
On vous jure qu’on a tout essayé : la ballerine classique à brides (trop sage), la version filet de pêche façon Miu Miu (trop vu et revu) et même le retour du mocassin rigide (sortez les Compeed). Heureusement, l’été 2026 a entendu nos doléances : la nouvelle reine du pavé est tout aussi plate, mais lacée, androgyne et infiniment plus cool. Faites de la place pour la jazz shoe.
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Du vaudeville à Broadway : La naissance d’une icône
Son atout ? Sa nonchalance arty voire dandy et son petit côté résolument Rive Gauche. Pour comprendre l’obsession, il faut remonter aux années 1920 et 1930, lorsque la jazz shoe naît sur les planches cirées des clubs américains. À l’époque du Fox-Trot, du Boogie-Woogie et du vaudeville, on ne danse pas en baskets. Et les ballerines en satin sont réservées à l’élite de l’opéra.
Le danseur comique Joe Frisco, véritable star de Broadway cité jusque dans Gatsby le Magnifique, popularise ces mouvements saccadés. Pour bouger librement sans la rigidité des richelieus traditionnels, les danseurs s’emparent des ghillies (ces chaussures folkloriques irlandaises), y ajoutent un talon ultra-bas et un cuir souple comme un gant : la jazz shoe est née.
Le mythe français : « Repetto à perpet’ »
Si l’Amérique a inventé le modèle, c’est à Paris qu’il acquiert ses lettres de noblesse. En 1947, Rose Repetto fonde son atelier près de l’Opéra de Paris pour chausser son fils, le chorégraphe Roland Petit. Elle y applique sa technique signature du « cousu retourné » : la semelle est cousue à l’envers puis retournée, garantissant une souplesse inégalée.
En 1967, Rose crée une version basse et androgyne pour sa belle-fille, la danseuse étoile Zizi Jeanmaire. Mais le véritable tournant culturel a lieu dans les années 70, lorsque Jane Birkin déniche une paire de ces derbies souples dans une boutique vintage de Saint-Germain-des-Prés pour son compagnon, un dénommé Serge Gainsbourg.
Gainsbarre adopte immédiatement la Zizi de Repetto blanche ou noire. Il en achète trente paires par an, les porte pieds nus avec un jean usé et une chemise en denim déboutonnée, et popularise l’expression « Repetto à perpet’ ». Le dandy rebelle vient de transformer une chaussure de studio en mythe de l’élégance à la française.
2026 : le grand sacre signé Celine
Après avoir équipé les bébés rockeurs des années 2010 (époque slim noir et BB Brunes), la jazz shoe fait un retour remarqué en 2026, portée par la lame de fond des slim shoes et du minimalisme chic. Le coup de grâce de ce come-back ? On le doit à Michael Rider pour sa première collection chez Celine. La maison y a présenté des ballerines lacées en agneau blanc ultra-souple, dépourvues de semelle et dotées de seulement deux œillets.
Présentées volontairement usées au showroom de Paris, elles se sont arrachées en quelques jours malgré leur prix de 970 $, poussant des géants comme Zara ou Massimo Dutti à en sortir des versions accessibles. D’autres grands noms de la mode ont emboîté le pas, de Jil Sander à Bottega Veneta, en passant par Lemaire et Jacquemus.
Comment adopter le look ?
Si les célébrités comme Lily Collins (repérée à Roland-Garros en robe noire minimaliste et jazz shoes blanches) ou Charlize Theron (en total look monochrome pour la promo du film Apex) l’ont adoptée, c’est pour sa polyvalence absolue. Pour l’adopter au quotidien sans faux pas, voici quelques conseils.
Au bureau, on troque ses éternels mocassins contre une paire de jazz shoes noires, un jean droit brut, une chemise blanche d’homme et un blazer oversized. Le week-end, on les associe à un pantalon large en coton ou un lin fluide, un t-shirt blanc impeccable et un trench fluide. Le soir tombée, elles sont parfaites pour dédramatiser une robe longue à fleurs ou une jupe midi en soie.
Le détail qui tue ? Contrairement à la ballerine classique, la jazz shoe adore les chaussettes. On y glisse une paire fine en voile ou en coton léger. Alors, prêtes à abandonner vos baskets pour de délicieux « gants de pieds », comme les surnommait Gainsbourg ?
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