons pas chaque soir exactement les mêmes tableaux et même pour les solos, il y a une tournante entre les danseuses, donc quand on danse un solo pour la première fois, c’est toujours impressionnant. » Mais ce n’est pas danser nue qui les impressionne, très vite, la nudité n’est plus un problème : « La lumière fait beaucoup », nous explique Zelda. « Nous sommes habillées de lumière, cela floute les détails de notre anatomie pour ne garder que l’harmonie du corps et de la danse. D’ailleurs, les regards dans le public sont rarement inquisiteurs, la démarche artistique est ce qui motive le public, bien davantage que de venir voir des femmes nues. ». Il n’empêche, en coulisses, les habilleuses ont noté une petite touche de pudeur : « Parfois certaines danseuses portent plus de fond de teint au début : elles le ressentent comme une couche de protection lors de leurs premières prestations, puis au fil des spectacles, elles en mettent moins. On observe cela sur le revers des costumes », nous raconte l’habilleuse. Costumes et lumières, quand le rideau se lève, la technique est indispensable pour que le spectacle soit complet. « C’est un travail d’équipe, une sorte de duo entre la régie et les danseuses. Sans cela rien n’est possible, et c’est ce qui fait la singularité du show du Crazy Horse. »
Certaines danseuses ont fait le pari de faire un enfant puis de remonter sur scène. Au même titre que les grands sportifs, c’est quelque chose qui se planifie, et qui demande des sacrifices particuliers, mais c’est tout à fait possible
Au final, une Crazy Girl est comme un mannequin ou une sportive professionnelle : elle doit savoir gérer la fin de carrière. « Aucune n’est poussée dehors parce qu’elle serait trop vieille, mais il arrive toujours un moment où surviennent les blessures, les douleurs aux genoux et, un peu comme un grand sportif, c’est à nous de sentir quand nous n’allons plus performer. Et puis il y a les raisons personnelles, car notre carrière impacte la vie de famille et surtout les enfants. Certaines danseuses ont fait le pari de faire un enfant puis de remonter sur scène. Au même titre que les grands sportifs, c’est quelque chose qui se planifie, et qui demande des sacrifices particuliers, mais c’est tout à fait possible », raconte Zelda avant de prendre congé pour aller enfiler sa perruque rose et monter sur scène onduler sous les rythmes de You turn me on, l’hymne du Crazy Horse.
Envie de les voir de plus près ? Les danseuses du Crazy Horse débarquent à Namur en octobre, pour une tournée exceptionnelle qui prendra ses quartiers du 23 au 27 octobre dans la grande salle du Casino de Namur. Cinq dates, dix représentations sont prévues. circuscasinoresort.com/crazy-horse
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