Succès international et polémique : pourquoi la marque française Jacquemus divise-t-elle autant ? - Simon Jacquemus au défilé Giorgio Armani lors de la dernière Fashion Week de Paris. - Camille Vernin

Succès international et polémique : pourquoi la marque française Jacquemus divise-t-elle autant ?

Avec l’annonce de sa première marque de beauté et sa nouvelle ouverture aux investisseurs, la marque française fait parler d’elle en ce moment. Parallèlement, certains dénoncent un manque criant de qualité et de transparence.
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La planète mode n’a que le mot « Jacquemus » à la bouche en ce moment. Il faut dire que le styliste français aux champs de lavande iconiques multiplie les actualités en ce moment. Le créateur vient d’ouvrir sa dernière boutique à New York au mois d’octobre. Mais les ambitions de Simon Porte Jacquemus ne s’arrêtent pas là. Il vient de confirmer que sa maison était en quête d’un investisseur avec un objectif bien précis : faire grandir la marque à l’international. Le styliste faisait jusqu’ici office d’ovni dans le monde de la mode, puisqu’il marchait en solitaire depuis le lancement de sa marque en 2009. Troisième info et pas des moindres, le créateur se prépare à dévoiler sa première ligne de beauté.

Beaucoup de nouvelles excitantes pour la marque donc. Pendant ce temps, le média d’investigation sur le secteur du luxe Glitz Paris vient légèrement casser l’ambiance. L’hebdo dénonce une stratégie « business first » derrière cet univers de paillettes, quitte à compromettre la qualité et de la durabilité des produits. « Malgré le succès commercial et les projets d’expansion de la marque, Jacquemus est à la traîne en ce qui concerne l’utilisation de matériaux durables et opte plutôt pour des matières synthétiques, des cuirs de mauvaise qualité et une production délocalisée. La qualité s’en ressent », dénonce d’emblée le média spécialisé.

Un manque de qualité et de transparence

À l’approche des nouvelles réglementations dans le secteur de la mode, le cabinet de conseil impliqué dans la restructuration de Jacquemus aurait pourtant recommandé l’usage de matériaux plus durables. Un avis qui s’oppose à l’optimisation des coûts de production de la marque, qui pèse immanquablement sur la qualité. Ces dernières années, de nombreux clients agacés ont dénoncé le temps de livraison, mais aussi le mauvais suivi de leurs commandes. Sur TikTok, Twitter et Instagram, les commentaires négatifs sont légion. Au-delà du service client, la majorité des pièces du site Jacquemus sont produites en Bulgarie et en Roumanie, avec plus de 75 % de matières synthétiques, comme le polyamide, l’acrylique ou le polyester.

Les sacs les plus célèbres de la marque – le Chiquito et le Bambino – sont confectionnés en Italie et au Portugal, mais impossible de connaître précisément l’origine de leurs matériaux. L’étiquette « 100 % cuir » n’indique pas le type de peau utilisée. Aucune info non plus sur la quincaillerie (fermoirs, poignées…). Glitz Paris met en avant le fait que les finitions laquées et colorées sont également bien utiles pour masquer d’éventuels défauts. De l’aveu de Simon Porte Jacquemus lui-même, sa marque ne s’est jamais prétendue éco-responsable.

Si Jacquemus assume de jouer les mauvais élèves, il crée l’écart avec de nombreuses marques de luxe qui ont compris l’importance de mettre en avant de leur chaîne d’approvisionnement et leurs engagements environnementaux au bénéfice de l’engagement à long terme de leurs consommateurs. Car, en ligne, les clients sont nombreux à constater l’écart de qualité par rapport aux autres marques concurrentes qui opèrent dans les mêmes gammes de prix.

À titre d’exemple, le média français cite le sac emblématique de la marque, le modèle Chiquito, lancé en 2017 et initialement produit en Espagne. Si sa fabrication a été transférée au Portugal et en Italie, ce n’est que pour soutenir des volumes plus importants à moindre coût. « Ce changement a permis d’augmenter les marges de la marque : le modèle Chiquito moyen, vendu 720 €, coûte environ 70 € à produire », peut-on lire.

Un succès au rendez-vous malgré tout

Si l’on omet l’aspect éthique et durabilité, Jacquemus cartonne. En quelques années, la petite structure familiale s’est transformée en marque de luxe internationale. En 2018, elle affichait un chiffre d’affaires de 11,5 millions d’euros. Cinq ans plus tard, soit en 2023, elle atteint les 280 millions. Originaire de Provence, Simon Porte Jacquemus lance son label en 2009 à l’âge de 19 ans seulement. Rapidement, le succès se fait connaître grâce à ses looks rafraîchissants et ses accessoires iconiques, du chapeau de paille gant au célèbre sac microscopique.

Sur Instagram, la griffe est suivie par plus de 6,5 millions d’abonnés. Rihanna et les sœurs Hadid en sont fans. Après un premier magasin physique sur l’avenue Montaigne, Jacquemus a conquis Dubaï puis New York. Aujourd’hui, bien que la marque ait toujours voulu préserver son indépendance – quitte à racheter au prix fort, en 2022, les 10 % que le groupe espagnol Puig détenait au capital –, elle doit céder une part minoritaire de son capitale à un potentiel partenaire. C’est la seule façon d’assurer l’expansion de Jacquemus.

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